‹ Les engrais chimiquesChapitre 66 sur 154 · GRAINES · texte numérisé non relu

GRAINES

Acide carbonique

Acide sulfurique

Chlore

Soude

Magnésie

Oxyde de fer

Silice soluble

Sable

Acide phosphorique

Potasse

Chaux

Je rapproche de ces données la richesse en azote des parties correspondantes.

Azote 1.39 1.31 3.79 5.17

On cultive en Orient une autre plante oléagineuse, que nous ne pouvons passer sous silence : le sésame. La graine contient 55 p. 100 d’huile, 4 p. 100 d’azote et 21 p. 100 de cendres de la composition suivante :

POUR CENT

Acide carbonique 7.72

Acide phosphorique 39.45

Potasse 14.38

Soude 0.15

Chaux 19.93

Magnésie 14.42

Oxyde de fer 1.60

Silice soluble 0.92

Sable 1.43

Au Caire, j’ai obtenu, dans le jardin de Cazr-el- Nouza, avec un engrais complet qui contenait 42 kilogrammes d’azote :

Grains de sésame 1,226 kil.

Terre sans aucun engrais 630

Même remarque que pour mes expériences sur le cotonnier. — L’engrais ne contenait que 400 kilogrammes de phosphate de chaux, au lieu de 600 kilogrammes reconnus depuis nécessaires.

Le sésame est donc susceptible de donner de trèsbeaux produits. Je regrette de ne pouvoir vous fournir de plus amples renseignements sur cette plante.

Vous voyez, Messieurs, par ce qui précède, combien la connaissance des dominantes contribue au succès en agriculture. De cette connaissance découle en effet le profit. Tentez d’enfreindre les règles qui s’en déduisent; donnez au coton l’engrais du chanvre et au chanvre celui prescrit pour le lin; méconnaissez le principe des dominantes, la récolte sera détestable.

Ayez égard à ce principe, réglez la composition de l’engrais sur les exigences et les aptitudes de la plante à laquelle il est destiné, aussitôt tout rentre dans l’ordre, et vous obtenez le maximum de produit avec le minimum de dépense.

Remarquez, en outre, que la dominante dépend uniquement de l’organisation de la plante et non du produit qu’on en retire. Avec le lin, le chanvre et le coton, c’est toujours de la cellulose filamenteuse ; cependant la dominante de ces trois plantes est différente : au lin, il faut peu d’azote et de la potasse; au chanvre, beaucoup d’azote; au coton, une faible quantité d’azote, mais plus de phosphate de chaux. Les agents sont toujours les mêmes : les doses seules changent. Que peut-on concevoir de plus simple et de plus fécond à la fois ?

Pour terminer l’histoire des plantes oléagineuses, j’ai à vous entretenir de leur produit le plus essentiel.

Quelle est la nature des matières grasses? Participent-elles à l’épuisement du sol?

Les matières grasses sont liquides ou solides; elles possèdent trois caractères qui les distinguent de tous les autres produits végétaux ; elles sont insolubles dans l’eau, solubles dans l’éther, et forment des savons avec les alcalis.

Si on délaye de l’huile dans une dissolution de potasse ou de soude caustique, il se fait une véritable émulsion. Porte-t-on à l’ébullition, au bout d’une heure environ, l’émulsion change d’aspect, le liquide s’éclaircit, et il s’en sépare des ffocons d’une matière

blanche de consistance pâteuse, qui devient dure et compacte par le refroidissement. Cette matière, soluble dans l’eau, est le savon, qui est lui-même un véritable sel ou plutôt un mélange de plusieurs sels dont les acides proviennent du corps gras.

Toutes les graisses et les huiles contiennent, en effet, plusieurs acides en combinaison avec un produit spécial , la glycérine, qui remplit dans une certaine mesure à leur égard le rôle d’une base. D’où il résulte que les corps gras ont, avec les sels, de réelles analogies.

Ce qui nous intéresse surtout dans les corps gras, c’est leur composition élémentaire.

Elle se réduit aux trois corps : carbone, hydrogène, oxygène. Pas d’acide phosphorique, pas de potasse, pas de chaux, pas d’azote. Aucune des substances dont l’exportation épuise le sol. Il suit de là que, malgré leur dissemblance avec le sucre, la fécule et la cellulose, les corps gras rentrent dans la classe des produits hydro-aériens ou hydro-carbonés.

Cette analogie de composition a une conséquence pratique singulièrement importante. S’il est vrai que l’exportation de la fécule et du sucre ne fait rien perdre d’utile au sol, et si l’annexion d’une fabrique de sucre ou d’une féculerie est un puissant moyen d’amélioration, parce que les pulpes ramènent au fumier la plus grande partie de l’azote, de l’acide phosphorique, de la potasse et de la chaux contenus dans la récolte, au même point de vue, l’annexion d’une huilerie doit présenter des avantages bien supérieurs.

L’emploi des pulpes de betteraves pour la nourriture du bétail a d’abord l’inconvénient d’exiger une avance considérable de capital, soumis à toutes les chances auxquelles un nombreux bétail est toujours exposé.

De plus, lorsqu’il y a consommation à l’étable, une partie notable des agents de fertilité est perdue pour le sol. Le dixième environ des minéraux de la pulpe se fixe dans l’organisme des animaux, et un tiers au moins de l’azote est déversé dans l’air par l’acte de la respiration.

Avec l’annexe d’une huilerie, on échappe à tous ces inconvénients. Pour utiliser les déchets de fabrication, il n’est pas besoin de recourir aux animaux. Les tourteaux, délayés dans l’eau, se décomposent avec autant de facilité que les matières animales. La paille et les siliques de colza, arrosées avec ce liquide', éprouvent une très-rapide désagrégation; la masse s’échauffe et passe en moins de quinze jours à l’état pâteux comme le fumier de ferme.

Ainsi conçue, la culture des plantes oléagineuses me semble appelée à devenir l’une des plus lucratives et des plus améliorantes que la théorie puisse concevoir.

Mais pour que ce système réalise dans la pratique les avantages qu’on peut en attendre, il faut extraire de la graine la totalité de l’huile qu’elle contient. Les tourteaux, au sortir de la presse hydraulique, en retiennent encore de 6 à 8 p. 100 dont la valeur est de 6 à 7 fr. Or, l’huile étant dépourvue de toute propriété fertilisante, il y a un intérêt manifeste à la

retirer des tourteaux. On le peut au moyen du sulfure de carbone ou des essences légères de pétrole, que l’on sépare ensuite de l’huile par distillation.

Supposez une culture de colza où l’huile serait seule exportée et où, chaque année, tout le reste de la récolte, paille, siliques, tourteaux, seraient rendus à la terre.

Dans ces conditions, le sol, bien loin de s’épuiser, irait chaque année en s’améliorant, attendu qu’il recevrait, en plus de ce qu’il aurait perdu, tout l’azote que la plante aurait puisé dans l’air.

Pour mettre dans tout son jour l’avantage de ce mode d’opérer, il me suffira de rapprocher la valeur d’une récolte vendue en nature de celle qu’on peut réaliser lorsqu’on extrait l’huile par simple pression et par l’action combinée de la presse et du sulfure de carbone.

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