PARIS RUEFF ET Ç}\ ÉDITEURS
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L'introduction dans les assolements des plantes sarclées, l'extension des prairies artificielles marquent les progrès les plus saillants de l'af^riculture européenne au xvni^ siècle: ils sont purement empiriques.
Ceux que nous avons réalisés dans le siècle qui finit ont, au contraiiH?, une origine scientifique ; ils reposent sur la connaissance de l'alimentation de la plante établie par les travaux de Tli. de Saussure, Boussingault et Liehig. L'immense mouvement d'affaires que provoque aujourd'hui l'emploi des engrais découle de leurs découvertes. Quand ils eurent reconnu que les phosphates sont nécessaires à la vie végétale, que la poudre d'os, le noir animal augmentent consi<lérahlejnent
les récoltes des terres dans lesquelles l'acide phosphorique fait défaut, on fut conduit à chercher s'il n'existait pas d'autres sources de phosphates que les os, seuls d'abord employés comme engrais. En 1856, Elie de Beaumont publie son remarquable mémoire sur les gisements géologiques du phosphore, et constate avec effroi qu'ils sont peu nombreux, manifestement insuffisants pour rétablir la fertilité des terres .épuisées par la culture. — Les craintes qu'il témoigne pour l'avenir de l'agriculture européenne devaient bientôt s'évanouir; excitées par cette publication, les recherches deviennent actives et coup sur coup on découvre des gisements nombreux et abondants. On trouve des nodules de phosphate de <Jiaux dans plusieurs de nos départements, en Angleterre, en Russie; des phosphorites : en France, au Canada, en Norwége: des apatites : en Espagne; des sables phosphatés dans la Sonmie et le Pas-de-Calais; phis récennnent un énorme gisement en Floride; puis lout h fait dans ces dernières années, une couche (le phosphates facilement exploitable s'étalant sur une innnense étendue au travers de l'Algérie et de la Tunisie. La fabrication des superphosphates, puisant dans ces prodigieuses réserves, s'accroît chaque an née.
En 1856, Boussingault et M. Georges Ville
reconnurent, en même temps, Tefficacité des nitrates ; leur emploi, d'abord restreint, se généra- Hisa bientôt; actuellement, l'Europe utilise un million de tonnes de nitrate de soude provenant de la côte américaine du Pacifique. Ces ressources nouvelles, ces engrais efficaces : nitrates et phosphates, élèvent les rendements, et quand la saison est favorable, comme elle Fa été en 1894, la France récolte une quantité de blé suffisante pour n'avoir plus recours aux importations étrangères.
Il m'a paru qu'il y avait intérêt à indiquer le point auquel est arrivée aujourd'hui cette grande question des engrais, et de traiter ce sujet dans un langage assez simple pour être accessible aux personnes, de plus en plus nombreuses, qui s'intéressent aux choses agricoles.
On trouvera, dans la première partie de ce volume, un chapitre consacré aux engrais organiques : j'insiste particulièrement sur la fabrication du fumier de ferme, qui reste la matière fertilisante par excellence; le second chapitre de cette première partie est réservé aux engrais minéraux et aux amendements.
Dans ces dernières années a été éclairée une autre question débattue depuis près de cinquante ans : l'intervention de l'azote atmosphérique dans les phénomènes de la végétation. On se rappelle
là longue discassioa dans laquelle s'eng^agèrenl : Boussingault affirmant que l'azote atmosphérique n'est pas utilisé par les plantes, et M. Georges Ville soutenant l'opinion contraire. Cette disinission n'a pris fin que récennnentî quand l'illustre chimiste Berthelot reconnut que la terre renferme des êtres vivants, des ferments capables de fixer l'azote atmosphérique, de l'utiliser h la formation de matières organiques, quand MM. Hellriegel et Wilfarth, en Allemag^ne, découvrirent que les légumineuses doivent leurs propriétés améliorantes à l'apparition sur leurs racines de nodosités peuplées de bactéries fixatrices d'azote atmosphérique.
L'azote conihiné est nécessaire à la vie végétale; nous savons aujourd'hui que c'est par l'intermédiaire des ferments que la terre puise dans l'immense réserve de Taturnsphére : l't^xposé des découvertes qui nous ont conduit à ces idées nouvelles, sur la fixation de l'azote atmosphérique dans \e sol, forme le premier chapitre de la partie de ce volume réservée aux ferments de la terre.
Le second chapitre est intitulé : l'utilisation de l'azote du sol; c'est encore sous l'influence de microorganismes que l'azote, qui reste inerte dans l'humus, est mobilisé et devient assiniilable.
Lesrecherche.i deMM. Schlœsin<»- et Muntz, celles
plus récentes de M, Winogradsky nous ont fait connaître les ferments spécifiques qui entreijt en jeu dans- nos terres cultivées pour transformer successivement en ammoniaque, en nitrites, enfin en nitrates, la matière organique du sol.
L'étude attentive de la formation des nitrates dans la terre a fait voir que, généralement insuffisante au printemps, la nitrification s'exalte en été et atteint son maximum en automne à une époque où, loin d'être utile, elle détermine des pertes considérables : les nitrates formés dans les terres dépouillées de leurs récoltes sont entraînés par les eaux qui traversent le sol, on les trouve dans les eaux de drainage. Les cultures dérobées d'automne, sur lesquelles nous insistons h diverses reprises, ont précisément pour but d'empécber ou au moins d(* restreindre ces pertes.
Dans les sols humides, bien aérés, la nitrification acquiert une extrême énergie, la fertilité s'accroît avec l'abondance des nitrates formés, et c'est pour créer un milieu de culture ftivorable aux ferments nitriques que, depuis l'antiquité la plus reculée, le laboureur travaille son champ et pulvérise sa terre.
L'agronomie, comme la médecine, subit Tinfluence des découvertes de notre grand Pasteur : nous savons aujourd'hui que la fertilité dérive de la
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coiuiaissance de plus en plus complète, de la mise enjeu de plus en plus habile des ferments de la terre.
Nous avons donc essayé de résumer, dans ce petit volume, les deux progrès les plus saillants accomplis depuis cinquante ans : après avoir décrit les engrais dont l'emplcfi s'accroît chaque jour, nous montrons comment les ferments de la terre, les infiniment petits, longtemps ignorés, exercent sur la production agricole ime influence dont les travaux récents permettent à peine d^ mesurer rétendue.
Les lecteurs de la Revue des Deux-Mondes retrouveront dans ce volume les articles publiés en d893 et en 1894, étendus et modifiés, car, dans une science en voie de formation, chaque jour apporte une notion nouvelle.