‹ Les ennemis de la maison comedie en trois actes, en versChapitre 1 sur 57 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

REYNAL ,eui.

Il tient une bcîte à pistolets d'une main et do l'autre une lettre ouverte. Il lit.

« Étoile de ma vie , idole do mon àme ,

M Chère Adèle!... » Le comte est l’amant de ma femme !... C’est lui, bien siTrl Au fait, pour quelle autre raison Vivrait-il, du matin au soir, dans ma maison .!*

11 no se cache pas pour entrer... au contraire...

A moins de m’avertir , il no pouvait mieux faire.

Fou que je suis!... Jadis monsieur de Saint-Rcmy N’élait que mon client... j’en ai fait mon ami.

Du lion à la modo, a\i lieu de prendre ombrage.

J’ai moi-mème enfermé le lion dans ma cage.

LES ENNEMIS ÜE LA MAISON

Enghien lui déplaisait... moi, j’habitais Enghien...

J’ai voulu qu’il louât un chalet près du mien.

Rien qu’à l’empressement qu’il mettait à se rendre, J’aurais pu , moins aveugle , aisément tout comprendre : Un homme aussi couru, sans de graves raisons,

Ne se condamne pas à pêcher des poissons;

Et depuis quatre mois, d;ins une paix profonde.

Chez moi ce sot plaisir absorbe tout le monde ;

Mais je n’ai rien compris, rien vu, rien deviné!

Au divin célibat notaire destiné ,

Sans femme , sans amis et sans inquiétude ,

J’étais heureux avec ma sœur et mon étude...

Tout autre se serait contenté de cela ;

Mais le bon sens se tut et l’orgueil seul parla.

Chez mon meilleur client, le général d’Hormille,

Du baron de Beaupré je rencontrai la fille;

Avant même de rendre hommage à sa beauté ,

Son nom, son noble nom flatta ma vanité.

A mieux que moi sans doute elle pouvait prétendre ; Mais, n’ayant point de dot, elle daigna me prendre.

Dès lors , dans mon salon de not.aire à Paris ,

On n’entra plus à moins d’être comte ou marquis. Madame de Beaupré, ma noble belle mère.

Entretenant en moi cette absurde chimère.

Fit tant que , des grandeurs pour suivre le chemin , J’oubliai le bonheur que j’avais sous la main.

Ma femme... ce n’esi pas sa faute, je l’adore...

Avec elle et ma sœur, tout irait bien encore;

Ce serai si gentil do vivre tous les trois A Paris, simplement, comme de bons bourgeois!

Mais la mo(!e le veut, la vanité l'ordonne ,

Digilized by GoogI

AC T K I. f

Il faut s’expatrier du printemps à rautoiime ;

Et tandis que monsieur , pendant six jours entiers,

Fait pour un peu d’argent le plus sot des métiers,

Il relègue bien loin de chez lui sa compagne.

Pour qu’on dise : Reynal a maison de campagne,

Reynal n’est qu un niais ..Ha tort d’ètre fier;

Sa maison sur le lac d’Enghien coûte trop cher,

Si dans celte maison, dont il jouit à peine.

Ouvrier sans dimanche, une fois par .semaine.

Ses plus nobles amis le remplacent si bien.

Qu’un jour, innocemment , sans se douter de rien ,

Il trouve ces beaux vers adressés à sa femme ; a Étoile de ma vie , idole de mon âme ! »

Oh ! depuis ce matin , que de réflexions Ont rabattu l’orgueil de mes illusions!...

Monsieur le comte Oscar de Saint-Remy , je jure...

Il »e trouve eu face ü'uno glace placée sur la cod«o1c.

Mon pauvre ami Reynal , quelle triste figure !

Il ouvre la boite.

Ces pistolets sont beaux, mais ça ne suffit pas.

Je suis fait pour manquer mon homme à quinze pas. Tandis que lui , ce comte... Enfin , voyons Adèle.

Il sonne.

Il doit être très-fort.

Page 1