‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 103 sur 146 · MITHRIDATE · texte numérisé non relu

MITHRIDATE

porté et cruel. 11 punit du même coup Phariiace qui la trahi. Celle dernière scène, en nous montrant jusqu'au bout le héros avec sa profonde intelligence de la politique romaine, avec cette haine d'un vaincu qui se console à la pensée des maux infligés au vainqueur, et qui compte sur les amis de Pharnace pour le châtiment du parricide*: cette scène complète l'effet de la tragédie. Elle affermit, elle achève notre admiration, et c'est avec une conviction plus forte que nous nous écrions : Non , les contemporains de Racine et la postérité ne se sont pas trompés. Ce n'est pas à tort que Boileau, La Bruyère, Voltaire, Vauvenargues, La Harpe, ont vu dans cette tragédie un des chefs-d'œuvre de la scène française, et dans le caractère qui la domine un des plus beaux efforts de l'esprit humain. Ce n'est pas à tort qu'il ont jugé que Racine « avait l'àme tragique », et qu'ils ont accordé au peintre de Burrhus, d'Acomat, de Mithridate et de Joad le talent de saisir et de retracer les héros*. Nous osons, après eux, soutenir que Mithridate est un héros ; nous osons trouver de la grandeur jusque dans ce personnage de Xipharès, trop sacrifié par Voltaire. Nous osons surtout admirer l'héroïsme simple et sans étalage de Monime, et, avec un de nos maîtres^, donner à celte noble femme le nom de Cornélienne et

i . Fiez vous aux Rumains du soin de son supplice !

2. « Racine, dit M. Cousin (Z>m vrai, dubeau et du bien), n'étaitpas » né pour peindre les héros. » Il dit plus haut : « 11 n'a pas l'àme 0 tragique, il n'aime ni ne connaît la politique et la guerre. » Que de vraie politique dans Mithridate et dans Iphigénie! D'ailleurs, la politique et la guerre sont-elles le fond de la tragédie? Quoi ! le peintre d'Hcrmione, de Roxane et de Phèdre, d'Agrippine et d'Athalie, d'Andromaque et de Clytemnestre, n'avait pas l'àme tragique !

3. M. Nisard, Histoire de la littérature française, t. III, liv. III, chap. xm. « Au milieu des embûches dont elle est entourée, elle

MITIIRIDATE. 25S

voir en elle une sœur de Pauline, plus gracieuse peul- 4Hre et plus sensible, mais non moins pure ni moins

grande.

» n'est rassurtil! lîl tranquille que quand son devoir a parlé et qu'elle 1 n'a plus à risquer que sa propre vie. C'est un écho épuré du lan- )• >i;age de Pauline, c'est son esprit devenu sentiment. •

^■"i Uil .i

Page 1