‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 119 sur 146 · La mort ost le soûl dieu que j'osais implorer · texte numérisé non relu

La mort ost le soûl dieu que j'osais implorer

(I La mort, dit-il, n'est pas un dieu; il fallait au moins dire déesse. » Les (lieux mômes, les Hiciix de l'Olyropo habitante.

1) Quelle cheville! s'écrie Subligny. Quoi! cette expression, qui ne s»' u soulTrirait pas dans la poussière des classes, est exposée impudem- » ment sur le llicàtrc ! »

Plus haut, il a critique avec raison, mais toujours sur un Ion acerbe, la phrase d'OKnone :

Les ombres par trois fois ont obscurci les cicux, Depuis que le somm:<il n'est entre dans vos yeux.

« Ces vers sonlent plus le Phœbus de collège que TApollon de cour.i Il condamne avec autant de rigueur quelques licences poétiques, linéiques hardiesses légitimes ou au moins fort excusables au milieu des diflicultés de notre poésie; il s'indigne de quelques taches dont la rareté seule est étonnante. Mais il attaque surtout des expressions familières qui lui scmbliMit bourgeoises, cl que Racine, si souvent accusé de notre temps pour sa noblesse, a fort heureusement introduites dans la poésie.

fique apostrophe de Phèdre, les imprécations dont elle accable Œnone, sont des réflexions froides et déplacées? Quoi! la passion ne respire pas dans chacun de ces vers? et cette condamnation des flatteurs que Subligny traite de a judicieuses sentences » n'est pas animés par l'accent du plus amer désespoir? L'émotion, la flamme est partout, et Subligny se plaint de rester froid! Assurément, c'est que rien ne saurait fondre la glace de son cœur.

Subligny ne manque pas de s'étendre complaisamment sur la critique du fameux récit attaqué dès le xvir siècle par Fénelon et par La Motte. 11 est assez inutile aujourd'hui de reconnaître que, dans ce morceau célèbre, llacine, ordinairement si discret, a abusé de la poésie. Entraîné par le désir de lutter avec Euripide et Sénèque, il a trop prodigué la richesse et l'harmonie ; ce langage pompeux n'est pas celui d'une douleur récente et vive : Fénelon et La Motte ont raison contre Boileau, Mais cette critique, pour être juste, doit être restreinte à quelques vers : que l'on supprime la description du monstre et de l'eflet produit par son apparition, tout le reste, malgré l'éclat des vers, est convenable et naturel ; il n'y a plus rien que Théramène n'ait pu dire.

L'appréciation de la dernière scène couronne dignement l'examen de Subligny. « Enfin, dit-il, Phèdre » vient faire sa confession générale. Je crois que si » M. Racine n'avait eu une forte envie de faire paraître » Phèdre aussi belle empoisonnée (|ue charmante empoi- » sonneuse, il aurait supprimé cette scène; car enfin elle » est inutile, mal inventée, désagréable, et M. Pradon » a mieux fait de ne faire qu'un récit de la mort de >» celte criminelle, joint à celui d'Hippolyte. » Inutile, une scène sans laquelle la justification d'Hippolyte res-

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lerail iiicoTiipU'Ic, sans laqiK^lIo la vorlu « licmiiait soup- (,'onn(''(M) , sans la((U('ll(; il niaïKnici-ail quoique chose au châtiment de la coupable, puisqu'elle n'aurait pas la honte d'un aveu ! mal inventé, un tableau si frappant et si drainaticjue! désaitivable, un (ItMioùinent qui achève d"atténu«'r lodieux du j)ersonnaf;e de Phèdre, el qui, en nous la montrant juge si inflexible d'elle-mèiiie, désarme en partie noire sévérité ! El à celle émouvante apparition de Phèdre pâle, confuse, mourante, Subligny eût préféré un récit! Il ose, en présence de cette belle scène, évoquer le souvenir des misérables vers de Pradon ! Il est vrai qu'il n'est pas satisfait de tous ceux de Hacine, el (ju'il critique « les grandes épithètes » du discours de Phèdre. Pour nous, loin d'en être choqué comme Subligny, nous avons toujours trouvé qu'elles convenaient admirablement à la situation. La coupe, l'harmonie du vers, tout est en rapport avec le ton d'une femme accablée el près de mourir. Loin d'y voir une négligence de Racine, nous y verrions volontiers un calcul de son art. La lecture de la dissertation de Subligny ne prépare guère aux conclusions de l'auteur : « M. Racine n'a pas » fait de tragédie où il y ait tant de beautés ef tant de » défauts qu'en celle-là. » Le critique nous avait bien montré les défimts ou ce qu'il jugeait tel ; mais il n'avait guère signalé ces beautés si nombreuses. Au reste, il n'y a pas moins de contradiction entre sa critique de la pièce de Pradon et le jugement général auquel il s'an-ète. Il a énuméré les invraisemblances absurdes de l'action, « la sottise de Phèdre, qui se laisse prendre aux soupirs » d'Ilippolyle, le ridicule du récit de Thésée, la pauvreté » insupportable du récit de la mort de Phèdre et d'Hip- » polyle ». L'acte IV el l'acte V lui ont paru « si confus, que n'ayant pu les entendre qu'avec dégoût, il n'a pu les retenir avec exactitude ». Et après cette condamnation

si complète et si peu ménagée, il conclut que « la tra- » gédie est mieux intriguée que celle de M. Racine, » qu'elle surprend davantage les esprits et excite un » peu plus la curiosité. » Et cette conclusion monstrueuse, inconcevable, sans cesse démentie par Subligny lui-même, a été acceptée de confiance par les auteurs du Dictionnaire historique *, des Anecdotes dramatiques, des Annales poétiques, et d'autres compilations copiées sur celles-là! Elle a survécu longtemps à la critique de Subligny et à la tragédie de Pradon ! Certes, des faits si révoltants étaient utiles à constater; ils achèvent d'expliquer les dégoûts de Racine, et nous pouvons l'affirmer en finissant : autant (jue Pradon, M'"" Ueshoulières et la cabale de l'hôtel de Bouillon, Subligny est coupable de cette résolution qui a rendu stériles pour les lettres douze années de la maturité du grand poète, et fait de son retour à l'art dramatique un heureux et court accident.

1. Bayle appelle les deux P/ié(/;-e deux tragédies <rés-ac/teyees. Voyez Voltaire (Préface de Mariamne); ilscmblc réduire au style toute la différence entre Pradon et Piacine.

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