De ton âge importun la timide faiblesse
A trop et trop longtemps déguise ta paresse.
Et fourni des couleurs à la raison d'État Qui mutine ton cœur contre le siècle ingrat.
[Épitre à Pouquet.)
« Tout le monde ne sait pas que sa bonté (de Pouquet) s*est étendue • jusqu^à ressusciter les muses ensevelies dans un long silence, et » qui étaient comme mortes au monde, puisque le monde les avait » oubliées. » (Préface d'Œdipe.)
cayrages pour le ridicule, el donnaient aux héros de l'antiquité et du moyen âge le langage et les sentiments des ruelles* Boileau, dans le Dialogue des héros de roman^ a relevé quelques traits de ces pièces doucereuses qui pendant dix ans se succédèrent chaque année sans que rien troublât leur triomphe. Qui connaît aujourd hui, autrement que par le satirique, la Mort de Cyrus^ qui commença, en 1656, la vogue de Quinault, et la Stratonke (1657) où «jusqu'à je vous hais> tout se dit tendrement », eiVAmalasonthe (1658), tragédie dont Théroïne raffine sur les précieuses de Thôtelde Rambouillet, et dont le héros, Théodat, brûle pour la reine des Ostrogoths d'un amour si délicat, si discret et si humble? Qui a lu même Tillustre pièce d' Astrale (1663), qui fit tomber la Sophonisbe de Corneille, et qui mit le comble à la renommée de son auteur? Tous les poètes qui se hasardèrent au théâtre à côté de Quinault suivirent docilement son exemple : la Clotilde de l'abbé Boyer (1659), VOstorius de Tabbé de Pure (1659), les nombreuses tragédies de Thomas Corneille, Bérénice (1658), Darius (1659), Stilicon (1660), Camma (1661), etc., sont les fades et insupportables produits de la môme école. Tous ces poètes prennent à l'antiquité ou aux premiers âges de l'invasion des Barbares les noms de leurs personnages, disposent en maîtres des événements, des lieux et des dates, transforment à leur gré les caractères, et les ramènent à un type unique, celui des bergers de M. d'Drfé ou des héros de mademoiselle de Scudéri.
Il faut bien le dire, le grand Corneille lui-même n'échappa pas tout à fait à la contagion. Quoiqu'il se fasse illusion sur ce point et qu'il se plaigne « du goût de ces délicats qui veulent de l'amour partout^ » ; quoi-
i. Préface de Sophonisbe (1663).
qa'il se félicite de ne pas chercher les agréments qui sont en possession de faire réussir au théâtre les poèmes dramatiques ^; il est certain que toutes ses dernières tragédies, depuis Œdipe jusqu'à Suréna, sont remplies de petites intrigues amoureuses. Il a défiguré par les scènes de la plus froide galanterie, par les complications du romanesque le plus invraisemblable et le plus stérile, le terrible sujet à'Œdipe; il est de règle dans ces pièces que tous les personnages, même un vieux soldat comme Sertorius, même un ambitieux comme Othon, même le farouche Attila, portent les chaînes de quelque noble dame, et qu'aux calculs de leur politique se mêlent les intérêts de leur amour. Si ces héros et ces héroïnes dissertent sur leurs sentiments plutôt qu'ils ne les éprouvent, s'il n'y a chez eux ni emportement de passion, ni véritable tendresse, ils n'en sont que plus faux et moins supportables. Ainsi le goût du temps et les succès de Quinault gâtaient le génie encore si vigoureux de Corneille : quelques belles scènes politiques, où le poète, rentrant dans sa nature et dans la vérité, retrouvait la précision, la force et l'élévation du style i*Horace et de Ctnna, étaient perdues dans la froideur rebutante de l'ensemble ; des sentiments guindés et fastueux, des situations forcées, amenaient un langage obscur et souvent barbare, et Corneille, subissant des conditions si contraires à son génie, se condamnait lui-même à la décadence.
Racine, qui débutait au milieu de ce règne du bel esprit, n'avait encore ni des principes assez arrêtés, ni un talent assez mûr pour échapper à ces influences. Ses premières odes méritaient les éloges de Chapelain, dont il fut si fier, et qu'il recueillit précieusement pour les