‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 20 sur 151 · Préface de Sophonisbe · texte numérisé non relu

Préface de Sophonisbe

il est juste d*en accuser Quinault plutôt que Racine, dont les premières œuvres sont postérieures aux dix années brillantes de l'auteur d*Astrate; ainsi, ce changement du goût public^ que bientôt Corneille et tous ses admirateurs exclusifs jusqu'à nos jours imputeront à Racine, il est juste de le faire remonter jusqu'à Quinault. Corneille, tout en le déplorant, s'y est soumis lui-même; il n'a pas, quoi qu'en dise Fontenelle, « dédaigné fièrement d'avoirde la complaisance pour ce mauvais goût^ ». Quant à l'auteur d'Andromaqtiey si l'amour, qu'il trouvait en possession du théâtre, est resté le ressort principal de ses tragédies, on avouera du moins qu'il l'a rendu bien plus naturel et plus vrai, bien plus touchant et'plus dramatique : après les fureurs d'Hermione, Corneille n'aurait pu, sans quelque injustice, écrire ce vers, antérieur de peu de mois à la représentation d*Andromaque :

Et la seule tendresse est toujours à la mode *.

Mais on ne peut en vouloir à Corneille du chagrin que lui causèrent les succès du nouvel auteur. Si, à l'époque où Racine obtint les premiers suffrages du public, le poète qui avait sur lui l'avantage de la priorité, de l'âge et de tant de chefs-d'œuvre admirables, eût cessé de composer pour le théâtre, sans doute l'amour-propre toujours susceptible de l'écrivain eût été moins excité : Corneille^ sûr de sa renommée, voyant déjà la postérité commencer pour lui, n'aurait eu que bienveillance et encouragements pour le jeune homme qui entrait dans la carrière. Il n'eût vu en lui qu'un disciple, un héritier :

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