Chansons historiques^ vol. VII, p
nuscrit des Chansons; Corneille n*est attaqué qu'une fois : on l'appelle « ce mercenaire normand », probablement à cause de ses malencontreuses dédicaces. BoileaUy que son métier de satirique exposait aux représailles, est cité cinq ou six fois. Tout le poids des colères et des fureurs tombe sur Racine. Le parti de ses anciens ennemis s'est grossi sur la fin de sa vie de tous les philosophes et de ceux qui, n'osant pas attaquer la religion, se plaisaient à l'avilir dans un de ses plus nobles prosélytes. Racine se fit-il de sa piété un bouclier assez fort pour repousser toutes ces insultes? Cette âme si tendre trouva-t-elle une force assez grande pour rester insensible? Il sut se taire*. Mais l'effort fut bien grand, et l'amertume qu'il en ressentit contribua certainement aux progrès d'une maladie déjà ancienne, mal connue et mal soignée par les médecins, et put hâter une mort malheureusement trop prévue.
Faut-il y joindre la douleur d'une disgrâce dont on a beaucoup exagéré la durée et l'importance, et dont les causes mêmes ne sont pas certaines? Rien n'est plus connu que l'anecdote du mémoire sur les souffrances du peuple demandé à Racine par M™^ de Maintenon, et surpris entre ses mains par le roi, à qui elle eut la faiblesse d'avouer le nom de l'auteur. Telle serait, d'après le récit de Louis Racine, l'explication de la dis-
i. Un jour il s'affligeait devant Boileau de racharncment qu*0D mettait à le déchirer, à calomnier son affection pour Port-Hoyal, à exagérer, dans une intention perfide, les services qu'il rendait aux religieuses et aux paysans du voisinage : « Vous avez, disait-il à son » ami, loué plus d'une fois dans vos vers des personnes dont les miens » ne disent rien. Tout le monde connaît votre rime à Vostracisme. V C'est vous qu'on doit accuser, et cependant c'est moi qu'on accuse. • Quelle en peut être la raison? — Elle est toute naturelle, répondit » Boileau. Vous allez à la messe tous les jours, et moi je n'y vais que I les fêtes et les dimanches. » (Louis Racine.)
gvtice de son père. Mais le silence de celui-ci dans une lettre célèbre où il plaide sa cause auprès de M*"^ de Maintenons a permis de contester la réalité du fait. Déjà M. le duc de Noailles, dans son Histoire de M^^de Maintenon % révoquait en doute Texistence du fameux mémoire, et le plus récent historien de Louis XIYj H. Gaillardin% est encore plus affirmatif. On a transformé, dit-il, en un mémoire sur les souffrances du peuple la réclamation personnelle dont Racine parle dans sa lettre. Après la paix de Ryswick, il avait é^é compris, à titre de trésorier de France à Moulins, dans une mesure qui demandait aux officiers de finances un sacrifice taxé à 10000 livres selon les uns, à 4000 selon les autres; Racine, dont cette taxe, comme il récrit à M"^ de Maintenon, » dérangeait les petites affaires », rédigea un mémoire qu*il confia au maréchal de NoailleS) et que celui-ci fit remettre au roi par Tarchevéque de Paris; son frère. Gomme la réponse tardait, il pria la comtesse de Grammont d'obtenir de M™^ de Maintenon son intervention auprès du roi. Cette insistance suffisait pour indisposer Louis XIY, et un autre grief plus grave vint ajouter à son mécontentement. Quelques « officieux de cour » accusèrent Racine de jansénisme et d*attachement à Port-Royal. Dans sa lettre à M<°« de Maintenon, il repousse très vivement cette imputation de jansénisme; il atteste « sa soumission d*enfant à tout ce que TÉglise croit et ordonne », et il explique par des raisons de parenté et de charité ses relations avec Port-Royal. Dans tout cela rien ne se rapporte, même par allusion, au pré-