CHAPITRE IV
La Bérénice de Racine et le Tite et Bérénice de Corneille. — Comptes rendus de Robinet. — Critique de Bérénice par Villars et réfutation de cette critique par Subligny. — Critique de Tite et Bérénice par Yillars. — Jugement de Saint-Évremond sur les deux pièces. — (>)médie critique de Tite et Titus ou les Bérénices, — Parodie da Bérénice à la comédie italienne
Nous n'avons pas à revenir sur Torigine de cette tragédie ni sur les circonstances qui en firent l'occasion d'une rivalité directe entre les deux plus grands poètes tragiques de la France. La princesse qui, attirée, dit-on, à ce sujet par des sentiments personnels et par un retour sur sa propre situation, Tavait suggérée à la fois à Corneille et à Racine, et qui avait voulu ménager à la cour comme à elle-même le plaisir de cette lutte involontaire, avait cessé de vivre quand les deux pièces furent représentées. Il n'est pas douteux que son suffrage n'eût été de tout point favorable au plus jeune des deux concurrents, et que l'œuvre élégante et délicate de Racine n'eût complètement satisfait son désir et ses espérances. En effet, si cette tragédie nous paratt aujourd'hui inférieure aux autres ouvrages du poète, il faut avouer qu'elle réunissait alors toutes les conditions du succès. L'amour y remplit toute l'action, et cet amour, plein de grâce et d'effusion, sinon d'énergie et do véhémence, n'en était que plus conforme au goût
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d'une cour toute occupée, elle aussi ^ d'intrigues galantes, de passions délicates et ingénieuses^. Le naturel et Tharmonie d'un style enchanteur ajoutaient encore au charme de ces peintures où l'on aimait à l^e reconnaître; et, pour achever l'effet de ces beaux vers, on pouvait souvent les appliquer au souverain, alors entouré de tous les prestiges de la jeunesse et de la beauté, de la gloire et de la puissance. On songeait à lui quand Bérénice décrivait avec tant d'émotion l'éclat de son amant* :
Cette pourpre, cet or qui rehaussait sa gloire, Et ces lauriers encur témoins de sa victoire ;
quand elle montrait ces yeux
Qu'on voyait venir de toutes parts Confondre sur lui seul leurs avides regards;
quand elle peignait
Ce port majestueux, cette douce présence.
Et c'était encore vers le roi que se portaient toutes les pensées, lorsque Bérénice, après ce tableau où s'était complu son amour, s'écriait avec une douce ivresse :
Ciel ! avec quel respect et quelle complaisance Tous les cœurs en secret rassuraient de leur foi ! Parle ! peut-on le voir sans penser, comme moi, Qu'en quelque obscurité que le sort l'eût fait naître, Le monde en le voyant eût reconnu son maître?
1. M. Cousin, dans sa passionnée et piquante Histoiie de la jeunesse de M^ de Longueville, rapproche avec raison la Bérénice des charmants ouvrages de M"^ de La Fayette, Zaide et la Princesse de Clives,