‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 11 sur 156 · On sait que Chapelain avait été chargé, en même temps que · texte numérisé non relu

On sait que Chapelain avait été chargé, en même temps que

tous les beaux esprits ». Avec lui , les noms les plus célèbres dans la poésie étaient ceux de Ménage, Scudéri, Saint-Amand, Benserade, Cotin; et tous ces auteurs, tombés si bas après les satires de Boileau, étaient alors aussi puissants par leur crédit et par la protection des plus illustres personnages que funestes par la popularité de leurs œuvres. Sans doute, les beaux jours de Thôtel de Rambouillet étaient passés; maïs Tesprit précieux vivait toujours et chez les nobles dames qui avaient fréquenté rillustre cercle, et chez les écrivains qui y avaient puisé leurs inspirations. D'ailleurs, à Paris et dans les provinces, d'autres cercles s'étaient fonnés qui avaient conservé, en les outrant, les traditions du fameux hôtel; c'est à ceux-là que Molière, dans ses Précieuses ridicules, affectait de restreindre ses critiques. Depuis vingt ans le bel esprit régnait dans la poésie : ce n'étaient que madrigaux, stances, sonnets, rondeaux, pièces fades et prétentieuses, dont le sujet éternel était la galanterie. Les longs poèmes épiques de Chapelain, de Scudéri,.de Saint-Sorlin, étaient encore dans leur nouveauté ; enfin on dévorait les interminables romans de la Calprenède et ceux de mademoiselle de Scudéri, la dixième muse, rillustre Sapho, comme la surnommait Tenthousiasmc de la cour et de la ville ; le Pharamondy la Cléopdlre, le

Costar, de préparer une liste. Boileau y fait allusion dans ces vers de la satire I (édit. de 1666) :

.... Je ne saurais, pour faire un juste gain, Aller, bas et rampant,flcchir sous Cliapelain. Cependant, pour flatter ce rimcur tutëlaire, Le frère, en un besoin, va renier son frère ;

Ou, pour être couche «ur la liste nouvelle.

S'en irait chez Billaine admirer la Pucelle.

Chapelain ne s'était pas oublié, et dans la liste qu*il a dressée, il apprécie lui-même son talent et son caractère avec une complaisance très naïve.

Cyrus, la CUlie^ étaient les délices de Paris et des provinces, récole de la galanterie et de Tamour, le code du bon ton, des beaux sentiments et du beau langage.

Le théâtre est de tout temps Timage de la société : nulle part le goût de l'époque et la prodigieuse influence des romans à la mode ne sont plus sensibles que dans les tragédies représentées entre 1655 et 1665. Ce n'était pas, comme on pourrait le croire, le grand Corneille qui était en possession delà popularité et des grands succès: réchec de Pertharite l'avait chassé du théâtre en 1653; pendant six ans il avait pu garder le silence, sans que le public eût cherché par ses regrets et ses sollicitations à le faire revenir sur une résolution qui ne demandait qu'à se laisser vaincre. L'£/}|^r^ au surintendant Fouquet, qui, en 1659, ranima sans peine l'ardeur de Corneille, et la prérace de la tragédie d' Œdipe ^, font assez paraître que cette oublieuse indifférence avait été le plus grand des chagrins du poète, la cause principale de son découragement. Un autre auteur régnait sans partage dans la tragédie, et, loin de perdre au retour de Corneille, il brilla d'un nouvel éclat par la défaite d'un telrival ; c'est Quinault, non pas le poète élégant et harmonieux qui, beaucoup plus tard, fit les vers d'Armide^ mais celui qu'a si justement attaqué Boileau, et dont les tragédies, empruntées aux romans de mademoiselle de Scudéri et de la Galprenède, renchérissaient encore sur ces

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