Préface de Sertoriu
rapporter avec une exactitude religieuse « comme le texte de l'Évangile», à son correspondant l'abbé Le Vasseur^ Une élégance pompeuse et commune, beaucoup de recherche et d'emphase, beaucoup de froides hyper^ boles, comme dans ces vers de la Nymphe de la Seine :
Je roulais dans mon sein moins de flots que de pleurs.
Le soleil, étonné de tant d'effets divers,
Eut peur de se voir inutile, Et qu*un autre que lui n*éclairât Tunivers,
tel est le caractère habituel de ces pièces où Ton ne peut guère louer que la douceur de la versification et un sentiment vrai de l'harmonie poétique. La première tragédie de Racine semble indiquer plutôt un imitateur de Quinault qu'un disciple fervent des poètes grecs. L'amour n'y occupe pas, il est vrai, la principale place, et tels étaient les préjugés du temps que l'auteur croit devoir s'en justifier dans sa préface ; mais, dans cette sombre histoire, c'est déjà trop de la passion épisodique d'Antigone et d'Hémon, et surtout de la rivalité ridi* cule de Créon et de son fils. Au reste, le grand défaut de la pièce, c'est la froideur et la faiblesse : le style, clair et coulant, mais souvent plat ou gâté par des traits de mauvais goût, a la douceur de celui de Quinault dans ï A strate, sans avoir plus de force et d'expression ; même dans les situations les plus dramatiques, il ne prend ni vivacité ni couleur. Les caractères n'ont pas de vigueur et de relief, les sentiments pas de profondeur; l'auteur n'a pas encore acquis le talent
t. Lettre du 13 septembre 1660. Racine eut aussi les suffrages de Cliarles Perrault, son futur adversaire dans la querelle des ancien» et des modernes.
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de concevoir rortement ses personnages, de s'identifier tellement avec eax que leurs passions deviennent, en quelque sorte, les siennes, el de leur donner ainsi cette vérité et cette vie sans lesquelles il n'est pas de création dans Tart.
Heureusement pour Racine, à cette époque commence son étroite liaison avec un homme dont le jugement droit et sévère, Finflexible bon sens, la franchise résolue et courageuse, devaient avoir sur lui une action si puissante et si salutaire. L'abhé Le Vasseur, parent et ami d'enfemce de Racine, confident de ses premiers essais et de tous les sentiments de sa jeunesse, avait rencontré à Crosne, en 1663, Boileau qui écrivait ses premières satires, mais qui n'avait encore rien publié. 11 lui montra l'ode de la Renommée aux iftises, alors dans tout l'éclat de sa nouveauté et de son succès. Boileau fit des observations que Le Yasseur transmit fidèlement à Racine: celui-ci en fut frappé ; sans se rendre sur tous les points, il avoua « qu'il y avait trouvé assez de difticultes qui l'arrêtaient ». « Je suis, ajoutait-il, fort obligé à l'auteur de ces remarques, et je Testime infiniment^. » Il exprimait le désir de le connaître : Le Vasseur mena son parent chez Boileau, et, dès la première visite, ces deux hommes, si dignes l'un de l'autre par les qualités du cœur comme par celles de l'esprit^ se juraient une amitié qui dura autant que leur vie. Boileau, par ses convictions fortes, par Tautorité de son caractère si honnête, si bon, malgré sa brusquerie, si dévoué et si sûr, prit un grand ascendant sur l'esprit et sur l'âme de son ami. L'ardente sensibilité de Racine, sa riche et mobile imagination, trouvèrent dans la raison intraitable, dans rinfaillible goût du satirique,