Bokuma
370 JUGEMENTS GÊNÉRAUl.
ment, et, comme La Bruyère, il remet le verdict à ia postérité, mieux placée pour juger la question ; c car, » ajoute-t-il, je suis persuadé que les écrits de Tun et » de l'autre passeront aux siècles suivants. » On sait qu'il en avait déjà appelé à cette postérité pour Athalie, et cette tragédie était une de celles dont il s'appuyait pour combattre les Perrault et les Fontenelle, et pour prouver que le galant et tendre Racine savait aussi s'élever à la sublimité de Corneille ^
Peu de temps après l'époque où Boileau écrivait ces lignes, Racine mourait. Cette mort dut être, dans les gazettes comme à l'Académie, l'occasion de nouveaux jugements sur ses œuvres. Le Mercure galant fit bien les choses ; il s'étendit sur l'éloge du poète qu'il avait autrefois si amèrement critiqué, et il sembla, dans le morceau que nous allons citer, avoir oublié ses vieux ressentiments^ : c Nous avons perdu un des plus excelf) lents hommes de ce siècle et qui méritait de vivre aussi » longtemps que son nom, qu'il a rendu immortel par 3 ses beaux ouvrages. Je parle de M. Racine, secrétaire » du roi, gentilhonune ordinaire de la maison de S. M.,
1. 12* Réflexion sur Longin. H cite comme modèle de sublime les ▼ers d'Athalie :
Celui qui met un frein, etc.
n ajoute : c Tout ce qu'il peut y avoir de sublime parait rassemblé » dans ces quatre vers, la grandeur de la pensée, la noblesse du sen- » liment, la magnificence des paroles et l'harmonie de Texpression, • si heureusement terminée par ce dernier vers :
» Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.
» D*où je conclus que c'est avec très-peu de fondement que les admi- » rateurs outrés de M. Corneille vcubnt insinuer que M. Racine lui » est de beaucoup inférieur pour le sublime. •