‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 44 sur 156 · A propos d*un vers de la huitième satire · texte numérisé non relu

A propos d*un vers de la huitième satire

Me mettre au rang des saints qu'a cëlëbrés Bussy.

Bussy répondit : « Despréaux est un garçon d'esprit et de mérite • que j*eslime fort. »

LES ENNEMIS DE BOlLEÂlî. 8d

portantes, car les ducs de Saint-Aignan et de Noailles, le comte de Guiche, se rencontraient chez elle avec Rapin, Ménage, Cotin, Chapelain. Dans ces réunions, Tesprit de coterie fut toujours très actif. Elle y admit avec empressement Fontenelle, et son influente 'intervention fit beaucoup pour ouvrir au neveu de Corneille, à Tennemi acharné de Racine, les portes de TAcadémie française.

Le salon de M""* de Pelissari, femme d'un riche financier de Tépoque, servait encore aux ligues contre les auteurs à la mode. On y voyait Gilles Boileau, frère et ennemi du satirique, Furetière, Quinault, Benserade, Perrault, Charpentier, Tallemant, c'est-à-dire tous les auteurs que nous avons déjà trouvés chez M*"* Deshoulières et chez M"''' de Bouillon, tous les coryphées de l'Académie française.

En effet, il faudrait bien se garder de croire que les grands auteurs qui font aujourd'hui la gloire littéraire de la seconde moitié du xv!!"" siècle, soient entrés de bonne heure et sans obstacle dans l'illustre aréopage institué par Richelieu. Bossuet ne fut élu qu'en 1671, un an après l'époque où il avait été balancé avec Chapelain pour l'éducation du grand Dauphin. Un prédicateur célèbre, qui tenait par ses relations, par certaines productions littéraires, et un peu aussi par son goût, à l'ancienne école, mais qui doit cependant aux qualités brillantes de son style un rang distingué parmi nos classiques, Fléchier, fut admis en 1673. En même temps que lui, après le succès de Mithridate, Racine entra dans le docte corps, où l'avaient dès longtemps précédé les Le Clerc et les Boyer. Huet, le savant évêque d'Avranches, fut nommé en 1674. Quant à Boileau, il n'est pas étonnant que son élection ait été bien plus disputée et bien plus tardive. Si quelque chose peut surprendre,

c'est qu'il ait forcé les portes de cette enceinte, où il allait avoir pour confrères la plus grande partie de ses victimes. Il n'a pas manqué, dans son discours de réception, de faire spirituellement allusion aux motifs qui rendaient cet honneur bien inespéré pour lui. On sait, du reste, que le roi, protecteur de TÂcadémie depuis la mort de Séguier (1672), exprima plusieurs fois son vœu à ce sujet. Pour échapper à Boileau, les académiciens avaient nommé la Fontaine. Louis XIV ne consentit à Tadmission du bonhomme, à qui l'on reprochait ses contes, qu'après Télection de Boileau ^ C'est en 1684 que les deux poètes, dont cette concurrence n'avait pas refroidi l'amitié, entraient ensemble à l'Académie. Fénelon n'y arrivait qu'en 1693, et la Bruyère était reçu quelques mois après Fénelon.

A cette époque, les grands écrivains du xvn* siècle, soutenus par l'éclat de leur gloire et de leur talent, avaient acquis à l'Académie une légitime influence. Cependant la séance de réception de la Bruyère fit éclater des orages qui prouvent la force et l'animosité des académiciens de l'école opposée à Racine. Par un singulier bonheur pour un peintre de portraits, La Bruyère avait devant lui tous les écrivains supérieurs de son temps, qui tous étaient ses amis et ses protecteurs, qui tous, comme lui, défendaient la cause des anciens. Aussi, dans son discours, fit-il avec une rare délicatesse un magnifique éloge de la Fontaine, de Boileau, de Racine, de Fénelon, de Bossuet, « ce Père de l'Église, pour parler d'avance le langage de la postérité ». Il eut des paroles flatteuses pour des académiciens obscurs, tandis qu'il

1. On connaît cette parole de Louis XIV aux députés de l'Académie qui lui annonçaient Télection de Boileau : « Vous pourrez re- » cevoir incessamment la Fontaine; il a promis d*6tre sage. •

laissa dans l'ombre et dans un oubli dédaigneux Fontenelle. Th. Corneille, Quinault, etc., les désignant en masse comme « des esprits fins, délicats, subtils, ingénieux, propres à briller dans les conversations et> dans les cercles ». Aussitôt un cri de vengeance s*éleva contre la Bruyère et contre Racine, qui avait le plus contribué à son élection. Bossuet même ne fut pas épargné ; on lui fit un crime d'avoir été loué en face de Tarchevéque de Paris, Harlay de Champvallon, dont cependant tout le monde connaissait les scandaleuses histoires. Si Pon en croit les chansonniers du temps, l'Académie ordonna la suppression du passage où la Bruyère semblait placer Racine au-dessus de Corneille ; mais alors Bossuet intervint, déclarant que, s'il en était ainsi, Racine ne mettrait plus le pied à l'Académie. Des personnages puissants, M. de Pontchartrain, le maréchal de Luxembourg, M"® de Maintenon elle-même, intervinrent dans la querelle, et l'on menaça l'Académie du retranchement des jetons. Le recueil manuscrit des Chansons historiqms^ donne de longs détails sur cette affaire, qui fut aussi pour le Mercure, traité avec tant de mépris dans les Ca-

1. Bibliothèque nationale, volume VII, pages 445 et suivantes :

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