‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 90 sur 156 · Alexandre, act. I, se · texte numérisé non relu

Alexandre, act. I, se

Du bruit de ses exploits mon ftme importunée.

peu mesuré, ail jeté dans un excès contraire les partisans de Corneille, et qu'il leur ait été difficile de rendre bonne et impartiale justice à une œuvre dont les panégyristes avaient tant de passion. Le jugement de Corneille, colporté par Segrais, servit à Visé et à Robinet comme de mot d'ordre pour critiquer la tragédie. On se rappelle que le vieux poète avait dit à son ami pendant la représentation de Bajazet : a II n'est pas un seul per- » sonnage qui ait les sentiments qu'il doit avoir et que i> l'on a à Constantinople : ils ont tous, sous un habit » turc, les sentiments qu'on a au milieu de la France. » C'est sur ce texte que tous les adversaires de Racine ont fondé leur critique; ils n'ont fait tous que l'étendre et le commenter. Le persifflage de Visé commence par là : « Le sujet de cette tragédie est turc, dit-il, à ce que rap- » porte l'auteur dans sa préface. » Or, comme la pièce de Racine n'était pas encore publiée, la phrase de Visé est une épigramme. Le moyen de discerner le sujet de cette œuvre prétendue historique, sans le témoignage formel du poète? Mais Visé ne se contente pas de ce trait malin : il conteste tout le sujet de la tragédie; il accuse Racine d'avoir imaginé le personnage de Bajazet, d'avoir dénaturé tous les faits, et il prend soin de venger la vérité historique si impudemment outragée par le poète. « Voici en peu de mots, dit-il, ce que j'ai appris de cette » histoire dans l'historien du pays, par où vous jugerez » du génie admirable du poète, qui, sans en prendre » presque rien, a su faire une tragédie si achevée. » Encore de l'ironie! Mais c'est le Ion habituel de Visé quand il fait à Racine l'honneur de juger ses œuvres ; il réserve la critique sérieuse pour des écrivains de plus de valeur, pour Boyer, car exemple, et pour l'abbé Colin. Il rétablit donc avec beaucoup de soin et d'étendue les événements altérés dans la tragédie. Il démontre

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qu*Âmurat avait trois frères quand il partit pour le sîége de Babylone, qu'il en lit étrangler deux, dont aucun ne s'appelait Bajazet^ et que le troisième, Ibrahim, fut sauvé de sa fureur parce que le sultan n'avait pas d'enfant pour lui succéder. Quant à la sultane favorite, elle accompagna le Grand Seigneur dans son voyage, et le grand visir, Mefaemet-Pacha, assista aussi au siège de Babylone. Visé ne cache pas la source où il a puisé ces précieux renseignements : a II les a vus, dit-il, dans une » relation faite par un Turc du sérail, et traduite en » français par M. du Loir, qui était alors à Constanti- » nople. » Il a bien le droit d'ajouter : « Cependant, » l'auteur de Bajazet fait demeurer ingénieusement le » grand visir dans Constantinople sous le nom d'Aco- » mat, pour favoriser les desseins de Roxane, qui se » trouve dans le sérail de Byzance, quoiqu'elle fût dans » le camp de Sa. Hautesse, et tout cela pour élever > à l'empire Bajazet, dont le nom est très -bien inï^ venté. »

L'argument était sans réplique, et la tragédie ne pouvait s'en relever. Cependant Racine fut peu embarrassé et peu ému d'une inculpation si grave. La première édition de son Bajazet parut le 20 février 1672, six semaines après la première représentation.' Il fit précéder la tragédie d'une préface courte et calme, où l'on chercherait en vain un trait de satire. Sans doute l'âge, la réflexion, les réprimandes et les conseils de Boileau, lui apprenaient à dominer la promptitude de son humeur; sans doute aussi, rassuré par les progrès toujours croissants de sa renommée, il devenait indulgent pour des clameurs de plus en plus impuissantes. Sans nommer le rédacteur du Mercure galant et sans faire allusion à sa critique, il se contenta d'établir sur des autorités imposantes tous les faits niés par le gazetier. Voici le dé-

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but de celte préface, telle qu'il la publia en 1672 : « Quoique le sujet de cette tragédie ne soit encore dans » aucune histoire imprimée, il est pourtant Irès-véri- » table. C'est une histoire arrivée dans le sérail, il y a » plus de trente uns. M. le comte de Cézy était alors » ambassadeur à Constantinople . Il fut instruit de » toutes les particularités de la mort de Bajazet, et il y » a quantité de personnes à la cour qui se souviennent » de les lui avoir entendu conter lorsqu'il fut de retour » en France. M. le chevalier de Nantouillet est dtï » nombre de ces personnes, et c'est à lui que je suis re^ » devable de cette histoire, et même du dessein que j'ai"— » pris d'en former une tragédie. J'ai été obligé pour » cela de changer quelques circonstances; mais, comme > » ce changement n'est pas fort considérable, je ne ' > pense pas aussi qu'il soit nécessaire de le marquer au » lecteur. »

Mais, en face des indications précises de Visé, cet exposé n'est-il pas un peu vague? L'existence de Bajazet, personnage si ingénieusement inventé, selon le Mercure ^ est-elle suffisamment démontrée? Sans doute Racine pensa qu'il y avait lieu de compléter sa justification, et, dans l'édition de 1676, il ajouta le développement qui forme aujourd'hui le commencement de la préface. Le poète établit d'abord qu'Amurat, contrairement à l'assertion de Visé, a eu quatre frères; il a soin de les nommer et de tracer rapidement leur histoire, très-peu conforme aux indications du Mercure, Le troisième, dans l'ordre de la naissance, est Bajazet : « C'était, dit Racine, un prince de grande espérance... j» Âmurat, ou par politique ou par amitié, lavait épar- » gné jusqu'au siège de Babylone. Après la prise de » cette ville, le sultan victorieux envoya un ordre à » Constantinople pour le faire mourir : ce qui fut con-

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» duit et exécuté à peu près de la manière que je le re- » présente. » Un peu plus loin, il revient sur les particularités de cette mort : « M. de Cézy fut, dit-il, instruit » des amours de Bajazet et des jalousies de la sultane. » 11 vit même plusieurs fois Bajazet, à qui on permettait » de se promener quelquefois à la pointe du sérail , sur » le canal de la mer Noire. M. le comte de Cézy disait » que c'était un prince de bonne mine. 11 a écrit depuis » les circonstances de sa mort, et il y a encore plu- » sieurs personnes de qualité qui se souviennent de lui » en avoir entendu faire le récit lorsqu'il fut de retour » en France. »

Ce qui est assez piquant, c'est que le récit de Racine eût trouvé, au besoin, sa confirmation dans un petit ouvrage publié déjà depuis quinze ans par un de ses ennemis littéraires. En effet, en 1657, Segrais avait donné sous ce titre : Les Nouvelles françaises, ou les Divertissements de la princesse Aurélie^ six petits romans, dont le dernier, Floridon, ou V Amour imprudent, a, pour le sujet et les personnages, des rapports frappants avec le Bajazet de Racine*. Dans la nouvelle comme dans la tragédie, le sultan Amurât « s'est contenté d'emprison- » ner fort étroitement Ibrahim, qui était fils d'une » même mère que lui, s'assurant sur la stupidité qui » i)ardissait en ce prince. » Quant à son autre frère Bajazet, « quoiqu'ils fussent nés de diflérentes sultanes, il » l'aimait d'une amitié si extraordinaire, qu'il ne pou- » vait être un moment sans lui. Il est vrai que, si la » beauté, la vertu et la bonne grâce ont quelque droit > sur l'âme d'un barbare, toutes ces qualités, qui étaient

1. Nous devons ce renseignement à M. Saint-Marc Girardin, qui, dans une de ses spirituelles leçons de la Sorbonne, a rapproché la nouvelle de Segrais de la tragédie de Racine. L'analyse que nous donnons est faite d'après l'ouvrage môme de Segrais.

» en ce jeune prince au suprême degré, méritaient un D traitement particulier. » Mais, ce qui entretient les bonnes dispositions du sultan, c'est l'amour que fiajazet inspire à Roxane, mère d'Amurat. L'auteur nous raconte comment la sultane mère fait connaître sa passion à Bajazet. Celui-ci, considérant la puissance de Roxane qui gouverne sous le nom de son fils, n'hésite pas à répondre à cet amour ; tel est d'ailleurs le conseil d'Achomat, vieil eunuque qui a élçvé son enfance, et qui se charge des messages des deux amants. Mais, pour écarter les soupçons du sultan et de sa cour, la sultane met en tiers dans ses entrevues avec Bajazet une jeune esclave nommée Floridon, qu'elle a comblée de richesses et élevée au rang envié de sa favorite. Bientôt Bajazet et Floridon s'aiment : la contrainte même et les périls de cette passion l'irritent encore. Roxane, inquiète des froideurs de Bajazet, a des soupçons que confirment des lettres trouvées dans la robe du prince. Mais sa vengeance est bien modeste, et, pour moi, je n'oserais dire qu'elle est plus conforme aux mœurs orientales qu'aux mœurs françaises, tant elle me semble contraire à la nature de l'amour, et, en général, à la nature humaine. Elle établit sa rivale dans un palais à Péra, elle l'y entoure de magnificence, et, ce qui est plus magnanime, elle permet à Bajazet d'aller chaque semaine passer une journée avec sa maîtresse ; mais, si les deux amants ne savent pas se contenter de cette généreuse concession, elle les fera périr dans les plus cruels tourments. Voilà certes une amante bien facile, et qui entend la jalousie tout autrement que la Roxane de Racine !

Bientôt cependant la sultane soupçonne qu'elle est trompée. Pour s'assurer de la vérité, elle feint une maladie : Bajazet en profite pour aller voir Floridon.

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Roxane qui l'a suivi dans une bar({ue à la faveur d*un déguisement, ne peut plus conserver <iucun doute : elle rentre au sérail, désespérée, et combattue encore par son amour dans la résolution de faire périr Bajazet. Un message du sullan vient précipiter le dénoûment. Amurat, depuis trois à quatre ans, faisait la guerre en Asie ; après plusieurs victoires, il s'était emparé de Bagdad, ville que Segrais, par la même erreur que Racine, confond avec l'ancienne Babylone. Il voulait porter la guerre dans le royaume de Perse ; mais les janissaires, rebutés par les fatigues de cette longue campagne, murmurent, se révoltent, et parlent d'opposer au sultan son frère Bajazet. Alors Amurat se souvient des maximes de Tempire ottoman, et il envoie l'ordre de faire périr Bajazet. Un premier messager est mis à mort par Tordre de Roxane, qui feint de le prendre pour- un imposteur; mais un second courrier qu'Amurat a envoyé, non par défiance, mais pour « prévenir le retardement et les accidents des chemins », arrive au moment même où la sultane se voyait si cruellement trahie par celui pour qui elle bravait tant de périls. Roxane répond que le sultan est maîlre absolu, et dès le soir Bajazet meurt, étranglé par les muets.

Telle est l'histoire que raconte très-élégamment Scr grais, et il ne nous laisse pas ignorer le sort des personnages qui survécurent au dénoûment de ce drame. L'empereur, dit-il, mourut deux ou trois mois après son retour à Constantinople, et eut pour successeur l'imbécile Ibrahim. Roxane n'inquiéta pas sa rivale, et même elle aima le fils que Floridon eut de Bajazet; Segrais nous apprend que ce jeune homm?, parti pour un pèlerinage à la Mecque, fut pris par les chevaliers de Malte. Quant à Roxane, elle gouverna longtemps ous le nom de son fils Ibrahim, puis sous ceux des

deux jeunes fils d'Ibrahim, jusqu'à ce qu'elle eût été dépouillée du gouvernement et de la vie par une intrigue du grand visir qui lui fit succéder la sultane, mère des deux princes.

L'analyse de la nouvelle de Segrais ne permet pas de douter que le fond de l'histoire soit le même chez lui et chez Racine. Quant aux transformations qu'elle a reçues dans la tragédie, elles sont si nombreuses et si importantes, qu'en supposant même que Racine eût emprunté à Segrais l'idée de sa pièce, son œuvre serait encore originale. La création du rôle d'Acomat dont l'ambition a fait nattre la passion de Roxane, les intérêts politiques qui se mêlent aux intrigues d'amour et qui les dominent, la loyauté de Bajazet, qui aimait Atalide avant d'être instruit de la passion de la sultane et dont la froideur se prête mal au rôle qu'on veut lui faire jouer, la condition même d' Atalide, qui n'est pas, comme Floridon, une esclave favorite, mais une princesse du sang impérial, et que le grand vîsiv veut épouser pour s'en faire un appui ; enfin et surtout la passion furieuse, saisissante de Roxane^ et la catastrophe terrible qui termine la tragédie, toutes ces diCTérences capitales réfuteraient sans peine l'accusation de plagiat. D'ailleurs comment s'expliquer que ni Segrais, qui assistait avec Corneille à la première représentation de Bajazet, ni le Mercure galanty n'aient signalé ces emprunts; que Visé ait manqué cette occasion d'accabler Racine de ses traits piquants? Nous croyons que les récits du comte de Cézy et du chevalier de Nantouillet ont suffi à Racine, sans qu'il ait eu besoin d'aller chercher dans les nouvelles de Segrais le fond de cette histoire. Il y a plus : un passage de la nouvelle précédente prouve clairement, ce nous semble, que Segrais avait puisé ses renseignements à la même source. La princesse Aurélie qui va raconter

m BAJAZET.

l'histoire de Floridon, et qui n'est autre que la fameuse Mademoiselle^ fille de Gaston d'Orléans, dit qu'elle la tient « d'une personne de qualité qui a été si longtemps > ambassadeur à Constantinople, et qui la racontait avec » tant d'agrément ». Celte personne de qualité est évidemment M. le comte de Cézy, et la phrase de Segrais s accorde très-bien avec celle de la préface de Racine. La nouvelle de Segrais ne sert donc qu'à établir plus fortement le caractère historique de l'œuvre de Racine, et la comparaison fait ressortir encore l'art merveilleux du poète, les ressources qu'il a tirées de ce sujet, et ce que son génie a su lui donner de profondeur et de pathétique.

Après s'être défendu, comme nous l'avons montré, sur la question d'histoire, l'auteur se justifie, par l'éloignement du pays et par l'exemple des Perses d'Eschyle, d'avoir osé mettre sur la scène des faits si récents ^ « Les personnages turcs, dit-il, quelque modernes qu'ils » soient, ont de la dignité sur notre théâtre ; on les » regarde de bonne heure comme anciens. Ce sont des » mœurs et des coutumes toutes différentes. »

Mais cette dernière phrase ne pouvait manquer de faire sourire Visé et les autres adversaires de Racine. Comment ose-t-il parler des mœurs et des coutumes des Turcs, lui qui a transporté Constantinople à Paris, et si bien civilisé ses personnages qu'ils ont toute la politesse et la galanterie de la cour de Louis XIV? A-t-il oublié le jugement ironique du Mercure? « Je ne puis » être pour ceux qui disent que cette pièce n'a rien

1. Comme Ta remarqué M. Saint-Marc Girardin, ce n'était pas la première fois que les Turcs paraissaient sur la scène française. Déjà Mairet avait fait jouer le Grand Solimarif et Scudéri VUlustre Bossa. Ajoutons à ces indications le Grand Tamerlan et Bajaiet de J. Maignon, 1648.

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» d'assez turc ; il y a des Turcs qui sont galants; et puis » elle platt, il n'importe comment; et il ne coûte pas » plus, quand on a à feindre, d'inventer des caractères » d'honnêtes gens et de femmes tendres et galantes, que » ceux de barbares qui ne convienaenl pas au goût des » dames de ce siècle, à qui sur toutes choses il «st im- » portant de plaire. > A-t-il été si peu sensible aux vers de Robinet?

Champmeslé, dessus ma parole.

De Bajazet soutient le rôle En Turc amsi doux qu*un FrançoiSt En musulman des plus courtois.

Apparemment Racine n'avait pas d'abord jugé fort sérieuse cette objection, reproduite depuis par Fontenelle, par Houdar de la Motte, par l'abbé Dubos, et même, sur un point, par Voltaire. Dans sa première préface, il ne crut pas nécessaire de la combattre dans les règles, et il se borna à parler rapidement de l'étude consciencieuse qu'il avait faite de l'histoire des Turcs : a La » principale chose à quoi je me suis attaché, c'a été de » ne rien changer ni aux mœurs ni aux coutumes de la » nation; et j'ai pris soin de ne rien avancer qui ne fût » conforme à l'histoire des Turcs et à la nouvelle Relaie tion de Vempire ottoman^ que l'on a traduite de l'an- » glais. Surtout je dois beaucoup aux avis de M. de la » Haye, qui a eu la bonté de m'éclaircir sur toutes les » difficultés que je lui ai proposées. » Ces lignes, avec le passage que nous avons cité plus haut, formaient toute la première préface. Mais la critique des mœurs françaises de la tragédie ayant fait fortune. Racine, dans l'édition de 1676, prit plus directement et plus au long la défense de sa pièce, et surtout des personnages les

plus attaqués, Roxane, Atalide et Bajazet. Il eiïaça les lignes que nous venons de citer, et il termina la seconde préface, telle que nous Tavons aujourd'hui, par un paragraphe qui, malgré sa modération, fut supprimé à partir de 1697 : « Je me suis attaché à hien exprimer » dans ma tragédie ce que nous savons des mœurs et » des maximes des Turcs. Quelques gens ont dit que » mes héroïnes étaient trop savantes en amour et trop » délicates pour des femmes nées parmi des peuples qui » passent ici pour barbares. Mais, sans parler de tout » ce qu'on lit dans les relations des voyageurs, il me )) semble qu'il suffit de dire que la scène est dans le » sérail. En effet, v a-t-il une cour au monde où la » jalousie et Tamour doivent être si bien connus que » dans un lieu où tant de rivales sont enfermées en- » semble^ et où toutes ces femmes n'ont point d'autre >f étude, dans une éternelle oisiveté, que d'apprendre » à plaire et à se faire aimer? LeiS hommes vraisem- » blablement n'y aiment pas avec la même délicatesse. » Aussi ai-je pris soin de mettre une grande différence » entre la passion de Bajazet et les tendresses de ses 1) amantes. Il garde au milieu de son amour la férocité » de sa nation. Et si l'on trouve étrange qu'il consente » plutôt de mourir que d'abandonner ce qu'il aime et » d'épouser ce qu'il n'aime pas, il ne faut que lire » l'histoire des Turcs ; on verra partout le mépris qu'ils » font de la vie; on veira en plusieurs endroits à quels » excès ils portent les passions, et ce que la simple )) amitié est capable de leur faire faire : témoin un des » fils de Soliman qui se tua lui-même sur le corps de » son frère aîné, qu'il aimait tendrement, et que l'on D avait fait mourir pour lui assurer l'empire. » Dans ce passage important. Racine défend sa tragédie \ sur trois points, principaux : la vérité des mœurs, la

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vraisemblance de la passion de Roxane et d*Atalide, enfin l'exactilude même de ce caractère de Bajazet, tant de fois attaqué et du vivant du poète et après sa mort Nous avons dit, à Toccasion d^Alexandrey dans quelle mesure il nous semble que le poète tragique doit observer la vérité particulière de costume et de mœurs. Racine, sans s'attacher puérilement à donner à son œuvre par quelques curiosités de langage ce que nous appelons la couleur locale, a montré, selon nous, une connaissance suffisante des usages, et, comme il dit, des maximes du pays. Il a marqué heureusement par quelques détails habilement placés la civilisation et le peuple où il nous transporte. Dès la première scène, nous sommes instruits de cette politique cruelle des sultans, qui punit les frères du souverain

De riionneur dangereux d'être sortis d'un sang Qui les a de trop près approchés de son rang.

Ne connaissons-nous pas aussitôt la loi du sérail, qui aiïranchit les sultans des lois de Thymen, et celte autre, oubliée par Amurat en faveur de Roxane, qui ne donne à la favorite le titre de sultane qu'après la naissance d'un fils? Le souvenir du grand Soliman et de l'aitificieuse Roxelane n'est-il pas à propos rappelé dans une scène importante du deuxième acte*? Racine a-t-il oublié la position et les dangers des giands visirs, dont il a présenté dans Acomat l'image si énergique et si frappante? A-t-il oublié ce conseil des ulémas^ y interprètes sacrés de la loi, qu'Acomat a soin de gagner à sa cause, et Tétendard redouté du prophète^, qu'on dé-

i. Act. H, se. 1.

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