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Les ennemis des curés [microforme]

Par Curé, il faut entendre ici tous les prêtres. Ce n’est pas que tous les prêtres soient des Curés; mais, en France, l'ignorance et la grossièreté les ont tous baptisés de ce nom.

On appelle Curé le prêtre à qui l’Evêque a confié da direction d’une paroisse. Sur cent prêtres, il n’y a pas quarante Curés.

Avant d'entrer danse aucun détail, voici une remarque curieuse: tous les coquins, tous les communards et tous les pétroleurs, tous les ivrognes, tous les mauvais sujets, tous les gens de sac et de corde sont ennemis des Qurés. Le fait est certain.

D'autre part, les braves gens, les gens de bien, les personnes charitables, les gens honnêtes, estimables, délicats,

sont presque tous sympathiques aux.

Curés et respectueux à leur endroit.

Ce fait est encore certain.

De cette observation générale et sans aller plus loin, nous pouvons tirer immédiatement une conséquence évidente, peu flatteuse pour les gens qui crient contre les Curés: c'est qu'ils sont en bien mauvaise compagnie, et

que cela ne prouve pas en leur faveur.

Cela ne prouve pas absolument qu'ils

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soient ce que sont les autres ; mais, je le répète, ce n’est pas bon signe. “ Dismoi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es,” dit le vieux proverbe, Quand.on est pas loup, on ne hurle pas avec les loups.

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Que les ennemis des Curés sont en

général Ces lâches

Ïls insultent les prêtres, parce qu'ils savent bien qu’ils n’ont rien à craindre d'eux. Le prêtre, au milieu des impies, est comme le pauvre agneau au milieu des loups; il n’a pour armes

, que la douceur, la patience, la prière et le pardon des injures.

L'homme qui insulte une femme est

uu lâche. Il en est de même 4c celui qui insulte un.prêtre. Il fait comme les oies, lesquelles ne sont braves que contre ceux qui ne lèvent point le bâton sur elles.

Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les insulteurs de prêtres fileraient, fileraient vite et doux, s'ils pensaient avoir à craindre la moindre représaille. J'ai connu en Normandie un excellent. prétre qui m'a raconté à ce sujet une bonne histoire. Il faut dire qu'il avait près de six pieds de haut, et qu’il était taillé en hercule du Nord.

Il venait de prêcher une mission dans la ville de Laigle. Le jour du départ, plus de place dans l’intérieur ‘de la diligence ; obligé de monter sur la banquette, il y trouve deux espèces de petits commis, qu’il salue fort poliment. Les deux polissons se mettent

-et la voiture part.

à rire, à se moquer de lui à demi-voix,

Le bon missionnaire ouvre son bré-

viaire et commence à prier. Ses deux

voisins commencent à chanter ou plutôt à crier la Marseillaise. “ Messieurs, leur dit le prêtre, ayez la bonté de ne pas crier ainsi à mes oreilles. Je suis poli pour vous; soyez-le pour moi.”

Ils se mettent à rire aux éclats, à brailler encore plus fort, et, allumant leurs pipes, ils envoient deux ou trois bouffées de tabac dans la figure du prêtre, qui avait repris sa prière. é

Sans rien dire, le missonnaire ferme son bréviaire, et au même instant l’un de ces drôles se sent empoigné comme dans un étau, par le cou et par les jambes ; 1l est soulevé de la banquette, et passe comme un colis à la gauche du prêtre, qui prend sa pluce, le plante

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à la sienne, et les deux fumeurs se trouvent séparés. L'opération s'était faite en un clin d'œil.

Aïnsi placé entre les deux commis stupéfaits, 1l leur montre ses deux poings : et quels poings ? Il leur arrache leurs pipes insolentes, ‘ Et maintenant, leur dit-il, si vous bougez, vous aurez affaire à moi. Le premier qui dira un mot, je le flanque en bas. Vous êtes deux lâches. Vous croyiez que je me laisserais manger la laine sur le dos, Mes petits amis, Vous avez trouvé votre maitre.”

Les deux braves, pâles comme des navets, demeurèreat immobiles pendant tout le temps du voyage. Et le bon missionnaire, riant dans sa barbe, continua tranquillement son bréviaire.

En descendant de voiture, il tendit la main à ses compagnons de ban-

quette, et leur recommanda la pru-

dence, pour l'avenir.

Tous les Curés, je le sais, n'ont pas.

des poings aussi respectables ; mais tous ils ont ce qui est plus respectable que les poings les plus vigoureux, leur caractère de ministres de Dieu, et les convenances de leur état, qui ne leur permettent pas de recourir à la correction fraternelle du redoutable missionnaire normand.

Voilà pourquoi ceux qui les insultent sont des lâches.

‘Que les ennemis des Curés sont une collection de sots et d’ignorants

Ce sont, en outre, pour la plupart, des gens qui ne savent pas ce qu'ils disent, et qui parlent à tort et à travers de la Religion et des prêtres.

Un jour, dans l’intérieur d’une voiture publique, où il ne restait plus qu’une place à prendre, entra, non lain de Paris, un petit eommis-voyageur, de la méêine race que les deux préctdents, En face de lui se trouvaient deux prètres, dont l’un plus âgé, au visage grave et paisible. Au bout de quelques minutes, mon étourdi commence à prendre la parole, et, croyant

sans doute l’occasion favorable, entame avec les autres voyageurs la conversation la plus sangrenue et la plus iuconvenante contre la Religion. Les deux prêtres gardaient le silence, à son grand dépit.

Il se décide enfiu à s’adresser au plus âgé des deux: ‘ Monsieur le Curé, lui.

dit-il avec cet air spécialement bête et

mauvais qu'ont les gens qui se moquent

de la Religion ; monsieur le Cuüré, savez-vous la différence qu'il y a entre un âne et un évêque ? ” Lt comme le prêtre ne répondait pas: ‘* Eh bien, moi, continua-t-1l, je vais vous le dire :

c’est que l'âne porte la croix sur le dos

et l’évêque sur la poitrine.” Ï

‘ Et moi, répondit alors le prêtre, J'ai à vous demander quelque chose à mon tour. Vous avez tant d'esprit, que vous ne serez point embarrassé.

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Quelle différence y a-t-il.entre un commis-voyageur et un âne ?—Ma foi, je n’en sais rien, ” répliqua le jeune homme un peu interloqué. “ Eh bien, moi non plus, ” répondit tranquillement le prêtre, aux applaudissements de tous les compagnons de voyage.

Et puis, reprenant quelques-unes des sottises que le commis avait débitées précédemment, il lui fit trois ou quatre

bonnes répliques, si bien cinglées, que

le pauvre sot demeura coi, la bouche ouverte. ‘“ Vous n’y entendez rien, mon pauvre garçon, poursuivit le vénérable prêtre. Avant de vous inêler

* de parler Religion, retournez donc au

catéchisme. Un homme qui a le sens commun ne parle que de ce qu’il sait.” Ce prêtre n'était rien moins que le docte Mgr Affre, qui, peu d’années après, devenait Archevêque de Paris,

et devait mourir si glorieusement. sur les barricades du faubourg Saint-Antoine, aux journées de juin 1848.

Ceux qui déblatèrent contre la Religion et ses ministres, sont tous, plus ou moins, des ignorants,. qui ne comprennent pas le premier mot des questions qu'ils traitent avec tant d’aplomb ce sont de pauvres sots, qui font la roue comme des dindons, et ne parviennent, comme les dindons, qu’à montrer de vilaines plumes noires, une crête rougeét. tout l’ensemble d’une bête parfaitement ridicule.

Que si, parmi les ennemis de la Religion et des prêtres, quelques-uns sont instruits et même savants, cela ne fait absolument rien à la chose : ils peuvent être savant en mathématiques, en physique, en astronomie ; ils peuvent surtout le paraître et payer d’au-

dace au milieu des ouvriers et des.

simples paysans : en matière de Religion, ils n’en sont pas moins des ignorants de première force, d'autant plus ignorants qu'ils RAF Fe tene savoir. Or, c'est élan à là ce qu’en bou français l’on appelle un sot.

Le nombre en est incalculable dans notre pauvre France, et 1l augmente à mesure qu’on lit davantage les journaux démagogiques et1 nee que chacun sait.

Que les ennemis des Curés sont la plupart des jobards et des imbéciles

C’est pénible F4 constater, mais c’est comme cela On fait avaler à ces

et des. M} pauvres gens tout ce qu’on veut. Les de Reli- journalistes les plus effrontés, les plus es 1gno- menteurs, les attrapent aussi facilement nt plus qu'on attrape des grenouilles.

or. Or, er 2 à HP Avez-vous jämais vu pêcher des gre- #7 nouilles ? Au bout d’un bâtons on met danut : une ficelle ; au bout de la ficelle, un Los | petit morceau de viande. On tend le ‘ bâton de manière: à ce que la viande LOUE frise l’eau ; aussitôt on voit s’avancer à cha- % le peuple des grenouilles, l'œil intelli- D gentet vif. La première arrivée happe le morceau stducteur. Le pêcheur tire la ficelle et happe la grenouille. Il relance la même ficelle, avec la même viande, à la même place : avec la plu- même perspicacité, une seconde grees nouille happe et est happée ; puis, une troisième ; puis, une quatrième ; puis, c'est toutes les autres, tant qu'il y en a.

Telle est l'image de ce pauvre peuple

de jobards, à qui les meneurs des 80ciétés secrètes et de journalisme font avaler leurs mensonges avec une si déploruble facilité. Ils leur disent pis que pendre des prêtres, qui ne font que du bien, qui ne font de mal à personne, qui sont ce qu’il y a de meilleur et de plus respectable au monde; et ces véritables grenouilles croient, gobent tout cela, avalent tout cela, et sans savoir ce qu'ils disent, répètent tout cela, dans les cabarets, dans les auberges, dans les ateliers, dans les clubs et jus- ‘ que dans les casernès !

Tout dernièrement, dans un petit bourg de Seine-et-Oise, un brave et excellent Père capucin prêchait une mission. Tout le monde venait l'entendre.

Il était si bon, il parlait si bien, il disait de si bonnes et de si belles choses !

Les réunions du soir étaient exclusive-

ment réservées aux hommes, et l’église était toujours pleine comme un œuf.

Il y avait cependant une douzaine de “ libres-penseurs ” (c’est ainsi que s'appellent les gens dont nous venons de parler) qui se moquaient entre eux des instructions et trouvaient naturellement qu'ils avaient plus d'esprit que le Père.

On avertit celui-ci, en signalant les individus.

Le lendemain soir, le bon Père manœuvra si bien, qu'il se trouva juste en face du fameux groupe, sur la place, au sortir de la réunion. “Eh bien, mes bons amis, dit-il en haussant exprès la voix, il paraît que vous ne me trouvez pas fort ? Je ne vous connais pas ; mais du moment que vous. vous moquez de la Religion et de moi, je parie tout ce que vous voudrez qu’à

moi tout seul, J'ai plus d'esprit que vous tous ensemble. Nous en ferons juger ces Messieurs, qui nous entourent.

Acceptez-vous ? ”

Nos esprits forts hésitaient ; mais la curiosité l'emporta, et l’un deux répondit au nom des autres qu'ils voudraient bien voir. “ Eh bien, répliqua joyeusement le missionnaire, attendezmoi tous ici, dans le cimetière, à côté de l’église, et je vous fera: voir sur le mur le soleil comme en plein midi.” Or il était neuf heures et demie du soir, et, depuis plus de quatre heures, le soleil était couché, il faisait noir comme dans un four.

‘ Messieurs, ajouta résolument le Père capucin en s'adressant à la nombreuse assistance, je vous demande de rester Jà comme témoins. (C’est vous

‘qui jugerez si décidément ces messieurs

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ont plus d'esprit que moi. Je rentre à l’église et serai à vous dans une demi-heure.”

Des centaines de témoins attendaient sur la place; pas un des douze n’avait bougé, lorsqu’à l’heure dite, le capucin reparut, suivi du Curé, qui riait. La foule se rendit aussitôt au cimetière, après eux.

Alors le capucin appela les fameux douze ; et quand ïil fut bien assuré qu’ils étaient là : “ Messieurs, dit-il à l'assistance, je vous prends à témoins, et je vous adjure de me dire s’il est possible d'être plus bête que ces douze farceurs-là qui s’imaginent bel et bien qu'un pauvre capucin peut leur montrer le soleil à dix heures du soir, en pleine nuit.”

Un rire homérique sortit de toutes les poitrines, et les douze cornichons

riant jaune, profitèrent de l'obscurité pour disparaître.

Et voilà de quelle force ils sont, ces esprits forts, ces beaux parleurs, qui se moquent de tout, qui se mettent audessus de tout, et qui parlent si fièrément des Curés en général, et de leur Curé en particulier.

Ce sont des cornichons.

Que les ennemis des Curés sont un tas de brouillons et de mauvaises têtes

Il est bien rare qu'un homme sage ét raisonnable, un homme d'ordre, aux mœurs honnêtes et tranquilles, soit ennemi des prêtres. : Il peut être indifférent ; mais ennemis, non.

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Au contraire, toutes les mauvaises têtes, tous les démocrates. les révolutionnaires, les communards sont ennemis de la Religion et des Curés. Plus ils. sont révolutionnaires, et plus ils les détestent.

Pourquoi ? demandez-le leur. Ils n’en savent rien. C’est l'instinct du désordre, ‘instinct de la révolte, en face de l'autorité. Le prêtre est, en effet, le dépositaire et l’organe de la

plus haute autorité qui soit sur la terre, l'autorité de DIE, l'autorité religieuse, laquelle est le soutien de toutes les autres. C’est pour cela que tous les révolutionnaires détestent les prêtres.

Les prêtres, cependant, ne leur ont fait aucun mal; et eux, ils veulent les tuer. Quel mal avait fait, par exemple, aux communards de 1871, le bon, l’excellent P. Olivant ? Quel mal' leur

avait fait le charitable curé de la Madeleine, M. Deguerry, qui donnait aux malheureux tout ce qu'il avait ? Que leur avaient fait les autres Pères Jésuites, qu'ils égorgèrent lâchement avec le P. Olivaint ? et les pauvres Pères Dominicains d’Arcueil ? et tous les autres ?

C'était la haine révolutionnaire, haine aveugle et impie que l'esprit de révolte engendre au fond du cœur contre tout ce qui s'appelle prêtre.

En 1848, après les journées de juin, j'ai vu cela de près. J'étais alors aumônier des prisons militaires de Paris ; et j'eus affaire à ume élite de révolutionnaires enivrés d'impiété et de haine ; c’étaient les assassins du pauvre général de Bréa.

Cinq d’entre eux étaient condamnés à mort: cette perspective les avait un

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peu calmés, et ils entendirent plus facilement raison. N'a1moins, après ma première visite, ils voulurent charitablement m'étrangler.

Une vingtaine d’autres, cas :matés à part, n'étaient condamnés qu’aux travaux forcés à perpétuité ou à temps.

Ceux-ci étaient comme des bêt:s féroces ; la vue d’une $outane les faisait rougir. L’aumônier en second s'était chargé d’eux.

La premiè e fois que excellent prêtre parut dans leurs casemates, il crut qu’il n’en sortirait pas vivant, JIlne leur ap; ortait ccpendant que des consolations et du dévou ment, sans compter certains petits soulagemerts matcriels, qui n’étaicnt point à dédaigner dans leur triste position.

Pour les apprivoiser un peu, voulut leur adresser quelques bonnes pa-

roles, et, selon l'usage, il commença en faisant le signe de la croix et en disant : ‘ Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.”—Nous ne connaissons pas ça! nous ne voulons pas de ça. s'écrièrent plusieurs d’entre eux.

—C'est précisément à cause de cela que vou: êtes ici, répliqua tranquillement l’aumônier; et 1] continua comme si de rien n'était. Mais ce ne fut qu’à la longue qu'il gagna quelque chose L sur ces esprits si prévenus.

Pour moi, ma tâche était rendue plus facile, comme je l'ai dit, par la terrible perspective de léchafaud. Ils | m'avouèrent à plusieurs reprises qu'on les «ait crandement trompés. “ Ah! d sinous les tenions, ceux qui nous ont h:

endoctrints!1épétaient-ils, comme nous les arrangerions ! Ce sont eux qui nous ont perdus Et ils soat en liberté !”

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