SCÈNE PREMIÈRE
M. et Mad. JOBIN. Ils sortent de leur maison.
Mad. jobin, d'un air fâché.
Je voudrais bien savoir qui est-ce qui pourra m'empêcher de parler.
jobin, d'un ton élevé.
Un mari a droit d'imposer silence à sa femme l
Mad. jobin , plus doucement.
Une femme a le droit de ne pas écouter son mari.
jobin , imitant sa femme.
Madame Jobin , ça n'est pas dans le Code civil !
Mad. jobin.
M. Jobin , c'est dans le code naturel.
JOBIN
Mais , Madame Jobin , vous ne voulez donc pas que uou* lassions une grande fortune ?
Mad. jobin.
M. Jobin, contentons-nous d'une fortune honnête.
Il n'est pas défendu de chercher à s'élever.
Mad. jobin.
Quand on s'élève trop, on fait la culbute.
jobin.
Je ne puis retomber que sur mes jambes.
Mad. jobin.
Je vous dis que vous vous casserez le nex.
JOBIN
Mais , Madame Jobin , regardez - donc autour de vous ; vous verrez que tout le monde fait des entreprises. Mad. jobin.
Je vois qu'il y en a beaucoup qui se ruinent.
jobin.
Est-elle entêtée!... Eh bien! je suis le maître, et j'en ferai à ma tête; songez donc, femme obstinée, que les nouveaux projets regardent la plaine d'ivry , et que nos vingt arpens de terre , qui ne produisaient que du foin, nous donnent à peine de quoi vivre ; songez qu'ils peuvent être utilisés de la manière la plus brillante et la plus lucrative. Mad. jolin.
Qui est-ce qui vous a dit cela?
jobin.
Demandez à notre voisin, M. Jaquinard, c'est un homme d'esprit, lui!
Mad. jobin.
Je ne dis pas le contraire Mais c'est un rieur , un
goguenard, un malin singe, et il a voulu vous faire quelque niche.
JOBIN
Non, Jaquinard est notre ami.
Je ne le crois pas, surtout depuis que vous avez refusé de donner notre fille Rosalie à son neveu.
JOBIN
Son neveu, un apprenti peintre!... Non, non, ma fille n'épousera qu'un entrepreneur : je m'associerai avec mon gendre, et je veux faire fortune en trois ans. Mad. jobin.
Autrefois on la faisait en trente, mais elle était plus solide.