‹ Les entrepreneurs; comédie-vaudeville en un acteChapitre 4 sur 18 · JAQ11NAB.B · texte numérisé non relu

JAQ11NAB.B

Incontestablement !

JOBIN

Cela double la valeur des propriétés ?

JAQÏUNABD.

Ça la triple, ça la quadruple!

Mais, monsieur Jaquinard...

JAQUINARD.

Ça la sextuple !

Mad. jobin.

Ecoutez donc...

jaquinard, criant.

Du tout, et si vous me contrariez, ça la octuple

JOBIN

Madame Jobin ne veut pas entendre cela.

jaquinard , riant.

Je le lui crie pourtant assez fort.

JOBIN

Aussi, je suis décidé ; je vais faire mettre un grand écrîteau : Terrain à vendre , propre pour une belle entreprise.

JAQU1NAIID.

Vous ferez bien!... Si vous saviez à quel prix moulent les terrains aujourd'hui.

Air : De Marianne.

Quand on cédait un coin de terre, Pour élever un bâtiment, Chez nous on le vendait naguère, Tout au plus neuf cents francs l'arpent ; Puis à la toise, Sans chercher noise , On le vendit cinq cents francs lestement ; Montant bien vite , Chance subite , On \end le pied trois cents francs maintenant. Ainsi , de secousse en secousse , Si l'on va toujours de ce train, On vendra bientôt le terrain

A deux cents francs le pouce, (ter.) Apprenez que j'ai répandu le bruit dans toute la coin mune que vous vouliez vous défaire de voire propriété. J'ai fait sentir aux amateurs quelle chance magnifique leur offrait un terrain situé comme le vôtre; la manie des entreprises a gagné tout le monde, et on se dispute déjà à qui sera votre acquéreur et à qui fera la plus belle spéculation.

Mad. .tobin.

Ils sont fous !

JOBIN

C'est "vous, ma femme, qui êtes folle.

Mad. jobin , avec malice.

Mais vous, monsieur Jaquinard, notre voisin, qui avez une quinzaine d'arpens de terre auprès de nous, pourquoi ne les vendez-vous pas aussi ?

jobin , à part.

Elle va lui en donner l'idée...

JAQUINARD.

Oh! moi, c'est différent, je n'ai pas d'ambition : uue petite fortune me suffit ; ma modeste maisonnette, mon petit potager, mon pré, mes bosquets me contentent, .'e suis une espèce d'imbécile,... de philosophe.

Air : De {'Artiste.

Jamais par la fortune Mon cœur ne fut tenté , Je D'en souhaite qu'une, Morbleu! c'est la gaîté.

Pourvu qu'elle m'inspire, Je ne désire rien :

Le bien ne fait pas rire , Le rire fait du bien 1 (iris.)

Mad. jobin , à son mari.

Ne croyez pas cela.

JAQU1NARD.

31onsieur Jobin n'est pas un petit esprit comme moi.

Mad. jobin.

Au contraire...

JAQCINAB.D.

Et puis, moi, je suis retiré des vanités de ce monde.

Mad. jobin.

Monsieur Jobin l'est plus que vous.

JACQtJINARD.

Peut-être; mais il est leste, frais, gaillard : n'est-ce pas M. Jobin ?

Mad. jobin.

Je vous dis que non.

jobin , à Jaquinard.

Laissez dire ma femme, voisin. Et vous croyez done qu'il y aura une grande concurrence pour mon acquisition ?

JAQUINARD.

Vous allez voir accourir les entrepreneurs.

JOBIN

Eh bien ! mon ami, je choisirai dans les projets de tou» ces gens-là , et je m'associerai avec celui qui m'offrira la plus belle entreprise.

JAQtINARD.

J'ai déjà dit, pour les engager, que votre fille, votre charmante Rosalie , serait le lien , le nœud de l'association : jugez ce que cela a produit. Vous sentez qu'un gen-

dre et un beau-père sont intéressés naturellement à s'enrichir.

JOBIN

M. Jaquinard, vous êtes un homme unique, vous pensez à tout.

Mad. jobin, à part.

Il se moque de lui; ce n'est pas possible autrement.

jaquinard, à Jobin.

Oui , oui , mon ami , je veux vous faire voir aujourd'hui de quoi je suis capable.

jobin, enthousiasma.

Vous êtes capable de tout.

JAQUINARD.

Ce n'est rien; allez , cependant, faire mettre votre écriteau , qui ne peut pas nuire, et comptez sur moi.

JOBIN

J'y Vais. ... (en sortant ) oh ! la belle chose que les entreprises !

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