STATION. — POISSY
5 kil. de Conflans, 27 kil. de Paris, 8 kil. de Triel (6 kil. par la route de terre), 6 kil. de Saint-Germain, 7 kil. d'Andrésy, 6 kil. de Chanteloup, 2 kil. de Carrières - sous - Poissy , 4 kil. de Villennes, 19 kil. de Versailles, 3 kil. de Chambourcy, 5 kil. d'Orgeval, 4 kil.
d'Achères.
Poissy*, ch.-l,. de c, V. de 5,047 hab., située sur la rive g. de la Seine, et en très-grande partie à g.
du chemin de fer, est reliée à la rive dr. du fleuve par un pont de pierre du moyen âge, élargi de nos jours.
Ce pont avait jadis 37 arches d'une égale grandeur; il n'en compte aujourd'hui que 24, dont 18 en pierre, très-inégales, 5 en bois et 1 en fonte, qui s'appuie d'un côté sur la rive dr. de la Seine; cette dernière est de beaucoup plus large que les autres, afin de donner passage aux bateaux. Il a été construit par Louis IX ; un des moulins (reconstruits), que l'on voit adossés à peu près au milieu du pont, s'appelle encore le moulin de la freine Blanche.
Pendant les guerres de la Ligue, le .duc de Mayenne, qui était maître de la ville, fit sauter trois arches pour empêcher l'armée royale de
franchir la Seine. Les arches en pierres sont protégées de chaque côté par d'énormes contre-forts.
Poissy, Pinciacum, Pisiacum, PoiS" siacum, devait avoir une certaine importance au ix« s., puisque Charles le Chauve y tint, en 868, une assemblée des prélats et des grands de son royaume. Quelques savants ont émis Topinion que le bon ro Robert et la méchante reine Constance avaient chacun un palais à Pinciacum.
Le fait est douteux. Ce qui paredt positif, c'est que, en 1367, Charles V fit démolir les restes d'une résidence royale qu'avaient occupée la plupart de ses prédécesseurs et où naquit saint Louis. Ce roi avait une aflection toute particulière pour sa ville natale, et se plaisait à signer Louis de Poissy.
Il reste quelques débris des anciennes murailles de Poissy, qui ne l'empêchèrent pas cependant d'être prise toutes les fois qu'elle fut assiégée. Passons rapidement sur ces souvenirs locaux, pour rappeler le principal fait historique auquel son nom reste attaché. En 1560, à l'époque où Catherine de Médicis, conseillée par L'Hôpital, se faisait reprocher son apostasie par Montmorency et par le peuple, et entrait de plain-pied dans le calvinisme, a dit un historien contemporain, croyant faire acte de haute politique et rendre plus solide la couronne de ses enfants, elle s'imagina qu'elle parviendrait à concilier les deux opinions, et elle convoqua à Poissy les protestants et les catholiques, pour y discuter librement et solennellement leurs croyances.
Cette conférence, connue dans l'histoire sous le nom de colloque de Poissy, s'ouvrit le 9 septembre 1561, dans le réfectoire de l'abbaye. Le légat du pape, 16 cardinaux, 40 évêques et un g^and nombre de théologiens y représentaient le catholicisme. Le protestantisme y comptait trente ou quarante défenseurs.
Calvin avait envoyé à sa place Théodore de Bèze. Toute la cour assistait à ce tournoi théologique. La discussion fut d'abord courtoise ; Théodore de Bèze exposa nettement sa profession de foi : mais, lorsqu'il vint à dire « que le Christ, dans l'Eucharistie, est autant éloigné du pain et de l'eau comme la terre l'est du ciel, » tous les évêques se levèrent en criant au blasphème; ils accusèrent le gouvernement « de vouloir innover la religion et non apaiser les troubles ». Le général des jésuites. Laines, qui accom-
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pagnait le légat, protesta contre le scandale que donnait la reine en établissant des conférences religieuses quand le souverain pontife avait indiqué un concile général. Le colloque dégénéra en disputes violentes, et, le 25 novembre, on fut obligé de le clore.
L'aspect de la ville actuelle n'a rien d'agréable. Les rues étroites et tortueuses sont bordées de maisons vulgaires ; sans son église et les jolies promenades qui l'entourent, Poissy ne mériterait pas une visite.
L'église (mon. hist.), dédiée à saint Louis et autrefois desservie par un chapitre, serait un des édifices les plus précieux de la France entière, si l'on adoptait l'opinion de Félix de Verneilh ( La Premièi^e des églises gothiques) et de M. A.
Saint-Paul (Origine du style ogival) , qui voient dans ce monument les germes immédiats du style ogival, les commencements les mieux caractérisés de la transition de la voûte romane à la voûte sur nervures.
Malheureusement, la date précise de la collégiale de Poissy est inconnue; les caractères des profils et de la sculpture permettent seulement de la fixer d'une manière approximative entre les années 1120 et 1135.
Les trois nefs, remaniées au xv« ou au xvi^ s., sont précédées d'une tour occidentale carrée, construite en avant de la nef centrale suivant les données admises au xi° s. et au commencement du xii® s. dans l'Ilede-France. A sa partie supérieure, cette tour se rétrécit considérablement pour porter un étage octogonal que couronne une flèche en pierre. AU S. de la nef ont été appliqués, au XVI® s., un rang de chapelles gothiques et un beau porche, dont les sculptures ont été indignement mutilées. Les chapelles du N.
sont du xv'' s., ainsi qu'ime partie des grandes voûtes et tous les arcsboutants extérieurs.
Le chœur est la partie la plus intéressante. Il comprend : une tra-
vée semblable à celles de la nef, mais conservée ou rétablie dans son état primitif, et dont les bas-côtés sont doublés chacun d'un compartiment quadrangulaire donnant accès à une absidiole ; sur cette travée, un beau clocher octogonal ; une abside centrale dont les parties supérieures sont tout à fait modernes ; un déambulatoire ; une chapelle terminale, refaite aussi de nos jours.
Les bas-côtés et le déambulatoire ont des voûtes d'arêtes romaines, mais construites en moellons piqués, genre de structure qui tendait à remplacer, au commencement du XII® s., l'ancien système de remplissage à bain de mortier, et qui, par les difficultés de son application, ne contribua pas peu à hâter l'adoption de la nervure. Déjà, à Poissy, dans le déambulatoire, le constructeur a dû imaginer les combinaisons les plus recherchées pour faire tenir les voûtes par leurs simples arêtes ; dans les absidioles latérales, il a renoncé résolument aux expédients précaires, et il a usé de la nervure ; seulement, ne connaissant pas encore la force de résistance de l'élément nouveau, il l'a soulagé le plus possible en donnant à la voûte des petits hémicycles le galbe d'une coupole. Le compartiment quadrangulaire qui précède chaque absidiole et forme avec elles une sorte de faux transsept, est aussi voûté à nervures ; enfin la grande voûte présente elle-même des arcs croisés, d'un profil vigoureux, mais encore gauchement portés par leurs chapiteaux.
« Tout cela, dit M. de Verneilh, n'a ni le mérite de la beauté, ni celui de la simplicité et de l'économie. De pareils tâtonnements accusent une période de transition antérieure à l'édification de Saint-Denis (l'église bâtie par Suger); ils préparent et expliquent les progrès réalisés par ce dernier édifice ; ils off'rent vraiment tous les degrés intermédiaires entre la voûte romane munie seulement d'arcs-doubleaux et de forme-
rets, telle qu'on la voit à Vézelay, et la yoùte gothique, telle qu'elle ae montre à Saiut-Deais. •■ Il est à remarquer que l'ogive ne se montre, à l'intérieur de tonte l'église, dans aucune des parties primitiTeB, et que
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la cathédrale de Sens, au xii° s., présentait la plus grande analogie de plan avec Saint-LouÎB de Poissj. La grande nef présente un trifo- Hum composé, 'à chaque travée, d'une arcade géminée S l'intérieur.
et, sur l'eitérteur, d'un petit ocuIub percé entre deui meurtrières à plein cintre. Ce triforium ne se prolonge pas à l'abside, dont la partie supérieure, refaite de nos jours dans le glïle de Noire-Dame de Paris, est éclairée par trot» jolies roses & me-
eaux. Les chapiteaux des grosses olonnes de l'abside présentent de elles sculptures.
Le clocher ci'ntral, d'une conseration admirable, est à huit pana négaux ; les quatre pans principaux ont percés de fenêtres géminées;
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une fenêtre simple s'ouvre sur chacun des pans obliques; le tout est couronné d'une flèche en ardoi-
ses.
L'église de Poissy renferme : un bel autel en bois sculpté dans la chapelle de la Vierge, située derrière le maître-autel et presque entièrement pavée de curieuses pierres tombales ornées de figures et de dessins; dans le bas-côté de droite, près du chœur, une belle chapelle neuve, avec dalle tumulaire de 1639 et charmant autel en pierre, orné de sculptures et surmonté d'un joli tabernacle également en pierre ; un groupe en pierre (8 figures de grandeur naturelle) représentant VEnsevelissement du Christ^ dans la chapelle des fonts, située à l'extrémité du collatéral g. (pierre tombale à l'entrée); de magnifiques boiseries dans la 4® chapelle de ce même collatéral; enfin, dans la 6*' chapelle, dont l'entrée off're deux vieilles statues et une pierre tombale de Hénaut, mort en 1630, de vieilles boiseries et surtout les derniers débris des fonts baptismaux sur lesquels saint Louis a été baptisé. La superstition populaire a attaché pendant longtemps à la poussière provenant de la raclure de ces fonts la vertu de guérir la fièvre quand on l'avalait dans un verre d'eau.
Aussi ont-ils été tellement raclés qu'il ne reste plus qu'un fragment de la cuve.
Près de l'église paroissiale de Poissy, ancienne collégiale, s'élevait encore, en 1802, une église bien plus grande et bien plus belle, que la plupart des auteurs ont confondue avec elle. Cette église, dont il ne reste presque aucun vestige, était celle de l'abbaye des Dominicaines, commencée par Philippe le Bel et achevée par Philippe de Valois, sur une partie de l'emplacement de l'ancien château royal. On assurait même, ce qui n'est nullement prouvé, que ie maître-autel avait été élevé à l'endroit où se trouvait le lit de la
reine Blanche lorsqu'elle donna le jour à saint Louis. Cette église renfermait , entre autres tombeaux , ceux de Philippe le Bel, de la reine Constance, d'Agnès de Méranie. Le trésor, fort riche, possédait la mâchoire supérieure de saint Louis.
En 1687, en faisant réparer le chœur des religieuses, on découvrit, dans un petit caveau, une urne d'étain, posée sur des barres de fer, et dans laquelle deux petits plats d'argent étaient enveloppés d'une étoffe d'or et rouge, avec cette inscription sur une lame de plomb :
CY DEDBN EST LB CVBR DV ROI PHYLIPPK
QVI FVNDA CBSTK EGLISE
QVI TREPASSA A FONTAINBBLEAV