FERRIÈRES
5 kil. 1/2 de la station d'Ozouer, 8 kil. de Lagny.
Une belle route, s'ouvrant à g. du chemin de fer, à. la sortie de la station, traverse, sur une longueur de 4 kil. environ, la forêt d'Armainvilliers. Les bois s'éloignent ensuite à dr. et à g., et l'on atteint Pont- Carré, 502 hab. — Une belle route, longeant en partie un bois, mène de Pont-Carré à (2 kil. 1/2) Ferrières, V. de 802 hab., dans un vallon entouré de bois de trois côtés.
Ferrières possède une église du XIII® s. (mon. hist.) qui, pour ses belles proportions, a été souvent proposée comme modèle aux architectes. Elle se compose de trois nefs terminées par trois absides; des œils-de-bœuf, percés au-dessus d'un triforium simulé, éclairent la nef centrale. Sur le mur du bas-côté N. est encastré un ancien bas-relief, et au fond de ce même collatéral se trouvent des fonts baptismaux du xiii® s.
et une cloche de 1600. Une belle pierre tombale du xiv® s. se voit au milieu de cette charmante église, qui a été restaurée en 1868.
Ferrières, qui était en 1366 un âef dépendant de la maison de Montmorency, passa dans les mains de divers seigneurs, parmi lesquels nous citerons le secrétaire des commandements de Gaston, duc d'Orléans, Léonard de Goulas, dont le tombeau se voit dans Téglise. Vers la un du xvii« s., la terre de Ferrières fut achetée par le procureur général de la Briffe et érigée en marquisat. Confisquée pendant la Révolution, elle fut acquise de TÉtat par Fouché, qui y vint souvent résider. A sa mort, la propriété fut mise en vente et achetée 2,600,000 fr. par le baron de Rothschild. Depuis cette époque, des em-
DE PARIS A COULOMMIERS
bellissements et des acquisitions saccessives en ont fait un des plus beaux domaines de France. Enfin , dans ces dernières années, Topulent propriétaire a complété ces améliorations en faisant abattre l'ancien château pour le remplacer par un édifice dont la splendeur rivalise avec celle des plus riches habitations princières.
Ce fut dans ce palais que vinrent sMnstaller d*abord, durant le siège de 1870, le roi Guillaume et son chancelier ; ce fut là que se continuèrent, entre M. Jules Favre et le prince de Bismarck, le 19 et le 20 septembre, les conférences commencées au château de la Haute-Maison, près Montry (V. ci-dessus, Section XIX). Ces entretiens, qui malheiu*eusement furent inutiles, sont ainsi racontés dans un rapport adressé le 21 septembre, par M. Favre lui-même, à ses collègues du Gouvernement :
« Voulant remplir ma mission jusqu'au bout, je devais revenir sur plusieurs des questions que nous avions traitées, et conclure. Aussi, en abordant le comte vers neuf heures et demi du soir, je lui fis observer que les renseignements que j'étais venu chercher auprès de lui étant destinés à être communiqués à mon gouvernement et au public, je résumerais, en terminant, notre conversation, pour n'en publier que ce qui serait bien arrêté entre nous, i Ne prenez pas cette peine, « me répondit-il; je vous la livre tout a entière, je ne vois aucun inconvénient « à sa divulgation. » Nous reprîmes alors la discussion, qui se prolongea jusqu'à minuit. J'insistai particulièrement sur la nécessité de convoquer une Assemblée.
Le comte parut se laisser peu à peu convaincre et revint à l'armistice. Je demandai quinze jours. Nous discutâmes les conditions. Il ne s'en expliqua que d'une manière très-incomplète, se réservant de consulter le roi. En conséquence, il m'ajourna au lendemain onze heures.
« Je n'ai plus qu'un mot à dire ; car, en reproduisant ce douloureux récit, mon cœur est agité de toutes les émotions qui l'ont torturé pendant ces trois mortelles journées, et j'ai hâte de finir. J'étais au château de Ferrières à onze heures.
Le comte sortit de chez le roi à midi moins le quart, et j'entendis de lui les conditions qu'il mettait à l'armistice ; elles étaient consignées dans un texte écrit en langue allemande et dont il m'a donné communication verbale.
«( Il demandait pour gage l'occapation
de Strasbourg, de Toul et de Phalsbourg, et comme sur sa demande j'avais dit la veille que l'Assemblée devait être réunie à Paris, il voulait, dans ce cas, avoir un fort dominant la ville... celui du Mont- Valérien, par exemple...
« Je l'ai interrompu pour lui dire : « II u est bien plus simple de nous demander u Paris. Comment voulez -vous admettre « qu'une assemblée française délibère M sous votre canon ? J'ai eu Thonnenr de « vous dire que je transmettrais fidèleu ment notre entretien au gouvernement; « je ne sais vraiment si j'oserais lui dire «< que vous m'avez fait une telle propo- I sition. »
« Cherchons une autre combinaison , »
m'a-t-il répondu. Je lui ai parlé de la réunion de l'Assemblée à Tours, en ne prenant aucun gage du côté de Paris.
« Il m'a proposé d'en parler au roi, et, revenant sur l'occupation de Strasbourg, il a ajouté : « La ville va tomber entre « nos mains, ce n'est plus qu'une affaire « de calcul d'ingénieurs. Aussi je vous « demande que la garnison se rende pri- « sonnière de guerre. >«
« A ces mots j'ai bondi de douleur, et, me levant, je me suis écrié : « Vous ou- « bliez que vous parlez à un Français, « monsieur le comte : sacrifier une gar- « nison héroïque qui fait notre admira- I tion et celle du monde serait une lâu cheté, et je ne vous promets pas de dire « que vous m'avez posé une telle condi- « tion. »
« Le comte m'a répondu qu'il n'avait pas l'intention de me blesser, qu'il se conformait aux lois de la guerre ; qu'au surplus, si le roi y consentait, cet article pourrait être modifié.
«Il est rentré au bout d'un quart d'heure. Le roi acceptait la combinaison de Tours, mais insistait pour que la garnison de Strasbourg fût prisonnière.
« J'étais à bout de forces et craignis un • instant de défaillir. Je me retournais pour dévorer les larmes qui m'étouffaient, et, m'excusant de cette faiblesse involontaire, je prenais congé par ces simples paroles :
« Je me suis trompé, monsieur le u comte, en venant ici ; je ne m'en repens u pas, j'ai assez souffert pour m'excuser « à mes propres yeux ; d'ailleurs je n'ai u cédé qu'au sentiment de mon devoir.
« Je reporterai à mon gouvernement tout « ce que vous m'avez dit, et s'il juge à <c propos de me renvoyer près de vous, « quelque cruelle que soit cette démarche.