I0« STATION. — MELUN
7 kil. de Cesson, 45kil.de Paris. — Melun est à 1 kil. de la station, 17 kil. de Corbeil, par la rive dr. de la Seine, 22 kil. par la rive g., 18 kil. de Brie-Gomte- Robert, 23 kil. de Verneuil, 27 kil. de
Nangis, 6 kil. du château de Vaux- Praslio.
Melun * , l'ancienne capitale du Gâtinais français, ch.-l. du départ.
de Seine-et-Marne, est situé au pied d'une colline et traversé par la Seine, qui le divise en trois parties. Le quartier de la rive g. (Saint-Ambroise) est le moins considérable ; celui de Tile est le plus ancien ; celui de la rive dr., le plus important, est la ville proprement dite. Leur population réunie s'élève à 11,241 hab.
Melodunum oppidum Senonum, in in-
snlâ Sequanx positum... Cette phrase de Jules César, au septième livre des Commentaires , le premier monument historique relatif à Texistence de la ville de Melun, constate ce qu'elle pouvait être. L'Ile dont il est ici question n'égale pas, à beaucoup près, celle où la Cité des Parisiens fut longtemps enfermée.
Labiénus, le plus habile des lieutenants de César, avait reçu Tordre de marcher de Sens sur Lutèce. Il suivit la rive g. de TYonne, puis celle de la Seine, et trouva les Parisiens campés et retranchés derrière un marais dont la position n'est pas bien connue. Après avoir reconnu l'impossibilité de le franchir, Labiénus revint sur ses pas jusqu'à Melun, chargea de soldats une cinquantaine de bateaux, s'empara de la ville, rétablit les ponts coupés par les Gaulois et passa sur la rive dr., qu'il suivit probablement jusqu'à l'embouchure de la Marne.
L'histoire ne parle guère de Melun sous l'administration romaine, ni sous les rois de la première race. Il n'en est question, sous les Carlovingiens, que pour rappeler les ravages des Normands. La ville fut pillée et brûlée par les Barbares cinq fois en cent trente-huit ans.
Sous les Capétiens, Melun devint une des places les plus importantes du royaume. Le roi Robert en fît son séjour de prédilection. Il y mourut en 1030, et Philippe I*' en 1106.
En 1102, Âbélard y ouvrit une école publique, où il posa les fondements de sa doctrine.
En 1358, Jeanne de Navarre livra le château , l'Ile et la partie de la ville située sur la rive g. de la Seine, à son frère Charles le Mauvais. Le régent, depuis Charles Y , dut venir l'assiéger avec des forces considérables. Pour la réduire il
DE PARIS A FONTAINEBLEAU
fallut rhéroîsme de Du Guescltn. Il avait juré par Dieu qui peina en croix et au tiers jour ressuscita, qu'il irait aux cresneaux parler â la barette du Basque de Mareuil, et il tint parole. Toutefois, renversé d'abord de son échelle lorsqu'il montait le premier à l'assaut, il se fût noyé dans les eaux du fossé, si le Bègue de Vilaines n'eûl appelé ses compagnons à son secours. Revenu à lui, le connétable courut aussitôt à la brèche , et cette fois il tint son serment.
En 1420, Melun, qui était close de fortes murailles , se défendit avec une admirable énergie contre le roi d'Angleterre, Henri V, et le duc de Bourgogne, son allié. Henri V dut convertir le siège en blocus. « Les compaignons du dedans, dit un vieil historien, tiroient de grand couraige de canon et d'arbalestes, et plusieurs en tuoient. Et entre les auitres, y avoit un compaignon qu'on disoit estre religieux de l'ordre de Sainct-Augustin, dom Simon, moyne du Jard, près Melun, très-bon arbalestrier, auquel on fit bailler une très-bonne et très-forte arbaleste. Et quand les Anglois et les Bourguignons venoient près des fossés, et qu'il les pou- Yoit appercevoir, il ne failloit point à les tuer, et dict-on que lui tout seul, il tua bien soixante hommes d'armes sans les auitres. » La ville ne se rendit que lorsqu'il n'y resta plus à manger ni un cheval, ni un chien, ni un chat. Le roi d'Angleterre déshonora sa victoire (si l'on peut appeler victoire le succès d'un blocus) par sa cruauté. Il ût décapiter le moine et un certain nombre de bourgeois. Les autres virent leurs biens confisquée, et les plus notables furent envoyés, avec leurs femmes et la plupart des gens d'armes, dans les prisons de Paris, où plusieurs moururent de faim.
Dix ans plus tard (1430), les Mélodunois, â 1 instigation de Jeanne d'Arc , s'insurgèrent contre les Anglais et les contraignirent à se réfugier dans le château, qui dut capituler après douze jours de siège.
Melun fut occupé par les Ligueurs en 1589, et reprise d'assaut par Henri IV l'année suivante. Les troupes royales y détruisirent deux couvents dont les prédicateurs s'étaient sig^ialcs par leur violence. Depuis cette époque , il n'a plus eu de catastrophe à déplorer. lia cour y vint quelquefois, du temps de la Fronde ; mais elle ne logea point au château , qui n'était plus habitable, et qui fut enfin démoli en 1740.
Melun est la patrie de Jacques Amyot,
évéque d'Auxerre, le traducteur de PIutarque, dont une des rues du quartier septentrional porte le nom. Derrière l'église Saint^Aspais , sur la maison n* 28. occupée par un pharmacien, on lit cette inscription : «< Ici est né Amyot, le 30 octobre 1514. »
L'église principale de Melun .
Saint- Aspais (mon. hist.), sur la rive dr. de la Seine, date du xvi° s. Elle est dédiée à un archevêque d'Eauze qui, sur la fin de sa vie, se retira aux environs de 'Melun. Sa forme est bi/arre et irréguliëre. De chaque côté de la nef principale s*étendent deux collatéraux soutenus par des colonnes d'une délicatesse remarquable. On vante les vitraux du chœur (xvi® s.) et les sculptures du chevet. Près de la porte de la sacristie , 6 médaillons en marbre blanc (1698), reproduisent des figures d'Apôtres et de Pères de TÉglise.
Parmi les tableaux exposés dans Téglise, on remarque : les Enfants dans la fournaise, d'un ancien maître inconnu ; la Cène, panneau sur bois du xv° s.: un Portement de Croix^ par Péri gnon. A l'extérieur du chevet, un médaillon en bronze , œuvre de M. H. Chapu, inauguré en 1872, représente Jeanne d'Arc, libératrice de Melun (1430).
L'église Notre-Dame (mon. hist.
du xi^ s.), qu*ou laisse à dr. dans l'île avant de traverser le bras principal du fieuve , mérite surtout une visite. Elle appartenait jadis à un couvent de filles remplacé maintenant par la maison centrale de détention du départ, de Seine-et-Marne (1,200 détenus hommes). Cette église vient d'être restaurée avec le plus grand soin par M. Eug. Millet. On remarque surtout, à l'intérieur, les élégantes chapelles latérales du chœur, et, à l'extérieur, les deux tours heureusement reconstruites avec de jolies fenêtres romanes. La façade a été remaniée aux xv® et XVII® s. Une belle pierre tombale, dressée dans le bas-côté S., présente l'effigie de Denis de Chailly et de sa