L'HAY. — CHEVILLY
L'Hay est à 2 kil. de Cachan et de Chevilly,2kil. 1/2 d'Arcueil, 2 kil.de Rourgla-Reine, 4 kil. de Sceaux, 3 kil. de
Villejuif. — Chevilly est à 3 kil. de Yillejuif et de Thiais, à 5 kil. 1/2 de Sceaux.
L'Hay , 607 hab., et Chevilly, 370
hab., villages situés tous deux au S.
d'Arcueil et de Villejuif, à TO. de Thiais et à l'O. de Bourg-la-Reine et de Sceaux, sur un plateau de 85 met. d'altit., n'offrent rien de bien remarquable, bien que l'église de Chevilly date en partie du xii*' s., et celle de l'Hay du xv® ou du xvi*'.
Mais ces localités ont été le théâtre de combats nombreux qui les rendent célèbres dans l'histoire du dernier siège de Paris. Les plus importants sont ceux du 30 septembre et du 29 novembre 1870.
Le 30 septembre, une attaque, à laquelle prirent part avec honneur les nu)biles de la Vendée et de la Côte-d'Or. enleva aux Allemands une grande i)artit* du plateau de Villejuif. Le général Guilhem fut tué dans l'action après s'être emparé de Chevilly. Le mouvement sur Thiais et sur THay n'eut pas le uiémt* succès, et nos troupes, qui montrèrent partout une grande fermeté, furent obligées de se replier sur leurs cantonnements. L'affaire du 29 novembre fut plus sérieuse. Ce fut un des épisodes de la grande sortie parisienne , dont le principal effort s'était porté sur la vallée de la Marne. Ce jour-là, vers 5 heures 1/2, le général Vinoy franchit la porte du rempart et peu de temps après, par une nuit profonde, les 109e et 110" de ligne avec les mobiles du Finistère, sous les ordres du général Valentin, s'élancèrent avec beaucoup d'ensemble, attaquant la droite du village de l'Hay. Après avoir parcouru 500 met., à découvert sous un feu nourri, nos troupes abordèrent le village et s'emparèrent du cimetière et des premières^ maisons; malheureusement elles n'avaient pas les outils nécessaires pour se frayer un passage à travers les murs ; ces outils n'avaient pas été envoyés à temps par le génie territorial qui avait mission de les fournir ; mais il fallait absolument opérer cette diversion si importante ù l'action principale, les ordres étaient précis, l'attaque devait avoir lieu au point du jour, et le général en chef ne pouvait attendre l'arrivée de ce matériel qui ne lui parvint qu'à dix heures du matin. Sur notre gauche, l'ennemi occupait un grand
parc dont il avait crénelé les murs et fortifié les abords au moyen de tranchées et d'épaulements. De tous côtés on voyait ses colonnes et son artillerie se concentrer sur l'Hay et Chevilly, où il voulait évidemment se maintenir. Nous perdions beaucoup de monde, mais on comprenait qu'il fallait à tout prix retenir devant nous des trqupes nombreuses qui sans cela pourraient porter leur renfort, décisif peut-être, sur un point plus important. Vers 8 heures 1/2 , le général Vinoy reçut du général Valontin un rapport lui annonçant que toutes nos troupes devant l'Hay étaient engagées, sauf une compagnie de mobiles appuj'ée à la route des Hautes-Bruyères, et au même instant la dépêche du gouverneur lui apprenait le retard apporté aux opérations de la deuxième armée. Vers 10 h., une seconde dépêche confirmait la première et engageait le général Vinoy à se maintenir dans ses positions jusqu'à ce que le mouvement se dessinât du côté d'Avron {V.
p. 359). Le général Vinoy ne crut pas devoir continuer une lutte inégale , douteuse dans ses résultats, qui nous coûtait déjà beaucoup et n'avait plus de but, l'action principale se trouvant différée. Il ordonna donc la retraite qui ne fut pas sérieusement inquiétée par l'ennemi. Nous avions 30 officiers et environ 1 ,000 hommes de troupes tués ou blessés.
A 2 kil. N. de l'Hay et à la même distance au S.-E. d'Arcueil, fut construite, sous la direction de M. VioUet-le-Duc , alors lieutenant-colonel du génie, la redoute des Hautes-Bruyères, qui devait commander le plateau de Villejuif et les deux vallées de la Bièvi'e et de la Seine. M. Viollet-le-Duc , dans son Mémoire sur la défense de Paris, donne une description technique et de beaux dessins de cet ouvrage, un des meilleurs qui aient été exécutés par nous durant toute la guerre.
M Élevée, dit l'éminent architecte, sur un plan horizontal et un peu hâtivement, la redoute des Hautes-Bruyères n'avait pu recevoir les perfectionnements nécessaires ; d'ailleurs, au moment où elle fut projetée, on n'avait pas fait encore l'épreuve des nouveaux engins employés par l'ennemi. Peu profond, cet ouvrage avait du moins cet avantage de ne pas donner à l'assiégeant des chances certaines d'atteindre son terre-plein. Les abris étaient entièrement défilés; les escarpes de terre coulante , haute , dérobaient une partie des surfaces intérieures aux projectiles. Projetée comme une bat-
terie , sans bastions , sans redans , sans saillants prononcés, elle ne donnait pas de ces points faciles à battre et à détruire comme il y en a dans nos forts permanents. L'entrée souterraine , abritée par conséquent, permettait de circuler du dedans au dehors sans encombre et sans danger. Le passage du fossé était défendu par des ouvrages que l'ennemi ne soupçonnait pas et qu'il ne pouvait détruire. Ils remplissaient dès lors parfaltemeni leur objet. »
Le fort des Hautes-Bniyères , abandonné par nos troupes le 19 septembre , fut repris aux Allemands le 23, et conservé durant tout le siège. Une série do tranchées le reliait aux avant-postes do la Grange-Ory, au fort de Montrouge, à Villejuif et au Moulin-Saquet.
D'Arcueil à Bourg-la-Reine, le chemin de fer reste presque constamment encaissé dans une tranchée profonde. Entre Bagneux et Cachan on passe, en décrivant une forte courbe, sous la route d'Orléans, puis les talus de la tranchée s'abaissent et, au-delà de la route de Bourg-la- Reine à Fontenay, on découvre sur la dr. un charmant paysage.