ÉPÎTRE
De leurs quatorze enfants, trois sont au cimetière,
Les autres, moins Pressés, passent leur vie entière À lutter pour se faire une Place au soleil.
Donc, j'entends bien des cris, le matin, au réveil, Je vois aussi, malgré la grippe et les névroses, Rire, sur l'oreiller, bien des figures roses,
Et je demande au ciel, qui sait tous mes soucis, De combler ma maison, et puis...mes déficits.
Je songe à me tailler, ambitions humaines !
Dans quelque forêt vierge, un de ces beaux domaines Qu'en vain les créanciers cherchent d'un œil hagard. Oui, puisque mon Pays montre un si grand égard Pour les foyers bruyants ou le marmot fourmille, Puisqu’il se joint au ciel, pour béni la famille
Où l'amour conjugal dédaigne de tricher,
Et qu'il lui donne un coin du sol à défricher,
Oui, je me fais colon.
S'il vous plaît, mes cent acres!
O bois mystérieux, j'aime vos senteurs âÂcres! Vous roulez sous les vents comme une mer qui bout, Mais la tempête passe et vous restez debout.
Vous êtes pleins de calme aussi. L'aile et la feuiile Glissent sans bruit autour du front qui se recueille. Vos rameaux sont touffus, mais je vois, À travers, La lumière tomber comme des cieux ouverts,
Au pied de vos vieux troncs où s'accroche la mousse, L'insecte vêtu d'or babille et se trémousse;
Et baignés de soleil, sur vos altiers sommets
Les sauvages oiseaux ne se taisent jamais.
Aurai-je mon ruisseau tapageur ? Son murmure M'endormirait peut-être, alors que la ramure Protégerait mon front comme une douce main.
Aurai-je un lac d'azur, où la fleur de carmin Penchera, comme un cœur qui saigne, son calice ? Aurai-je une colline où l'œil avec délice, Embrassera parfois tout mon bonheur d’un coup ? Aurai-je tout cela ? C'est demander beaucoup: Mais c'est là l'idéal où mon âme s’élance,
L'oasis où peut-être, un jour, dans le silence, Loin du monde insensible à mon dernier adieu, J'irai mourir en paix, sous le regard de Dieu!
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S'élancer de son lit comme un fougueux torrent.
J'ai vu le froment d'or sur la terre qui fume De toute part tomber. Et puis, les lendemains, J'ai vu le froment d'or au soleil qui s'allume Se dérouler au loin sur la terre qui fume, Comme un tapis tissé par de divines mains.
J'ai vu plus d'un foyer, —sczait-ce des chimères?
J'ai vu plus d’un foyer, au chant des jeunes mères Tressaillir tout à COUp, serait-ce des chimères ? Et se Peupler gaîment de petits anges blonds.
J'ai vu, dans les jours chauds, au gré de la tempête Le navire affolé courir vers le récif;
J'ai vu, dans les jours chauds de ma jeunesse en fête, Des vertus s'en aller au gré de la tempôte,
Des cœurs se consumer au feu d'un œil lascif,
J'ai vu dans le ciel bleu s'ouvrir, comme une voile, Un nuage léger qu'empourprait le couchant ;
J'ai vu, dans le ciel bleu que l'espérance étoile, Mon rêve le plus doux s'ouvrir comme une voile Quand celle que j'aimais souriait à mon chant.
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Par droit Les
: Montcalm était tombé sur t ! Vieux Québec. I] dormait ! Bien des soldats Vaillants | Sur notre sol aimé le solei Mais l'ombre, désormais, recouvrait de son voile Nos champs et nos foyers. Et la dernière étoile, Dont on cherchait encor les rayons incertains, — L'espérance,--mourait au fond des cieux éteints: Et les Lys n'étaient plus un glorieux trophée. La France se taisait, Une trompeuse fée Scellait de ses baisers la bouche de son roi. Les chants d'amour tuaient les cris du désarroi.
} L'iniquité des grands perdait le grand royaume,
! Nous étions revenus tour à tour sous le chaume.
Le vainqueur menaçant s’attachait À nos pas;
| Et nous fermions les yeux afin de | ]
on fier Promontoire, dans son linceul de gloire.
reposaient avec lui.
1 avait lui,
Ft tm
ne voir pas
Son ombre redoutable obscurcir la fenêtre.
C'était un temps de deuil, il faut le reconnaître : Nous étions délaissés des «gens du vieux pays». Cependant notre cœur ne les à point hais.
Or, nendant que la guerre exerce son ravage,
A l'heure où tout s'écroule, une femme sauvage Sortie on ne sait d'où, d'une sombre beauté, Dans la ville conquise erre de tout côté.
Comme un rameau de pin que la brise secoue, Et comme un voile noir qui tombe ou se dénoue, Sa chevelure flotte au vent, son sein bondit.
Elle chante. On dirait un sanglot, Elle dit:
—O ma verte forêt! 5 ma forêt profonde!
Ton silence est rompu, ton secret est trahi.
Il n'est plus de Promesse où mon espoir se O ma verte forêt! 5 ma forêt profonde!
Ah! par son souvenir mon cœur est envahi!
Il me pa‘lait d'un Dieu qui protège la femme, Et met des anges bons sur ses étroits chemins. L'homme blanc m'a trompée, et sa parole infâme À pour jamais, hélas! troublé mes lendemains!… O ma verte forêt! 6 ma forêt profonde!
Il n'est plus de promesse
fonde,
où mon espoir se fonde!
« Connaître est.i] un bien ? Est-ce un bien que d'aimer ? Femme blanche, sais-tu Comme moi la souffrance tas Parler ainsi Pourtant, n'est-ce pas blasphémer ? Connaître est-il un bien ? Est-ce un bien que d'aimer ? Il me parlait d'un ciel qui s'appelle la France,
Ce ciel il le vendait Pour quelques pièces d'or.
Son cœur n'était Pas droit, I] souriait aux crimes. Il suivait des sen lers tortreux, cet homme, Or,
Le mensonge est un flot qui creuse des abîmes, Connaître est-il un bien ? Est-ce un bien que d'aimer ? Parler ainsi Pourtant, n'est-ce Pas blasphémer ?
Bois, rendez-moi l'abri de vos rameaux sans nombre, Je veux Cacher ma honte au guerrier blanc trompeur. La Robe Noire a mis sur mon front le baptême: Dans mon cœur trop naïf l'autre a mis le forfait Hier j'ignorais Dieu, mais j'ignorais de même
La vertu qu'il Commande et le vice qu'il hait.
Bois, prêtez-moi l'abri de vos rameaux sans nombre... Dans Ja ville des blancs je passe comme une ombre.
«Cabane, lit de mousse, humble feu de fagot, Mânes de mes aïeux errant sous les grands arbres, Pourquoi vous ai-je fuis ?...Il se nommait Bigot! Cabane, lit de mousse, humble feu de fagot,
Vous valiez bien des fois ses palais et ses marbres. Il m'a perdue hier par des menteurs discours;
Il te perd aujourd'hui dans de funestes luttes,
O mon pays aimé! Nos triomphes sont courts:
Pauvre Stadaconé, nleurons, pleurons nos chutes! Cabane, lit de mousse, humble feu de fagot, Pourquoi vous ai-je fuis ?...Il se nommait Bigot !—»
Bigot, marchand d'honneur, parvenu dont l'empire S'étendait sur la ville et sur les champs; vampire Qui buvait notre sang et mangeait notre chair; Fripon qui nous volait et nous revendait cher; Bigot avait hâté, par sa filouterie,
La honte de la France et de notre patrie.
Il était le dernier, mais aussi le plus vil
De tous ces affamés de plaisir, que l'exil
Ne punit pas assez. Il laissa des ruines.
On entrevoit encore, à travers les bruines
Qu'un vent mystérieux traîne sur le passé,
Son galbe de félon aux fanges du fossé.
Le temps fuit. Nous marchons, Messieurs, avec vitesse. Ils sont bien loin déjà ces jours pleins de tristesse, Où tous, nous semblions de étrangers chez nous.
La France nous a vus, tout un peuple, à genoux, Quand son vieux drapeau blanc, vaincu, plia son aile. Une plainte a monté profonde, solennelle,
Des plaines d'Abraham où tombaient nos guerriers. Les traîtres de ces temps, et les aventuriers,
Les spadassins titrés et les héros de bouge,
Par la main du bourreau sont marqués du fer rouge.
Les méchants n'ont qu’un jour de gloire, Ils sont maudits. Le palais de Bigot, comme un sale taudis
S’est écroulé là-bas. Au fond de ce repaire
Va se coucher le loup, va siffler la vipère.
L'hôte n’a pas changé. La fille des Hurons
Dort son dernier Sommeil aussi. Les bûcherons
Ont rasé la forêt qui dérobait sa cendre.
À son heure suprême a-t-elle vu descendre
Sur son lit de rameaux l'ange saint du pardon ?
Et nous avons cent ans gémi dans l'abandon.
Ils sont loin ces jours pleins de douleur et de honte. Pour instruire ses fils le père les raconte,
Car’ l'exemple du mal porte parfois au bien.
Et depuis ce temps-là, vous dirai-je combien
Nous avons soutenu de combats ? La conquête
A pesé lourdement, hélas! sur notre tête;
Mais nous sommes debout. Nos droits nous sont rendus Nous pouvons pardonner à qui nous a vendus,
Ainsi que pardonna Joseph ie patriarche.
Vers la terre promise en silence l'on marche. Traversant les déserts sous l'œil de Jéhova,
Notre peuple revient quand on croit qu'il s'en Va.
C'était le sang des preux qui coulaient dans nos veines, Nous n'avons Pas nourri des espérances vaines,
Le Dieu des nations nous £ pris par la main.
Homme ou peuple est béni qui. par droit chemin,
| ndus | |
Épitre à mon ami Sulte
Je dépose la plume et je me mets en grève, Les ans que j'appelais ont emporté mon rêve:
C'est le réveil. Je vois le monde tel qu'il est:
‘approche de l'hiver met ma verve en déroute: Il neige sur ma tête, et je sens de l'effroi.
Devant le beau, devant le grand il reste froid L'hôte que l'on convie au festin littéraire:
Mais je m'occupe peu d’un succès temporaire, 3 Et si ma vieille plume écrit avec émoi, C'est pour les autres, Ben, tout autant que pour moi.
Plus l'écrivain est nul, plus il fait de tapage; Pour lui l'idée est vaine, il ne voit que 4 page; Il bat la grosse caisse avec un bras lourdaud, Et capte la faveur du pleutre et du badaud
La foule est ignorante; elle aime la fadaise, Un bouffe, un arlequin la fait trépigner d'aise. Toute étude l'ennuie, et le livre nouveau
Va souvent, ironie! envelopper le veau.
Un jour ou l’autre, Sulte, il faut plier bagage. Si c'était aujourd'hui ?.. Tu vas rire, je gage, Et dire que demain j'écrirai tout auta=+.
Oui, si mes créanciers, pour de l'argent comptant, Veulent prendre, demain, et mes vers et ma prose, Afin que je m'achète une vieillesse rose.
Ils ne le feront pas. Ils diront, pour raison,
Que l'esprit sous nos cieux ne peut tenir maison.
r moi.
it, se,
Pour comble de malheur, le bien que j'ai pu faire, Un Tartufe peut-être, habile à contrefaire, Et tirant de son sac un
nouvel argument, Viendra nee Je souffler a
u jour du jugement, Et, si Dieu n'intervient, je perdrai la partie, Il sera le grand prêtre, et je serai l'hostie Pendant l'éternité...Le m Tout de même, il nous semble avoir bien des appâts. On s'adresse au Seigneur pour qu'il nous en délivre, Mais on craint qu'il entende, Il est si doux de suivre Le flot qui nous balance ct le sentier fleuri,
De baiser une lèvre où l'amour a souri..
Halte-là!...Mes cheveux se Couronnent de givre,
Il faut être prudent.
al, n’en parlons pas.
Ferai-je encore un livre, Pour courtiser la gloire ou braver le mépris ? Le livre est un Parfum qui trouble les esprits. Qu'un mot vous fasse rire, ou verser une larme, C'est assez, le cœur bat et la raison désarme, Mon champ ne berce plus que de maigres épis, Et mon épaule est faible...Ou tant mieux, ou tant pis.
Le travail à chez nous de fidèles disciples, Et l'on sait applaudir à tes œuvres multiples.
À ce coup d'encensoir de ton vieux compagnon, Rougis, si tu le veux, derrière ton lorgnon ;
Je fus enfant de chœur, et sais comme on encense, On n'y met pas toujours une telle innocence,
Et souvent les parfums sont nélas! profanés,
Ou l'encensoir, au vol, casse un illustre nez.
Mais si je n'écris plus, je regarde, je pense... Est-il vrai que tout mal ou tout bien se compense ? Je n'en crois rien: Et nul ne me montre, parfaits, La peine de la faute ou le prix des bienfaits.
Je souffre...pas assez Pour que l'orgueil se rende:
Je jouis...pas beaucoup pour une ardeur si grande. Il me faut autre chose, il me faut autre lieu:
Où donc est l'équilibre ? où le juste milieu ? T'effleure à peine l'onde où la foule se baigne.
Je ris et j'ai des pleurs, je chante et mon cœur saigne... La douleur est trop vraie et le bonheur, trop faux. À commencer par moi tout est plein de défauts.
Je partirai sans bruit, comme un roseau que brise Le pied d'une alouette ou l'aile d'une brise.
Tous partiront de même, et chacun à son tour. Départ mystérieux, étrange, sans retour.
Nous nous rencontrerons dans les sphères célestes. Nos corps seront au vent, nos esprits seront lestes:; Nous ne jugerons plus les choses de travers:
Nous boirons la lumière et chanterons des vers.
Si tu pouvais parler
Au Saint-Laurent
Si tu pouvais patler dans tes vaillantes courses, O fleuve merveilleux! 6 fleuve vagabond!
Tu nous dirais pourquoi loin, bien loin de tes sources, Tu vas enfin te perdre à l'océan profond,
Comme ces blonds enfants qui laissent leur village Avec un cœur naïf et des vœux superflus,
Comme ces blonds enfants à l'âme un peu volage, Qui vont dans les cités d'où l'on ne revient plus.
Tu nous dirais Pourquoi, sous une tiède haleine, L'on voit frémir ton sein;
Pourquoi souvent aussi, comme une morne plaine, Tu t'aplanis soudain,
Et pourquoi, tour à tour, ta voix est hu:.ble ou fière
Pourquoi tu dors parfois ‘
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