L'ÂME CHRÉTIENNE
Mais dans l'ombre qui vient ou l'espoir qui sommeille,
Luit un rayon divin: c'est l'œil de Dieu qui veille Et l'empêche de défaillir.
Elle ne tremble point aux éclats du tonnerre.
Douce, elle a désarmé plus d'un bras Sanguinaire, Et lassé d'odieux efforts. F
Elle mêle sa voix au chant de la patrie;
Puis, lorsque vient l'épreuve, elle espère, meurtrie, En Celui qui brise les forts.
Les peuples à sauver deviennent son domaine.
Comme un coursier sans frein, l'océan la promène Des glaciers aux déserts brûlants.
L'opprimé suit au ciel son vol d'heureux augure, Ah! tu n'as pas assez, Ô terre! d'envergure
Pour répondre à ses fiers élans!
C'est par elle, qu'un jour, l'homme des bois enterre Sa haine de la croix et sa hache de guerre;
Que les bois ouvrent leur rideau ; Que le foyer se fonde, et qu'enfin du sol vierge, Sous un ciel radieux, la moisson d'or émerge
Au chant de l’homme et de l'oiseau!
Quand nous fûmes livrés aux mains d'une autre race,
Comme un fardeau trop lourd dont on se débarrasse Comme un inutile butin,
A nos foyers aimés nous avons, en silence,
Longtemps attendu l'heure où le peuple s'élance, Libre et vaillant, vers son destin.
Ce long délaissement, le mépris, la jactance,
Ont jeté d'amers deuils sur notre numble existence, Nul ne peut ignorer cela;
Mais sans apostasie, et ni lâches, ni traîtres,
Nous sommes devenus les égaux de nos maîtres,
Car l'âme chrétienne était là!