LA MORT DU CHRIST
Un calme horrible suit. Sur la foule inhumaine Le regard de Jésus lentement se promène, Et puis se porte au ciel, douloureux et plaintif. On devine aussitôt l'amour qui veut absoudre, Mais le ciel a déjà sillonné de sa foudre La tête orgueilleuse du Juif.
— Moïse est le prophète et sa loi sanctifie. Qu'on prenne ce Jésus et qu'on le crucifie, Clame encore le peuple, il n'est pas notre roi!
Et le peuple triomphe; et sa clameur immonde, Dix-neuf siècles après, passe encor sur le monde En semant la honte et l'effroi.
La victime s'avance; elle marche au supplice! Jésus n'a pas voulu repousser le calice. Nous eut-il tant aimés, s'il n'eut souffert pour nous ? Mais celui qui soutient, ô terre! tes deux pôles, Trouve la croix trop lourde, hélas! à ses épaules, Et l'on voit fléchir ses genoux!
L'autre jour, ce chemin où son pied meurtri saigne Était jonché de fleurs.
— Il vient, il nous enseigne!..»
Gloire au fils de David! criait-on en tout lieu. Maintenant dans les murs, aux portes de la ville, En son aveuglement, la populace vile
S'amuse à voir tomber un Dieu!
Une femme pourtant, que la douleur transporte, Lève son voile sombre, écarte la cohorte, Et vient coller sa lèvre au front du «criminel)). L'enfer est stupéfait, le ciel ému contemple... C'est le glaive prédit par le vieillard du temple Qui perce le cœur maternel!
Voici le Golgotha! Sur ce mont solitaire, Au temps prophétisé, s'accomplit le mystère Qui rachète le monde et le redonne au ciel. Déjà le Christ est là, nu sur la croix sanglante! Le premier clou s'enfonce en sa chair pantelante. Et sa soif s'abreuve de fiel.
Le premier clou s'enfonce et le sang d'un Dieu coule !. . Et tous les astres d'or qu'un souffle divin roule Ont entendu vibrer les coups maudits du fer! Ils se sont arrêtés. Tous ces mondes sans nombre Ont vu la terre alors s'avancer comme une ombre, Ont entendu rire l'enfer!