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AU LABOUREUR

Au laboureur

Depuis l'aube d'opale et la fraîche rosée, O vaillant laboureur! ne s'est point reposée

La charrue au coutre tranchant, Ne s'est point reposé le bœuf aux longues cornes. Le sol grince toujours, et toujours des yeux mornes

Regardent tristement ton champ.

A quoi donc songes-tu quand tu vas tête basse, Ouvrant dans le sol noir, malgré ta jambe lasse,

Un sillon après un sillon ?

Vois-tu les blés flotter comme des oriflammes ? Songes-tu que le ciel, pour réveiller les âmes,

Les déchire de l'aiguillon ?

L'Angélus du midi dans le vieux clocher tinte. Quitte les mancherons. Ta foi n'est pas éteinte,

Vieux laboureur aux bras tannés.

Signe-toi. Lève haut ton front coupé de rides. Le labour fait verdir les sols qui sont arides,

La prière, les cœurs fanés.

Nos trois cloches

Dans les brumes d'antan les jours de mon enfance Ont sombré, mais parfois je m'arrête, et je pense Au calme bienfaisant qui les enveloppait. Je ne connaissais rien et rien ne m'occupait, Hormis les chants d'un bois, les sables d'une grève, Les parfums d'une fleur. Si quelquefois un rêve Essayait d'ouvrir l'aile et de m'emporter loin, Ému, je regardais, dans les frissons du foin, Au ruisseau qui les baigne, au bois qui les abrite, Les boutons d'or, l'iris, le thym, la marguerite, Et je disais au rêve ailé:

— Je suis aussi Une humble fleur des champs, laisse-moi vivre ici.

En ces jours reculés, dans nos paroisses riches, Au milieu des sillons, du pacage et des friches,

Au-dessus des forêts même, déjà montaient Bien des clochers bénis où nos espoirs tintaient, La cloche, en sa lanterne, était fort solitaire. Elle aimait à chanter. Rien ne la faisait taire, Ni les neiges de mars, ni les ardeurs de juin. Parfois ses longs sanglots nous disaient un chagrin, Elle sonnait, parfois, des couplets de jeunesse. Nous aimions à l'entendre. Il faut que Ton connaisse. Quand monte vers le ciel un sonore tinton, Si la joie ou le deuil entrent dans le canton; Si quelque nouveau-né reçoit l'eau du baptême, Ou si l'un d'entre nous a dit l'adieu suprême. Elle prenait aussi, dans les jours pluvieux, Le timbre nasillard d'une chanson de vieux; C'était lorsqu'en hiver la pluie, après le givre, Gelait comme des pleurs sur ses lèvres de cuivre.

Depuis un an peut-être une rumeur volait,

Mourant et renaissant comme un cri de tolet

Quand la rame déchire, en son rythme sévère,

Le sein des flots. Chez nous, un bruit qui persévère

Prend toujours la couleur de quelque vérité.

Or, plusieurs affirmaient avec autorité

Que le curé lui-même, une âme un peu lyrique,

Verrait avec plaisir notre vieille fabrique

Donner l'exemple, agir, piquer de l'aiguillon,

Et monter au clocher le premier carillon.

On parlait de cela tout bas, tout haut, ensemble...

Un carillon, c'est beau sans doute, mais il semble

Que Dieu goûterait mieux l'accord de nos esprits;

Ce serait chose rare, et d'un bien plus grand prix.

Le plaisir agitait l'âme douce et mystique

Qui voit dans chaque temple un céleste portique,

Mais un amer dépit troublait le sermonneur

Qui prétend qu'on perd tout quand on donne au Seigneur.

Le voile fut levé tout à fait. Un dimanche, Avec un geste altier qui déploya la manche De son large surplis éclatant de blancheur; De la chaire où sa voix avertit le pécheur, Stigmatise le tiède et console le juste, Le curé déclara que Dieu, le Maître Auguste, Pouvait être loué par les sons de l'airain, Comme il l'est par la voix du peuple souverain; Qu'il fallait aujourd'hui, sans craindre les reproches, Dans le clocher vaillant, monter trois belles cloches Qui diraient nos douleurs, nos plaisirs, notre amour, Et pleureraient sur nous à notre dernier jour.

Il se fit tout à coup, sous la voûte, un murmure Pareil au bruit du vent dans l'épaisse ramure,

Et l'auditoire entier s'agita dans les bancs. Plus de doute, les mots tombaient très clairs, très francs. Un nouveau marguillier, notre voisin Tancrède, Un dissident par goût, toussa fort, prit l'air raide Qu'il prenait au conseil dans nos fréquents débats; Et saint Louis, dit-on, — je ne l'affirme pas — Le bon roi saint Louis, patron de la paroisse, Dans son cadre doré laissa voir de l'angoisse.

Le trouble ne dura qu'un moment. Par degré Descendit de nouveau le silence sacré.

Peut-être que chacun se faisait la promesse De dire sa pensée, au sortir de la messe. Mais le curé, toujours charitable et plaisant, Ajouta quelques mots, et ce fut suffisant. Comme sur une source, au champ, l'on voit les bêtes Pencher leurs fronts, ainsi s'inclinèrent les têtes Un peu dures, parfois, de ses bons paroissiens, Il avait dit ceci:

Jésus aima les siens, Et c'est sa charité qu'en vos âmes je sème. Le beau, comme le bien, mène au Dieu qui vous aime. Embellissez le temple et Dieu vous bénira; Faites chanter le bronze... et le curé paiera.

Voici l'automne. Il est comme un vieillard agile Qui descend à grands pas de nos coteaux d'argile, Avec sur son épaule une gerbe de blé.

Il est comme un ruisseau qui va, souvent troublé Par le rameau qui tombe ou l'agneau qui s'abreuve, Se jeter triomphant dans le sein du grand fleuve. C'est le temps des labours, c'est le temps des guérets, L'éteule a voilé d'or plus d'un clos, les forêts Ont dénoué déjà leurs discrètes ceintures. D ans les champs moissonnés que nos longues clôtures Enlacent, semble-t-il, comme un traître réseau, Le travailleur se hâte et l'on voit fuir l'oiseau. Devant mainte fenêtre un rouet tourne et gronde.

Tancrède labourait. Une lumière blonde Noyait l'herbe. On eut dit des reflets printaniers. La terre allait remplir de nouveau les greniers, Et la paix descendrait dans toutes les demeures. Tancrède aurait voulu que le jour eut plus d'heures. Il savait dès longtemps tenir un mancheron. Cependant quelquefois il lâchait un juron,

Et l'éclair de son âme allumait sa paupière; C'était lorsque le soc effleurait une pierre, Et faisait quelque peu dévier le sillon. Il était un artiste en labour, ce brouillon.

Jeannette le suivait à sa besogne rude. L'école, pensait-il, en ferait une prude... Puis, elle avait dix ans, savait lire et compter. Et les enfants, au reste, il faut bien les dompter, Si l'on veut que plus tard, en face de l'ouvrage, En face de l'épreuve, ils aient quelque courage. Tancrède était compris. La pauvrette croyait Qu'elle devait souffrir pendant que l'on choyait Sa sœur plus belle. Aussi, jamais une réplique.

Donc Jeannette «touchait», ce jour-là. Je m'explique. Mais vous savez encor, fiers enfants de nos bourgs, Ce que c'est que «toucher» dans le temps des labours. Tête au vent et pieds nus, elle tenait les guides Et fouettait de sa hart le dos des bœufs placides; Elle allongeait le pas, trottinait de bon cœur, Pour suivre la charrue et le vieux laboureur. La poussière souillait ses petites mains blanches. Elle comptait toujours, rendue au bout des planches,

Dans la vaste prairie un sillon noir de plus, Un rayon vert de moins. Mais soucis superflus, La tâche d'aujourd'hui ne peut être achevée Si l'on ne fait bien longue, hélas! la relevée.

Tancrède sentait bien que son front se mouillait. Il se dressait souvent, et son regard fouillait Les grêles peupliers qui cachaient mal l'église, Et ses clochers plus hauts que leur ramure grise. Ce jour-là, bien des gens, endimanchés, ravis, Étaient venus s'asseoir dans l'ombre du parvis. Or, dès la matinée, à la lueur des cierges, Sous leurs manteaux fleuris, dans leurs robes de vierges, Les cloches, toutes trois, pareilles à trois sœurs, Avaient eu le baptême. A Dieu, dans les hauteurs, Elles pouvaient parler car leur voix étaient pure. Marraines et parrains, très fiers, avec mesure Avaient mis leurs écus dans le plateau d'argent

Tancrède, marguillier ému, se rengorgeant,

Avait été s'asseoir, avec d'autres illustres,

Sur un siège du chœur, tout auprès des balustres,

Mais il avait ensuite enlevé le gilet,

Endossé la bougrine et repris le boulet.

Il disait maintenant à son enfant docile:

Les cloches sonnent tard... C'est donc bien difficile

De les pendre là-haut à leur solide essieu...

Tiens! j'entends quelque chose enfin! Écoute un peu,

Écoute, ma Jeannette, oui, voilà que ça sonne!...

Tu ris, petite, et moi, c'est drôle, je frissonne.

Jeannette souriait. Il ôta son chapeau, Et, s'essuyant le front, il murmura:

— C'est beau!

A mon tour, ce soir-là, par la sente des chaumes J'amenais le troupeau. Je crus que dans leurs dômes Les bois berçaient des chants nouveaux. C'étaient des sons Mieux cadencés encor que nos airs de chansons. Le dirai-je ? Jamais, dans nos rustres domaines, La vieille cloche seule, et jamais voix humaines N'avaient ainsi chanté l'Angélus. Quel émoi, O mon cœur, vint alors te troubler ! Devant moi Les génisses, les bœufs, qui marchaient à la file, N'avaient plus maintenant leur allure tranquille, Mais semblaient délirer de plaisir. Leurs fronts roux S'élevaient tour à tour en des mouvements fous Que scandaient à la fois leurs orgueilleuses cornes.

Une fermière, au loin, près des étables mornes, Appelait son troupeau. L'appel était pressant, Un peu rude tantôt et tantôt caressant, Mais bétail et berger ne voulaient pas entendre, Car c'était fête au champ.

Alors je vis s'étendre Des vols capricieux sur les grands bois voisins. Les oiseaux me semblaient grisés par les raisins, Et le soleil couchant, qui s'échappa des brumes, Fit jaillir des rayons de leurs mouvantes plumes.

Et le dirais-je aussi ? Je vis, en même temps, Voltiger sur les prés, comme aux jours du printemps, Papillons poudrés d'or et fières libellules. Je vis des grillons noirs qui fuyaient leurs cellules, Et des criquets gaillards qui chantaient l'oraison, Comme ils font en été, pendant la fenaison.

Et tout près, dans le champ que labourait Tancrède, Les bœufs ne marchaient plus. De leur narine tiède Ils soufflaient doucement une tiède vapeur. Le front bas sous le joug, les traits ballants ,sans peur De la hart qui tombait sur leur croupe indolente, Alors qu'ils tiraient mal ou de façon trop lente,

Ils paraissaient dormir ou rêver. Puis, debout Contre le clos de cèdre, et, regardant partout, Anxieux, agité, comme un homme qui cherche, Tancrède! Le soleil scintilla sur la perche Où s'appuyait son bras. Et je l'ai vu, le vieux, Sourire à la féerie en s 'essuyant les yeux.

Et pendant ce temps-là, dans le labour, tout proche, L'enfant s'était couchée, un peu lasse. Une roche Que la charrue avait effleurée en passant Lui servait d'oreiller. Un trèfle encor naissant Se cachait sous ses pieds frileux. Des chicorées Penchaient leurs fleurs d'azur sur ses boucles dorées. Sous sa tête mutine et presque belle alors, Elle avait replié ses bras. Et, sans remords, Un ange d'un baiser avait clos sa prunelle. C'était l'oiseau qui dort la tête sous son aile, Fatigué de voler. Dans cet instant de paix Elle rêvait, l'enfant, à ses bœufs sous le faix, A ce sol éventré par de longues blessures, A ce vieux laboureur tenant, de ses mains sûres, Et tant qu'il fera jour, les mancherons de bois, Et tout lui semblait noir, lamentable, sans voix.

Mais alors tout à coup, dans le deuil de la terre, Elle voit la prairie encore froide, austère, S'étendre, s'élargir jusques à l'horizon, Et les sillons obscurs qui coupent le gazon Deviennent radieux. Ils montent vers les nues. Et trois anges, chantant des stances inconnues, Apportent la semence à ce labour divin. Leur geste est solennel. Tout effort serait vain Pour dire les accents qui tombent de leur bouche.

Jeannette se réveille, et, de sa rude couche, Elle crie au vieillard qui s'avance songeur:

— Quel beau rêve j'ai fait!

Puis, fixant la rougeur Du couchant où flottaient les feux du crépuscule:

— Je les vois, les entends, là sur le monticule!... Ils chantent en semant pour le ciel!... Ils sont trois!

Nos trois cloches sonnaient pour la première fois.

Le bouquet

(Bénédiction de la première pierre du pont Garneau)

A Madame Mercier

Loin, bien loin de son humble source, Parmi la mousse et les roseaux, La Chaudière aux rapides eaux, Vers la fin de sa longue course, Se jette en un gouffre profond, Puis, perçant le roc jusqu'au fond, Entre au fleuve sous la Grande Ourse, Loin, bien loin de son humble source.

Sur un vieux bac un vieux passeur, Armé d'une pesante rame, Reçoit depuis longtemps, Madame.

Cousin, cousine, frère, sœur...

Tous ceux qui lui donnent l'obole.

Mais nul ne peut, sur ma parole, Payer par un mot de douceur, Sur un vieux bac un vieux passeur.

Que d'amours restent sur la rive, Ou s'éteignent sur le rocher, Par la faute du vieux nocher!

Quand le jour fuit ou qu'il arrive, On croit entendre avec les flots Passer des soupirs, des sanglots...

A l'heure où s'envole la grive, Que d'amours restent sur la rive!

Tous les vieillards, les jeunes gens, Tous ceux qui suivaient cette voie.

Cherchant de l'or ou de la joie, Les heureux et les indigents, Demandaient à Dieu, bagatelles!

Un pont solide ou bien des ailes.

Ils n'étaient pas trop exigeants, Tous les vieillards, les jeunes gens.

Et le ciel finit par entendre.

Un pont unira les deux bords.

Déjà la foule est aux abords.

L'œuvre, qui s'était fait attendre, Commence à l'éclat du flambeau.

Vous étiez là, ce jour si beau.

On vit battre plus d'un cœur tendre, Et le ciel finit par entendre.

Sous les dais aux riches couleurs, Quelques enfants en robes blanches, Écartant les rideaux de branches, Vinrent vous présenter des fleurs.

C'était, cela, la gratitude D'une naïve multitude Dont vous séchez souvent les pleurs...

Sous les dais aux riches couleurs.

Au roc où le soleil ruisselle, Au bois d'où l'arôme s'épand, Mainte grappe humaine se pend...

La main du noble ouvrier scelle La première pierre du pont.

Au bruit joyeux l'écho répond; La truelle d'or étincelle Au roc où le soleil ruisselle.

Pendant qu'on folâtre et qu'on rit, Pendant que se choquent les verres, Pendant que chantent les trouvères, Vous sortez doucement, sans bruit; Et toutes vos jeunes compagnes Suivent vos pas dans les campagnes Où la violette fleurit, Pendant qu'on folâtre et qu'on rit.

Dans sa robe de pierre grise, Là-bas, on voit sur la hauteur Qui ceint le village enchanteur, S'élever une vaste église; Son clocher plonge au ciel serein, Pour Dieu chantent ses voix d'airain; Les oiseaux nichent à la frise, Dans sa robe de pierre grise.

C'est là que vous portiez vos pas.

Vous alliez dans l'auguste enceinte, A l'autel de la Vierge sainte, Sous l'œil de Dieu prier tout bas.

Vous alliez offrir à Marie Un blanc lis qu'une main chérie

Vous avait donné. N'est-ce pas ?

C'est là que vous portiez vos pas.

La belle fête était finie, Mais les drapeaux laissaient aux vents Flotter toujours leurs plis mouvants, Et des restes de symphonie Semblaient se noyer dans les airs, Ou voltiger sur les flots clairs, C'était ta prière bénie...

La belle fête était finie.

îsion

Aimez- vous, ô vieillards, à remuer la cendre

Où dorment vos bonheurs d'antan ? Je vois descendre,

Devant mes yeux ravis, tout le joyeux essaim

De ces espoirs d'un jour, que réchauffa mon sein

Au matin de la vie. Il vient mais il s'envole.

Rien ne peut retenir de cet essaim frivole

L'aile rapide. Il va, suave et décevant,

Comme une feuille morte au souffle d'un grand vent.

Oui, lorsque l'on vieillit, que la tête se penche Comme le pin, l'hiver, sous sa couronne blanche, Que les pieds moins légers trébuchent plus souvent, Et que la main hésite et tremble en soulevant La coupe presque vide, on aime davantage Ce passé disparu qui fut notre partage. On l'évoque. Il surgit dans nos âmes sans feu, Comme, un matin d'automne, on voit un sommet bleu

vision 189

Émerger lentement des océans de brume.

Oh ! qu'ils sont doux et chers tous ces riens qu'on exhume

Des ans jadis vécus!

J'étais enfant de chœur.

J'allais servir la messe, et je savais par cœur Le psaume Introibo qui se dit à voix basse, Au pied de l'autel saint. Je l'appris à la classe.

«Oui, je m'approcherai de l'autel de mon Dieu, Du Dieu qui réjouit ma jeunesse...»

Au milieu Des enfants en surplis alignés dans les stalles, Je priais assez peu, car les molles spirales De l'encens qui montait vers le Dieu souverain, Les versets alternés des chantres au lutrin, Les murmures moelleux de l'orgue, la prière Du vieux prêtre à l'autel, de la foule ouvrière A genoux dans la nef sur le parquet de bois, Tout cela me troublait, et c'était, chaque fois, Un spectacle nouveau qui remuait mon âme.

J'aime à le rappeler. Que celui-là me blâme, Qu'il me juge bigot ou trop sentimental, Qui ne se souvient plus du village natal, Ni du clocher béni qui sonna son baptême.

Un dimanche pourtant... le jour de Pâques même,

Oublieux et distrait, je laissais sans remords

Mon esprit vagabond s'envoler au dehors,

Sur le rayon de feu qui rosait la fenêtre,

Pendant que tous priaient, et le peuple et le prêtre.

Cependant nulle fleur ne s'ouvrait sur les prés,

Nul vent ne déchirait les nuages nacrés,

Et les blanches vapeurs qui montaient de la plaine

Ressemblaient à l'encens dont l'église était pleine,

L'encens du Maître Autel ardent comme un bûcher.

La clochette tinta. Puis, je vis se pencher,

Les yeux mouillés de pleurs, sur le sacré calice,

L'officiant pieux. Le divin sacrifice,

A l'instant même, allait s'accomplir derechef.

Un murmure passa. Je jetai, dans la nef

Où la foule chômait la plus grande des fêtes,

Un long regard, pour voir le mouvement des têtes.

Ces fronts qui s'inclinaient, c'était, me sembla-t-il,

Comme les lourds épis, ou comme le blond mil,

Lorsque passe le vent.

L'orgue chantait sonore.

Je veux voir l'Homme-Dieu que ce bon peuple honore, L'Homme- Dieu dans l'Hostie. Aussitôt, mon regard Effleure, dans son vol, peut-être par hasard,

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