‹ Les ÉpisChapitre 45 sur 57 · TENTATION · texte numérisé non relu

TENTATION

Oh! quel amour profane M'a soudain enivré!

Je crois que je me damne...

Secourez-moi, sainte Anne, Sainte Anne de Beaupré!

Depuis que je l'ai vue, un soir des grosses gerbes, Parmi les cheveux blancs et parmi les imberbes,

Pour clore les travaux, Au son du violon s'élancer en cadence, Comme, les jours d'été, le papillon qui danse

Dans les effluves chauds,

Oh! quel amour profane M'a soudain enivré!

Je crois que je me damne...

Secourez-moi, sainte Anne, Sainte Anne de Beaupré!

Depuis que je l'ai vue écrivant, solitaire, Sur la grève sonore, à l'heure du mystère,

Deux noms entrelacés, Et les traçant plus loin, sur des sables arides, Quand le flot qui montait, sous ses baisers humides,

Les avait effacés;

Mon âme va, nacelle, au gré de chaque brise; Elle est désemparée, et son aile se brise

Sous un souffle inconnu.

Et je voudrais prier. Le feu court dans mes veines, Et ma bouche se tait. Mes prières sont vaines.

Devant Dieu je suis nu!

Oh! quel amour profane M'a soudain enivré!

Je crois que je me damne...

Secourez-moi, sainte Anne, Sainte Anne de Beaupré!

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