IRONIE ET PRIÈRE
amais pour votre lit Dieu ne vous a fait prendre La pierre de votre foyer.
Riches, connaissez- vous le taudis de la ville
Où se cache la pauvreté ?
Avez-vous, en entrant, vu fuir la jeune fille
Honteuse de sa nudité ? Avez-vous vu l'enfant à la bouche livide
Qui ne mange point au réveil ?
Dh! vous ne savez pas combien il est avide
Du pain qu'il voit dans son sommeil!
Donnez donc à l'enfant l'obole qu'il réclame,
Pour qu'il ne meure pas de faim.
Donnez un peu de bois à tout foyer sans flamme,
A l'orpheline, un peu de pain.
Relevez sans aigreur une femme qui tombe
Et le bon Dieu vous bénira; £t puis, si les heureux évitent votre tombe,
Le pauvre la visitera.
Le cantique du bon pauvre
Quand la feuille d'ormeau tapisse la vallée, Que l'enfant ne suit plus la solitaire allée
Pour prendre un papillon; Quand les champs sous la faux ont vu tomber leurs ger Que l'insecte prudent trottine sous les herbes,
Ou se cache au sillon,
Seigneur, j'espère en toi, car l'heure qui s'avance Sur son aile glacée apporte la souffrance
Au seuil de l'indigent; Seigneur, j'espère en toi, car sur l'homme qui pleure Tu reposes toujours, de ta sainte demeure,
Un regard indulgent.
Comme un champ que l'automne a noyé dans sa brume, Mon cœur est en ces jours noyé dans l'amertume, Mon cœur toujours soumis.