LE JOUR DES MORTS
Sous l'humble croix sans nom ? Qui sait ? Prions quand La prière souvent détourne l'anathème. [même]
Prions pour l'ouvrier qui maudit son labeur; Prions pour le bourgeois qui trouva son bonheur Dans les vins de la table ou les baisers d'alcôve; Pour celui qu'éblouit le reflet de l'or fauve; Pour celui qui ferma son aile à tout essor; Pour la vieillesse lente à se soumettre au sort, La jeunesse fauchée en son efflorescence.
Prions pour tous. Qui sait où trouver l'innocence ?
Quand l'astre où nous vivons sera frappé de mort, 3uand il se brisera comme un verre que mord La tenaille d'acier dans une main grossière; 2uand il ne sera plus, mon Dieu, qu'une poussière, t qu'il aura quitté le glorieux chemin 2u a l'aurore des temps lui traça votre main, ^'homme reparaîtra. Vous voulez qu'il renaisse, /bus le revêtirez d'une chaste jeunesse, }ue votre éternité ne saurait point flétrir. a terre qui servit, hommes, à vous pétrir, >ar le souffle divin sera glorifiée.
Jotre âme gémissante en vous s'est confiée,
Ne la rejetez point loin de vous, ô Dieu fort! Quand l'astre où nous vivons sera frappé de mort.
Où vont, en nous quittant, les âmes que l'on pleure Quel guide les conduit, Dieu grand ? Quelle demeure Peut enchaîner leur vol dans les champs infinis ? Viennent-elles parfois à leurs tombeaux bénis, Voir ce qui reste encore de leur forme première ? Vont-elles écouter, de chaumière en chaumière, Les prières que font pour elles les vivants ? O cimetière saint, sous tes sables mouvants L'ange ému voit germer la vie et l'espérance! O cimetière saint, j'en garde l'assurance, Un jour la voix de Dieu secouera ton sommeil! Au-delà de tes croix je vois luire un soleil, Est-ce l'éternité dont un rayon m 'effleure ?
Où vont, en nous quittant, les âmes que l'on pleure