‹ Les Epis rougesChapitre 3 sur 12 · LA VOIX D'UN SOLDAT · texte numérisé non relu

LA VOIX D'UN SOLDAT

Pas mai que dôu viurmur di broundo, De toun aubado iéu fau cas !

Maitéu m'envau dins la mar bloundo Me faire anguielo de roucas.

O Magalise tu te fas Lou peis de Voundo, Iéu lou pescaire me far ai, Te pescarai !

LE BERGER La vaillance et l'amour sont en moi. Dans la nuit J'entends la liberté qui s'avance... Un feu luit Sourdement... Un soldat se chauffe,.. Une autre étoile

LE PÊCHEUR (à lui-même).

Demain on se battra...

LE BERGER

Contre l'immense toile Des ténèbres, c'est l'horizon à l'infini... Le feu s'éteint... l'homme s'est endormi.

UN SOLDAT (au Pêcheur).

Je me souviens de Charleroi, de la retraite. Que le temps a changé depuis qu'on les arrête Sur la Marne !

LE PÊCHEUR

Devant Paris j'ai combattu.

L'ordre du Chef était : « On ne recule plus Et Von se fait tuer sur place... »

LE BERGER

Cette aurore Que va-t-elle apporter au berger qui l'attend ? Du doute ? de l'espoir ? de la gloire ?,..

Du sang...

LA VOIX DE l'ombre

Du sang,

LE BERGER (^e dressant)

On a parlé !

LA VOIX DE l'ombre Du sang...

LE BERGER

Qui parle encore ?...

Un long frisson secoue la plaine devant moi. Ce cri qui l'a poussé ? Cette voix

Que me veut-elle ?... Un bruit de meurtre et de désastre Déchire une étendue de conquête et d'amour. Qui parle ?... Laissez-moi... Dans la nuit, les vautours Font la patrouille autour des astres.

(Il s'éloigne).

LE PÊCHEUR (au Soldat).

Ce matin j'y pensais, ce soir j'y pense encore. Le mal qui me dévore

Est plus sourd que la mort qui rôde autour du camp. Si tu savais combien elle est belle !...

Du sang, du sang...

Page 1