‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 208 sur 663 · LE RAVISSEMENT AU TROISIÈME CIEL · texte numérisé non relu

LE RAVISSEMENT AU TROISIÈME CIEL

de l'intelligence, il peut advenir aussi que certaines opérations de l'intelligence appellent à elles l'âme tout entière jusqu'à ralentir ou même suspendre l'exercice des fonctions inférieures de l'animation. Que l'action de Dieu se joigne à ce jeu des forces de la vie ; et se produiront tantôt le phénomène de l'extase et tantôt aussi, au cas d'une particulière violence de la main divine, le phénomène du ravissement. Lorsque l'Apôtre dit de ce chrétien : Etait-il dans son corps ? n'y était-il pas ? Je n'en sais rien, Dieu le sait : il veut dire qu'au cours de son ravissement, transporté en Dieu, l'âme étant toute au pôle de l'intelligence, il a perdu toute conscience de la vie physique jusqu'à abolition de la cénesthésie ou sens général du corps (Cf. S. Thomas, Summa Theolog., 2^-2°% q. 175).

Les versets 2, 3 et 4 ne font allusion qu'à une seule et même manifestation divine. Cet homme innommé a été élevé par Dieu au séjour de Dieu même ; et là il a entendu des choses ineffables, qu'il n'est pas permis de redire. L'Apôtre n'en ayant rien dit, il serait téméraire de définir de quoi il fut question entre Dieu et lui. Mais aux termes mêmes employés par saint Paul, il est facile de reconnaître qu'il ne s'agit aucunement de la vision intuitive ; elle n'est suggérée par aucune indication. L'Apôtre entend : audivit ; il entend des paroles : audivit verba ; des paroles multiples, des paroles qu'il a perçues, mais qu'il lui est interdit de redire. La vision faciale n'a jamais été ainsi décrite.

Au nom de cet homme-là, je pourrais me glorifier, poursuit l'Apôtre, en se distinguant, par une figure de diction, de cet anonyme que Dieu a favorisé de la sorte ; mais quand il s'agit de moi, je ne veux me glorifier que de mes infirmités. — Se glorifier de ses infirmités ! cela semble une contradiction ou un paradoxe. Les infirmités et les faiblesses ne sont vraiment pas une matière dont nous puissions tirer gloire. Et pourtant, si nous nous rappelons la doctrine du chapitre premier de la Première aux Corinthiens, et le parti pris du Seigneur de triompher de la sagesse et de la puissance

des hommes par la folie et la faiblesse de la prédication, nous verrons que l'attitude de saint Paul est pleinement conforme à l'économie dé l'Evangile et à son enseignement.

Ce n'est pas, dit l'Apôtre, que je ne puisse, comme d'autres, me glorifier d'avantages extérieurs ; même je pourrais le faire sans folie, puisque je ne dirais que la vérité. Mais je veux me taire sur tout cela, pour ne fournir à aucun l'occasion de m'estimer au delà de ce qu'il sait ou de ce qu'il a entendu sur mon compte. Aussi bien, ce parti pris de réticence, en même temps qu'il est conforme à l'esprit de l'Evan-gile, est en harmonie avec ce que le Seigneur veut de moi. En effet, après m'avoir révélé les secrets de son Evangile, pour m'interdire tout mouvement de superbe, il m'a laissé une épine dans ma chair, un ange de Satan député vers moi pour me souffleter et me ramener à la conscience de ce que je suis. — On voit bien le dessein de Dieu ; mais l'Apôtre a parlé en termes tels qu'on s'est demandé quelle était la nature de son épreuve, et le procédé dont le Seigneur avait usé pour le maintenir dans l'humilité. Le vague de l'expression a prêté à diverses hypothèses : tentations de blasphèmes, remords de sa vie d'autrefois ; Cassien a songé à une tentation de la chair, et a été suivi dans l'Eglise latine ; l'Eglise grecque a cru voir ici l'opposition acharnée qu'a rencontrée l'Apôtre. Il nous semble qu.'il s'agit plutôt d'un malaise ou d'une souffrance physique qui lui imposait ^^un repos forcé, et mettait un frein douloureux et humiliant aux ardeurs de sa puissante nature. Il y a été fait allusion déjà lors de la première expédition apostolique, entreprise de concert avec saint Barnabe. C'est au milieu des accès d'un mal périodique que l'Apôtre, abattu, a demandé par trois fois la cessation de l'épreuve. Sans doute il a fait valoir auprès du Seigneur qu'il ne sollicitait la santé que dans l'intérêt du Seigneur lui-même ; et qu'après tout, c'était la prédication de l'Evangile et l'efficacité du ministère apostolique qui souffraient de son infirmité. Mais le Seigneur ne s'est pas rendu à ce plaidoyer. Non, a-t-il répondu, non, vous n'avez pas besoin de

Page 1