SAINT PAUL A MILET
à lui-même d'être à Jérusalem pour la Pentecôte. Pourtant ne voulant pas négliger Ephèse, sitôt débarqué à Milet, il convoqua auprès de lui les prêtres d'Ephèse, afin de leur faire ses adieux, à la veille d'une longue expédition, qui, de Jérusalem, comme il le pensait, le conduirait vers Rome et l'Espagne.
DISCOURS aux' prêtres D'ÉPHÈSE
^"^ A Mileto auiem mittens Ephesam, vocavit majores natu Ecclesiae. i» Qui cum venissent ad eum, et simul essent, dixit eis : Vos scitis a prima die, qua ingressus sum in Asiam qualiter vobiscum per omne tempas fuerim, i9 serviens Domino cum omni humilitate, et lacrymis, et tentationibus, quae mihi acciderunt ex insidiis Judaeorum : 20 quomodo nihil subtraxerim utilium, quo minus annuntiarem vobis, et docerem vos publiée, et per domos, 21 testificans Judaeis, atque Geniilibus in Deum poenitentiam, et fidem in Dominum nostrum jesum Christum. -^ Et nunc ecce alligatus ego spiritu, vado in Jérusalem : quae in ea ventura sint miM, ignorans : 23 nisi quod Spiritus sanctus per omnes civitates mihi protestatùr, dicens : quoniam vincula, et tribulationes Jerosolymis me manent. 24 Sed nihil horum vereor : nec facio animam meam pretiosiorem quam me, dummodo consummem cursum meam et ministerium verbi, quod accepi a Domino Jesu testificari Evangelium gratiae Dei.
L'aimable historien qui nous a conservé le nom de toutes les villes du littoral où s'arrêta saint Paul, nous a gardé avec un soin égal les termes de ses adieux aux chrétientés ; nous y trouvons la forme des instructions orales de l'Apôtre :
Ce qu'il a été pour les chrétiens (18-21).
Ce qu'il fait maintenant (22-24).
Ses dernières recommandations aux chefs des Eglises (25-35).
Ce qu'il a été depuis son arrivée en Asie, les chrétiens
eux-mêmes peuvent en rendre témoignage. Il a été sans cesse au service de Dieu, dans la douceur et l'humilité, au milieu des larmes et de la souffrance, en butte aux vexations et aux embûches des Juifs, des Juifs trop peu convertis qui le regardent comme un blasphémateur et un ennemi de la loi. Mais il n'a pas pour cela retenu la vérité captive dans l'injustice, il n'a refusé aux fidèles rien de ce qui pouvait leur être utile, leur parlant de l'Evangile en public et en particulier dans leurs maisons, rappelant aux Juifs et aux Gentils le devoir de renoncer à la vie d'autrefois et l'obligation de s'attacher par la foi à Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est tout le résumé de son action apostolique.
Et maintenant il se rend à Jérusalem dans une résolution très arrêtée. Il est captif de sa pensée et de sa décision : comme le Fils de Dieu, il va droit devant lui : secundum quod definitum est vadit. Ce n'est pas qu'il ne pressente fort bien tout ce qu'il devra souffrir. En chaque ville l'Esprit de Dieu l'avertit qu'il marche vers les tribulations et les captivités. Mais il a une œuvre à accomplir et ne saurait s'y dérober. Sa vie même n'a pas de prix à ses yeux, lorsqu'il s'agît pour lui d'achever sa course et d'accomplir l'office qui lui a été confié par le Seigneur, de rendre témoignage à l'Evangile de la grâce de Dieu. Il n'est pas nécessaire de vivre, mais seulement d'accomplir ce que le Seigneur veut de nous.
25 Et nunc ecce ego scio quia ampliiis non videbitis jaciem meam vos omnes, per quos transivi praedicans regnum Deî. 26 Quapropter contestor vos hodierna die, quia mundus sum a sanguine omnium. ^'^ Non enim subterfugi, quominus annuntiarem omne consilium Dei vobis. 28 Attendue vobis, et universo gregi, in quo vos Spiritus sanctus posuit épiscopos regere Ecclesiam Dei, quam acquisivit sanguine suo. 29 Ego scio quoniam intrabunt post discessionem meam lupi rapaces in vos, non parcentes gregi. so Et ex vobis ipsis exsurgent viri loquentes perversa, ut abducant discipulos post se. ^\Proptér quod vigilate, memorià retinentes quoniam per
PRÉVISIONS POUR l'avenir 11
îriennium nocte et die non cessavi, cum tacryniis monens unamqaemque vestrum. ^^ Et nunc commendo vos Deo, et verbo gratiae ipsius, qui potens est aedificare, et dare hereditatem in sanctificatis omnibus. 33 Argentum, et aurum, aut vestem nullius concupivi, sicut 34 ipsi scitis : quoniam ad ea, quae mihi opus erant, et his, qui mecum sunt, minis-^ îraverunt manus istae. 35 Gmnia ostendi vobis, quoniam sic îaborantes, oportet suscipere infirmos, ac meminisse verbi Domini Jesu, quoniam ipse dixit : Beatius est magis dare, quam accipere.
Puisqu'il s'éloigne pour un lointain apostolat et que, selon les probabilités humaines, l'Asie ne le reverra plus, il faut prévoir l'avenir.
L'Apôtre a devant lui les chefs des communautés religieuses de Milet et d'Ephèse. Nous n'avons cessé de le voir, les chrétientés étaient gouvernées, il existait parmi elles une autorité. Elle résidait dans le presbyterium, dans le groupe de ceux que l'Apôtre appelle ici tantôt les prêtres (v. 17), tantôt les évêques (v. 28). A l'origine les Apôtres, à raison de leur titre, exerçaient une autorité souveraine sur les Eglises, saint Paul en particulier les embrassait toutes dans sa sollicitude : l'organisation définitive de la hiérarchie sacrée et l'épiscopat unitaire, comme on dit aujourd'hui> n'a pas été de la première heure. Mais lorsque l'autorité apostolique, clef de voûte de l'Eglise, se retire et va s'exercer au loin, la responsabilité des prêtres ou évêques s'accroît de cet éloignement ; la charge, n'étant plus partagée, retombe sur leurs seules épaules. Cette situation nouvelle suggère à l'Apôtre des avertissements plus graves : Je sais, dit-il, que vous ne me reverrez plus, vous tous à qui j'ai annoncé la parole de Dieu. — Dieu devait démentir ce pronostic et permettre à saint Paul, longtemps après, de visiter encore ses chrétientés orientales ; mais les conseils qu'il croyait les derniers ne conservent pas moins leur solennelle opportunité : Aujourd'hui que j'ai accompli auprès de vous, vous m'en êtes les témoins,
mon devoir d'apôtre, vous ayant enseigné toute vérité, je suis innocent du sang de tous. Si les âmes se perdent, ce ne sera pas la faute de celui qui ne s'est pas épargné pour les sauver. A vous maintenant de veiller sur vous-mêmes et sur le troupeau que le Seigneur a commis à votre garde ; à vous de paître, c'est-à-dire d'enseigner et de régir l'Eglise qu'il s'est acquise au prix de son sang.
La responsabilité est haute et les difficultés ne manqueront pas. Après mon départ viendront des loups ravisseurs, les ennemis du troupeau : judaïsants, ébionites, gnostiques, hérétiques de toute couleur ; il en viendra de l'extérieur, il en viendra du milieu de vous. Oui, de votre propre sein surgiront des docteurs pervers, à la parole confuse et décevante, qui entraîneront des disciples à leur suite. Veillez, rappelez-vous la doctrine que j'ai enseignée à chacun de vous, jour et nuit, au cours de trois ans, au milieu de tant dé larmes. Aujourd'hui je n'ai plus qu'une chose à faire, c'est en vous quittant de vous confier à Dieu, et, ma parole ne devant plus dorénavant se faire entendre de vous, de vous remettre à la parole de sa grâce, c'est-à-dire à la direction surnaturelle qu'elle donnera à vos cœurs ; cette parole intérieure, écoutée par vous, vous guidera et assurera votre place définitive parmi les saints de Dieu.
Je n'ai rien aimé que vos âmes ; je n'ai désiré recevoir d'aucun ni de l'or, ni de l'argent, ni des vêtements : vous savez bien que c'est le travail de mes mains qui a suffi à l'entretien de moi et des miens. Non que j'eusse une défiance; votre affection m'eût secouru avec empressement. Mais je devais laisser aux Eglises et à vous-mêmes cet exemple de trouver dans votre^travail le moyen de gagner votre vie et de venir au secours des pauvres. C'était aussi vous faire souvenir de la parole du Seigneur : «Jl ^s^ plus heureux et pFus doux de donner que de recevoir. » — Cette parole du Seigneur, que les Evangélistes ne nous ont pas conservée, a peut-être été prononcée pour féliciter Zachée de sa générosité.