‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 479 sur 663 · DÉVOUEMENT ET RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

DÉVOUEMENT ET RECONNAISSANCE

pouvoir supposer que le bienfait avait un caractère périodique et régulier. Il les remercie donc dans une joie surnaturelle comme est surnaturel le bienfait lui-même. Les Philippiens ont témoigné ainsi de leur affectueux intérêt pour l'Apôtre ; mot à mot : Vous avez fait pousser de nouveaux rejetons à votre intérêt pour moi, quoique un peu tard. Ce tandem aliqaando pouvait sembler un reproche ; aussi saint Paul ajoutet-il aussitôt : Je savais bien que votre charité n'était pas refroidie, mais vous étiez empêchés.

Ce qui justifiait, aux yeux de l'Apôtre, l'aimable exception à la règle qu'il s'était imposée (I Cor., IX, 18 ; II Cor., XI, 7-13 et XII, 13), c'était la condition de la communauté chrétienne de Philippes. Elle était simple, humble, aimante, nullement tentée de regarder le secours matériel offert par elle comme une équivalence des biens spirituels apportés par saint Paul, très éloignée d'attenter au ministère de l'Apôtre, au titre des ressources matérielles qu'elle lui faisait parvenir. Ceux qui donnent se considèrent comme les maîtres, et ceux qui reçoivent se regardent comme obligés. Le ministère évangélique est exposé à perdre quelque chose de sa liberté lorsqu'il émarge à n'importe quel budget. Et pourtant l'Apôtre devait soutenir sa vie, et payer son loyer (in suo conducto, Act., XXVIII, 30) : il est facile de voir, dans les termes mêmes de son remercîment, que parfois il était à court de ressourcés.

Les Phîlippiens lui étaient toujours dévoués, mais des circonstances inconnues de nous avaient sans doute retardé l'envoi de la somme recueillie : occupati autem eratis, l'opportunité avait manqué. Ce n'est pas, ajoute-t-il, que mon remercîment me soit dicté par le plaisir naturel d'avoir échappé à la détresse, grâce à vous ; non : la vie, l'expérience, mon ministère m'ont appris bien des choses, et en particulier celle-ci : me suffire de mon mieux, et me prêter aux circonstances. Je sais vivre dans le besoin. Je sais aussi être à l'aise «t profiter de ce que Dieu me donne : c'est une leçon, une anitiation pratique que j'ai reçue en chaque circonstance et à

toutes les heures de ma vie. Avoir à manger, ou n'avoir pas à manger, abonder ou manquer de tout, rien de tout cela n'a plus pour moi de surprise, ni n'est de nature à m'étonner. Je puis tout en celui qui me fortifie.

Et pourtant ce désintéressement apostolique ne l'empêche ni d'être reconnaissant, ni d'apprécier l'opportunité du bienfait. Néanmoins, poursuit-il, il a été très aimable à vous de secourir ma pauvreté. Vous savez bien, tous, qu'après vous avoir apporté l'Evangile, et au cours de ma deuxième expédition apostolique, une fois sorti de la Macédoine, je n'ai été en rapport avec aucune communauté pour une question d'argent ou d'aide matérielle. Je n'ai consenti à recevoir que de vos mains, une fois, et deux fois même à Thessalonique, alors que j'étais encore en Macédoine. Si je rappelle ainsi les largesses précédentes, et si je remercie de celles d'aujourd'hui, c'est moins. Chez moi, le plaisir d'avoir reçu, que la joie de voir votre récompense s'accroître à chacune des expressions nouvelles de votre charité. Dieu, en effet, inscrit à votre compte tout ce que vous me donnez. Désormais j'ai grande abondance de tout, je suis comblé ; votre envoyé, Epaphroditè, a remis entre mes mains l'offrande de votre charité, le parfum délicat de votre générosité, le sacrifice agréé de Dieu.

La charité des Philippiens ne demeurera pas sans récompense. Ce sera Dieu lui-même qui soldera les dettes de l'Apôtre, et dans son infinie richesse, comblera les Philippiens de toute bénédiction et de toute gloire dans le Christ Jésus. En échange d'une aumône matérielle, il leur donnera toute prospérité surnaturelle.

Gloire soit à Dieu le Père, dans les siècles des siècles. Amen.

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