‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 601 sur 663 · LA MISÉRICORDE DIVINE · texte numérisé non relu

LA MISÉRICORDE DIVINE

sécuter, insulter. Pourtant, le Seigneur lui a fait miséricorde et a pardonné à ce qui, chez Saul, était ignorance et passion, illusion et incrédulité. Dans l'emportement et l'ivresse de sa pensée, en proie à une illusion violente, il s'est élevé contre Dieu. Il a donc passé par l'illusion. Mais l'illusion, où l'âme se laisse décevoir par des lueurs de vérités, est pardonnable ; à condition toutefois de la reconnaître, d'en sortir, de la regretter, de la réparer comme fait ici l'Apôtre. Trente ans se sont écoulés depuis sa conversion, trente ans de travaux et de souffrances. Mais il n'importe : tout le détail de son erreur lui demeure encore présent : blasphémas, persecutor, contumeliosus. Même, s'il en est sorti, c'est à Dieu seul qu'il en fait remonter le bienfait : misericordlam consecutus sum. Dieu a triomphé de lui. La grâce de Dieu, la charité et la foi qui naissent de la grâce ont monté plus haut que son incrédulité et l'ont conquis à l'Evangile, de haute lutte. L'Apôtre n'est plus maintenant que le trophée de Dieu (II Cor., II, 14-15) : le Seigneur qui l'a remporté le promène par le monde, afin de ménager au monde une grande leçon.

Cette leçon, la voici. Il est une chose vraie, digne d'être accueillie par toute intelligence (I, 15 ; III, 1 ; IV, 9), c'est que le Seigneur Jésus est venu en ce monde pour sauver les pécheurs, desquels je suis tout le premier. Reconnaissons ici le motif magnifique qui a déterminé l'Apôtre à parler de lui. Celui qui était le plus coupable a obtenu miséricorde. N'est-il pas vrai, dit l'Apôtre, que le Seigneur est venu pour les pécheurs ? Il est donc plus venu pour ceux qui ont plus péché. Dans une plus grande indignité, il a montré davantage la générosité de son amour, la magnificence de sa miséricorde. Ce qui a déterminé Dieu à épuiser les trésors de son pardon, c'a été l'infinie pauvreté de celui vers qui il s'est incliné miséricordieusement. De cette prédilection de Dieu pour l'extrême misère, il ne faut pas demander raison à Dieu : elle tient à lui, à son être, à son caractère, à cette tendresse première qui est lui. Néanmoins, l'Apôtre reconnaît que pardonner ainsi à l'extrême misère a été aux mains de Dieu le sur moyen d'in-

spirer confiance aux plus grands pécheurs. Si Paul a obtenu miséricorde, ils l'obtiendront, eux aussi, de la même bonté,. à la seule condition de s'appuyer eux aussi sur le Seigneur,, par la foi, pour obtenir enfin, comme prix de leur union au Seigneur, Ja vie éternelle.

Après cela, il n'y a plus de place que pour une doxologie, un hymne de reconnaissance adressé au Père, au roi de l'Eternité, au roi de tous les fidèles, toujours jeune et sans rides, invisible, seul Dieu. A lui, soit honneur et gloire à jamais !

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