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XV. Critique du texte

* Indépendamment du devoir général qui incombe à tout éditeur de dresser un texte critique et rétablir partout la « bonne le-

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çon », les édi tours du Roland se sont trouvés èn présence de trois difficultés :

1° Le plus ancien manuscrit, celui d’Oxford, présente des lacunes évidentes : il s’agit de les combler ;

2° Ce même texte renferme, selon plus d’un érudit, certaines intercalations ou additions qu’il convient peut-être de supprimer;

3° Ce manuscrit enfin est l’œuvre d’un scribe anglo-normand qui l'a écrit selon les habitudes de son propre parler. 11 importe de savoir si telle est vraiment la langue de la chanson originelle et, dans le cas contraire, de ramener ce texte corrompu à son dialecte primordial.

Ces trois difficultés ont été abordées, sinon résolues, dans une série de travaux qu’il est utile de connaître.

Indépendamment de la « bonne leçon » que la plupart des éditeurs ont essayé de rétablir (témoin les éditions de T. Millier, de C. Hoffmann, d’E. Bœlimer, de L. Gautier, de G. Paris, etc.), plusieurs romanistes se sont attachés à combler les lacunes du texte d’Oxford en s’aidant du manuscrit IV de Venise et de ces remaniements qui sont connus sous le nom de Roncevaux, etc.

C’est ce qu’ont, tenté de faire T. Miiller qui a signalé ces additions dans ses notes et L. Gautier qui les a introduites dans le corps même de son texte.

Certains traducteurs (Jônain, d’Avril) ont, par une sorte de coup d’Etat, supprimé l’épisode de Baligant.

11 est enfin des éditeurs qui n'ont pas reculé devant la restitution hypothétique et malaisée, de la langue du poème original. Tels ont été notamment L. Gautier et G. Paris. Ces deux éditeurs ne se sont point, d'ailleurs, placés au même point de vue : l’un d’eux, G. Paris, s’est proposé de ramener le dialecte du manuscrit d’Oxford à ce parler qu’il appelle le francien; l’autre, L. Gautier, s’est donné pour but de le ramener au dialecte normand.

On consultera donc — sur les lacunes du texte d’Oxford et les efforts qu’on a faits pour les combler — les 2e et 3° éditions de T. Miiller (Gœttingue, 1863 et 1878, in-8o) et, dans la 7° édition de L. Gautier (Tours, 1880, in-18, pp. 408-448), les Notes pour rétablissement du texte. — Sur l’épisode de Baligant, en particulier, on se reportera utilement aux ouvrages suivants :

2359 Scholle (Franz). Die Raligantsepisode, ein Einschub in das Oxforder Rolandslied.

L’épisode de Baligant faisait-il ou non partie de la rédaction primitive du Roland? N’a-t-il pas été ajouté tardivement à la version du texte d’Oxford? M. Scholle est de ce dernier avis.

2360 Dœnges (Emil). Die Raligantsepisode im Rolandsliede. — Marbourg, 1879, in-8°.

2361 Pakscher (A.). Zur Kritik und Geschichte des altfranzôsischen Rolandsliedes. — Berlin, 1885, in-8°.

« La Chanson de Roland a subi la révision d’un clerc qui en a beaucoup accentué le caractère religieux. Le Baliganlsepisode, également l’œuvre d’un clerc, était encore étranger au poème en des rédactions assez récentes. — Etude du personnage de Bramimonde.— Rapports çntre le Mainet et le Baligant. — L’auteur accepte l’opinion de G. Paris sur le rôle du Turpin et du Carmen de prodicione Guenonis ; mais c’est à l’épisode de Baligant qu'est consacrée la plus grande partie du travail de M. Pakscher. » ( Romania , XIV, 1885, pp. 316 et 591-598.)

2362 Paris (Gaston). La littérature française au moyen âge. — Paris, 2e édition, 1890, in-18.

« Le grand épisode où Baligant, chef suprême des païens, intervient pour venger Marsile et est vaincu, h son tour, par Charlemagne, a très probablement été incorporé plus tard à la rédaction du Roland qui est représentée par le manuscrit d’Oxford »(p. 58).

2363 Paris (Gaston). Extraits de la Chanson de Roland , 3e et 4e éditions.— Paris, 1892 et 1893. Introduction, pp. xxt-xxn.

G. Paris suppose l’existence d’un poème indépendant, intitulé Baligant, qui aurait été soudé plus ou moins adroitement avec le Roland d’Oxford.

* En ce qui touche enfin à la restitution du dialecte originel, on pourra se référer notamment (sans négliger les autres éditions) aux deux œuvres suivantes :

2364 Gautier (Léon). La Chanson de Roland, 7e édition (édition classique). — Tours, 1880.

« Nous nous sommes proposé de ramener la Chanson de Roland à la pureté du dialecte

ROLAND

normand ou, en d’autres termes (comme nous J’a écrit Theodor Millier), «de restituer la Chanson de Roland normande, si misérablement défigurée sous la recension anglonormande du manuscrit d’Oxford >> (p. 407).

2305 Paris (Gaston). Extraits de la Chanson de Roland, 4» édition. — Paris, 1893, in-18, pp. iv et v.

« J’ai ramené les formes, autant que possible (l’assonance m’en a quelquefois empêché), à celles du francien, de manière que tout mot apparût clairement comme intermédiaire entre le latin et le français moderne. Ce procédé n’est justifiable que par la destination du livre où je l’emploie, qui s’adresse aux commençants : je puis invoquer pour me couvrir l’illustre exemple de Cobet, qui, dans un Recueil de morceaux grecs choisis destiné aux commençants, a ramené toutes les formes des textes dont il donnait des extraits à celles du dialecte attique. » Il convient d’ajouter avec Ad. Horning, qu’il faut entendre ici par dialecte francien « celui de l’Ile de France, celui-là même qui est devenu le français littéraire ».

* Tous ces travaux sur le texte du Roland ont été jugés, encouragés ou rectifiés en des articles critiques dont l’utilité n’a pas besoin d’être mise en lumière.

2366 Paris (Gaston). Romania, t. II, 1872, pp. 97-103, etc. (Critique des premières éditions de L. Gautier et de celle de Bœhmer, etc.).

2367 Fœrster (Wendelin). Zeitschrift far romanische Philologie, t. II, 1878, pp. 162-189. (Observations sur la seconde édition de T. Muller. Etc., etc.)

* La comparaison des différentes rédactions du Roland (qui constitue en réalité la meilleure préparation à une édition critique) a donné lieu, d’autre part, aux Dissertations suivantes :

2368 Ottman (Hugo). Die stellung von V4m der Ueberlieferung des altfranzôsischen Rolandslied.es : eine textkritische Untersuchung. — Marbourg, 1879, in-8®.

L’auteur regarde le manuscrit V* comme provenant au moins de deux manuscrits (Romania, IX, 1880, p. 176).

2369 Perschmann (Hermann). Die Stellung von O in der Ueberlieferung des altfranzôsischen Rolandsliedes : eine text-

fcritische Untersuchung. — Marbourg, 1880, in-8°.

Cf. Ausgaben und Abhandlungen, t. III,

2370 Scholle (Franz). Das Verhæltniss der verschiedenen Ueberlief erungen des ait franzôsischen Rolandsliedes zu Einander.

Zeitschrift für romanische Philologie, t. IV, 1880, pp. 7-34.

2371 Scholle (Franz). Zur Kritik des Rolandsliedes, in Zeitschrift für romanische Philologie, t. IV, 1881, pp. 195 et ss.

« L’auteur essaie de prouver que le poème a été longtemps conservé par la tradition orale avant d’être écrit, et que les différentes rédactions que nous en avons présentent elles-mêmes beaucoup de variantes dues à l'intervention des jongleurs, et non pas seulement aux copistes ( Romania , t. X, 299). Nous nous rallions volontiers à cette opinion.

* De petites questions complémentaires ont pu s’élever au sujet du texte du Roland : telle est celle qui a pour objet le sens de Faoi qui se lit à la fin de chacun des couplets de notre vieux poème. Seelmann a donné (1. c., p. 73) l’indication de tous les travaux et le tableau de toutes les opinions sur cette notation qui n’est pas encore suffisamment comprise :

Le savant bibliographe a cependant oublié notre Erratum du tome II des Épopées françaises (2e édition, p. 805) où nous avons écrit ce qui suit : « Le mot aoi ne peut être expliqué que comme une interjection analogue à notre ohé. Ahoy est encore en usage dans la marine anglaise : « Doat ahoy , entendait-on héler d’une masse obscure qui se dessinait confusément à l'avant. C’était le vaisseau amiral anglais. Puis, retentissait un accord parfait : Hodu canot!» ( Une station sur les côtes d’ Amérique, dans la Revue des Deux- Mondes, 1862, t. IV, p. 877.) Le mot, qui se trouve dans les dictionnaires anglais, n’est plus employé que dans un sens très restreint. »

* Wendelin Fœrster nous promet nne édition critique à laquelle il est préparé mieux que personne par ses publications antérieures et dont il a déjà libellé le titre : Das altfranzôsische Rolandslied kritischer Text, mit Anmerkungen und vollstandigem Wôrterbuch.

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