‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 106 sur 129 · QUELQUES PLANS DES PENSÉES · texte numérisé non relu

QUELQUES PLANS DES PENSÉES

Est-il possible de retrouver le plan des Pensées ? C'est ce que bien des critiques et des éditeurs se sont demandé depuis la première publication. Je ne le crois point * : s'il me paraît qu'on peut raisonnablement se flatter de restituer dans ses grandes lignes le dessein général de Pascal, il ne me fîemble pas qu'on puisse avec sûreté classer les fragments qu'il nous a laissés dans l'ordre qu'il leur eût donné. Beau-

1. J'éuuméreiai seulement les raisons qu'invoque avec tant de fnice M. Brunetièrc {Etudes critiques, 1" série : le Problème des pensées de Pascal^ et 2" série : De quelques travaux récents sur Pascal) contre une pareille tentative : 1° Port-Royal, qui connaissait intimement les idées de Pascal, qui l'avait entendu lui-même exposer son prni'rt et le but de son livre, qui possédait tous les textes et les documents que nous avons conservés et d'autres que nous avons perdus. Port-Royal a d'abord tenté de restituer le plan de V Apologie^ et s'est vu obligé d'y renoncer. — 2** Les sources extérieures dont nous pourrions nous servir : l'exposé de M"*' Périer dans la Vie de Pascal ^eeXm de Filleau de la Chaise dans le Discours sur les pensées de M. Pascal^ le résumé d'Etienne Périer dans sa Préface, Y Enl retien arec M. de Saci, qui, selon Havet, est la clef des Pensées, ces sources ne sont pas d'accord et ne paraissent pas même pouvoir se concilier. — 3" Les indications disséminées dans les Pensées ne s'accordent pas non plus toujours entre elles ; beaucoup font allusion à des parties, à des chapitres dont il ne reste rien : ce* qui semble bien prouver que dans l'esprit de Pascal, le plan définitif n'était nullement arrêté. — 4' Ce plan efit-il été arrêté et nous lût-il connu, que nous ne saurions en toute sûreté, ni choisir cniro plusieurs variantes la leçon détinitive, ni faire leur place

coup pourtant Tout tenté : Frantin (1835), Faugère (1844), Aslié (1857), Rocher (1873), Molinier (1877), Guthlin (1896), etc. ; et leur nombre même semble prouver la difficulté sinon l'impossibilité de la tâche. Ces efforts pourtant ne sont pas inutiles ; ils ne nous rendent pas le livre de Pascal, mais chacune de ces expositions ou de ces éditions, offrant une conception nouvelle des Pensées, en présente comme un commentaire succinct. C'est pourquoi il me paraît bon de donner ici quelques-uns de ces plans, d'après les sources et les principaux éditeurs ou critiques.

aux pensées rayées par Pascal lui-même, ni rattacher aux chapitres auxquels elles se rapportent les citations qu'il avait notées : quanrl bien même nous aurions pu relever les murs du monument, nous n'en retrouverions pas la distribution intérieure et nous n'oserions pas « le débarrasser seulement de ses échafaudages, crainte qu'il ne croule».

A ces raisons si démonstratives, j'ajouterai seulement une constatation (le fait. Les diverses éditions qui ont prétendu restituer VApolof/ie^ diffèi-ent entre elles, non seulement dans les petits détails, mais même dans les grandes lignes : un catholique comme le chanoine Hocher voit dans les Pensées un ouvrage d'apologétifiue catholique; un protestant comme Astié les tire à lui et au protestantisme ; un « rationaliste » comme M. Molinier estime au contraire que la partie qui « roule sur des questions obscures de théologie ou d'histoire religieuse » reste « infiniment au-dessous » de l'autre. N'est-il pas évident qu'en lisant les Pensées ordonnées d'après ces idées préconçues, nous ne lisons plus Pascal : à chaque fois c'est du nouveau, puisque la «disposition des matières est nouvelle ».

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