Voyez les conférences sur le Cid eiRodogune
ANDROMAQUE. il3
précieuses, ou de faire parler quelquefois son Pyrrhus, son Xipharès ou son Hippolyte comme des « courtisans français >. Car pourquoi refuser aux belles dames de son temps le plaisir délicat de se retrouver, de se reconnaître, et comme de se mirer, dans son Andromaque, dans son Ataiide, ou dans son Aricie? C'est qu'aussi bien il n'ignore pas qu'en dépit de ce gaulois de Molière, et de ce vieux garçon de Boileau, les précieuses, Mesdames et Messieurs, n'ont pas toujours eu tort. Nous leur devons d'excellentes leçons de langage, de goût, de savoir-vivre, et presque de morale. Qui niera que Madelon, la Madelon des Précieuses, ait raison quand elle dit que, dans les conversations d'amour, même les plus honnêtes, « on ne débute pas d'abord par le mariage »? Et si la conversation est moins honnête, alors, n'est-ce pas alors que, pour se faire entendre, on a besoin de toutes les ressources du madrigal, et de la métaphore, et de la périphrase? Telle était du moins, cent ans encore après Racine, l'opinion d'un savant grammairien, qui, dans son Traité des tropes, énumérant les principaux usages de la métaphore, nous apprend qu'elle sert : c sixièmement, à traduire ou à déguiser ce que la pudeur et la politesse nous interdisent de nommer par son nom. > Le langage le plus cynique n'est pas toujours le plus naturel; quoi qu'on en ait pu dire; et la nature ellemême n'est pas toujours d'accord avec les exigences de la vie sociale.
Élégance et politesse, conformité judicieuse aux règles, emploi de l'histoire dans le drame, Racine, vous le voyez, ne néglige rien de ce que réclament de lui les mœurs de son temps, les prétentions des théoriciens, ou le respect qu'il doit aux exemples de ses devanciers; -- et ceci, disons-le, c'est ce que l'on appelle du nom même de conscience ou de probité littéraire; ~ mais
voici, Messieurs, ce qu'il y ajoute, et qu'autant qu'à! lui-même il emprunte à l'atmosphère des idées de son^ temps. \