‹ Les époques du théatre français, 1636-1850Chapitre 25 sur 65 · ISABELLE · texte numérisé non relu

ISABELLE

Il est vrai! C'est pour moi le bonheur le plus doux.

GÉRONTE

Vous êtes inquiète î

LISETTE

O la grande merveille Qu'une fille à vingt ans ait la puce à l'oreille!

GÉRONTE

Pourquoi me réponds tu? je ne te parle pas.

LISETTE

Je me réponds à moi.

GÉRONTE

Réponds-toi donc tout bas....

J'abrège la citation, et vous avez encore reconnu le modèle. C'était là de ces « effets sûrs », dont nos pères ne

se choquaient point, si même on ne doit dire que, dans : la déférence avec laquelle on les reproduisait, ils voyaient j un hommage au maître qui les avait trouvés ou déve- \ loppés le premier.... I

Vous le voyez, Messieurs, si on le voulait, rien ne ' serait plus facile que de ramener ainsi trente ou qua-^ rante années de l'histoire de la comédie française à , l'unique inspiration de Molière; et, sans doute, si nous.: le faisions, nous n'aurions pas complètement tort. Car | jamais homme, en vérité. n"a pesé sur ses successeurs ! d'un poids plus considérable, plus lourd, et plus diffi- i cile à secouer que Molière, si ce n'est peut-être, de nosj jours. Balzac sur les romanciers qui l'ont suivi. Allons plus loin 1 nous le pouvons ; et disons qu'après cinquante ; ans écoulés bientôt, de même qu'un bon roman est celui . qui se rapproche le plus du roman de Balzac, — d'Eu- j génie Grandet ou d'un Ménage de Garçon, — à la seule con- • dition d'être un peu mieux écrite de même en France, i une bonne comédie, fût-elle de Labiche oud'Augier, sera ■ toujours celle qui nous rappellera le plus la comédie \ de Molière; et nous ne la louerons peut-être jamais; mieux qu'en montrant comment, par où, par quels mérites, et au besoin par quels défauts, elle rappelle j celle de Molière -. 1

1. J'éprouve toujours quelque gêne, sinon quelque remords, à parler ainsi du « style » de Balzac; et cependant je ne puis le ; nier, s'il y a un art de « bien écrire », il écrit mal. Mais s'il écri- , vait mieux, je veux dire plus correctement, plus simplement,^ moins prétentieusement — d'un style qui fît moins TefTet, selon; le mot de Sainte-Beuve, « d'être brisé comme le corps d'un ■ mime asiatique •, — serait-il Balzac, le peintre de la Comédie\ humaine et le génie même du roman de mœurs contemporain?: C'est une question qu'en passant je soumets à ceux qui savent^ combien de fois, et avec combien d'apparence de raison, on a reproché aussi leur • mauvais style » à Molière et à Saint-) Simon, ces deux grands peintres de la vie. \

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