CHIMÈNE
Quoi! du sang de mon père en cor toute trempée!
RODRIGCE
Plongc-la dans le mien.
Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien.
Il n'avait point ici la tiare à la tête
Comme aux jours solennels de notre grande fête.
Ses propos dès l'abord ont été des injures
A la fin j'ai levé le bras pour le frapper; Mais pensant de la main repousser cet outrage Je n'ai trouvé que l'air au lieu de son visage. Vrjilà quel est mon songe !
Même coupe, vous le voyez, et presque mêmes mots; et combien d'autres exemples ne pourrais-je pas citer, si je ne craignais de vous en fatiguer * !
Mais, puisque la nouveauté du Cid n'est ainsi ni dans le choix ni dans la nature du sujet, ni dans la disposition de l'intrigue, ni dans la facture du vers, — et bien moins encore, assurément, dans l'observation des « règles », — où dirons-nous donc qu'elle soit? A la question posée en ces termes on peut, je crois, répondre d'un seul mot. La nouveauté du Cid consiste essentiellement en ceci que, de romanesque, ou, si je puis ainsi parler, d'aventurière qu'elle avait été jusqu'alors, Corneille y a rendu la tragédie vraiment tragique pour la première fois. Comment cela? De trois manières, ou par trois moyens, qu'il nous faut essayer maintenant de préciser.