Les cAtes de hauteur sont au nombre de huit mille
Il est encore un autre point sur lequel je dois appeler l'attention de mes lecteurs, c'est la division, pour la légende de ma grande Carte géologique , en trois séries parallèles que j'ai établies pour les roches et pour les terrains, et Timpossibilité où nous sommes de limiter nettement ce que la nature elle-même a souvent confondu. Ainsi , quand nous établissons une division pour y placer, par ordre d'ancienneté, les terrains sédimentaires formés par Faction mécanique des eaux , nous ne pouvons pas empêcher quelque action chimique de s'être révélée en même temps et d'avoir contribué à cette même formation.
De même , les réactions métamorphiques , l'action des eaui minérales, etc., sont souvent liées par l'époque aux injections plutoniques et aux émissions volcaniques. Je n'ai pas cm non plus devoir séparer les roches plutoniques des roche» volcaniques. Il n'y a là qu'une question d'antériorité entre ces deux séries; l'une empiète sur l'autre, et il m'a para plus naturel de les réunir et de les disposer en une seule série, dont le premier terme est le granité le plus ancien, et le dernier la lave la plus moderne.
Des dessins nombreux, pris par moi-même sur les pointa les plus intéressants de la contrée , retouchés et lithographies par des artistes habiles, donneront une idée plus nette des curieux paysages de l'Auvergne. On y reconnaîtra avec intérêt l'influence de la nature des roches et des phénomènes volcaniques, sur les caractères des sites et sur leur originalité.
On comprendra sans peine, qu'avant d'entreprendre la
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ticbe longae et difHeile que je. termiDe aujourd'hui, j'ai longtemps réfléchi k Tarrangement que je devais adopter dans la rédaction de ce travail.
Les géologues ne sont pas d'accord sur Tordre à suivre dans la description des terrains. Les uns commencent par les plus anciens et arrivent successivement aux terrains les plus modernes; c'est Tordre logique» c'est la série chrono^ logique qui paratt la plus naturelle. D'autres, au contraire, décrivent d'abord les terrains qui se forment sous nos yeux, pois, remontant la série des âges, ils s'occupent de ceux qui les ont précédés , et parviennent ainsi , aussi loin que possible, dans Thistoire du globe.
Cette série renversée a ses avantages ; des géologues éminents l'ont adoptée ; Tétude des phénomènes actuels facilite singulièrement l'explication de ceux qui se sont passés aux époques antérieures ; mais si cet ordre a ses avantages dans un ouvrage élémentaire, il ne peut être accepté dans une description locale. Que dirait-on d'un historien qui commencerait une histoire de France par le règne contemporain et qui remonterait ainsi à Pharamond ? Ou d*un architecte qui voudrait poser le toit d'un édifice avant d'avoir construit ses murs et assuré ses fondations?
Je ne pouvais donc suivre que Tordre chronologique , et quoique la succession réelle des terrains et de leurs modifications ultérieures soit très-difficile à déterminer d'une manière exacte, les difficultés ne sont pas plus grandes en suivant Tordre des temps qu'en le renversant et en marchant en arrière.
J'ai donc partagé tous les phénomènes géologiques dont le plateau central de la France a été le théâtre , en grandes
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époques subdivisées en périodes , et « comme la nature ne divise pas nettement ses œuvres comme les chapitres de nos livres 9 j*ai eu soin d'indiquer et le parallélisme de certaines formations et Tempiétement des unes su** les autres » et la récurrence de certaines roches à des époques distinctes. Il D*y a de brusque dans la nature que les actions intérieures du globe» les secouhses, les tremblements de terre, les soulèvements 9 en un mot , toutes les fractures instantanées de l'écorce ; les dépAts chimiques et sédimentaires , les actions métamorphiques, les phénomènes dépendant de la vie, tout 8*e8t passé avec lenteur, sans interruption brusque, et forme une longue période continue.
On pourrait au besoin considérer Tensemble des phénomènes neptuniens comme une longue série qui n'aurait éprouvé aucune interruption , si , de temps en temps , la réaction de I intérieur du globe sur la croûte extérieure n'était venue interrompre ou saccader ces dépôts.
C*est donc Tordre de succession que j'ai tenté de suivre exactement , recherchant Thistoire de Tlle centrale dès le commencement de Teiistence de l'Europe , et suivant les phases de son développement , de sa jonction avec d'autres contrées » et de toutes ces modifications qu'elle a éprouvées et qu'elle subit encore des causes actuelles.
Je ne me suis pas dissimulé le grave inconvénient d'étudier le plateau central dans ses époques successives de formation, au lieu d'adopter des séries d'itinéraires qui auraient mis immédiatement sous les yeui du lecteur les faits géologiques de chaque canton. L'étude pratique du centre de la France eût gagné à ce dernier mode d'arrangement , les considérations philosophiques sur cette intéressante contrée
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y eussent perda. J'ai tâché de suppléer aux inconvénients de Tordre adopté par des tables détaillées placées à la fin da cinquième volume , et au moyen desquelles chacun pourra tracer Titinéraire qu'il se propose de suivre , et trouver les substances minérales dont il désire connaître le gisement.
L'ordre chronologique que j'ai suivi dans la distribution de nos époques n'appartient qu'à l'Auvergne. Je ne l'applique qu'à cette contrée ; car s'il me paratt certain , par exemple, que les granités du plateau central de la France sont plus anciens que les calcaires jurassiques qui l'entourent et que les terrains de sédiment supérieurs qui en comblent les dépressions , je ne veux pas prétendre qu'il n'existe pas sur d'autres points de la terre des granités plus modernes que ces derniers terrains.
Le parallélisme de certaines roches ptutoniques et de certaines couches fossilifères est pour moi un fait démontré , et je prie de ne pas étendre mes conclusions au delà des limites territoriales que je me suis imposées. Mais tout en m'attachant à décrire avec tous leurs détails les faits géologiques du plateau central de la France , je n'ai pu m*astreindre à rester , d'une manière rigoureuse , dans les limites que je me suis tracées. Les phénomènes géologiques se sont ordinairement reproduits sur des points très-éloignés , et l'étude d'un lieu quelconque se rattache à celle de régions souvent lointaines. Je suis donc forcé de m'écarter quelquefois de mon sujet , pour y rentrer plus sûrement ensuite « avec moins de chance de m'égarer. Je suis l'exemple des historiens qui ne peuvent raconter les événements qui se sont passés dans une circonscription limitée , qu'en les rattachant
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à l'histoire générale des peuples , et en allant chercher, quelquefois bien loin , les causes qui les ont fait surgir , et les circonstances qui les ont accompagnées.
J'ai cherché dans les théories et quelquefois dans les hypothèses t les moyens de relier mes nombreuses observations, car <f si Thomme s*étail borné à recueillir des faits, dit Laplace « les sciences naturelles ne seraient encore qu'une nomenclature stérile » et jamais il n*eùt connu les grandes lois de la nature. C'est en comparant entre eux les phénomèneh et en cherchant à connaître leurs rapports , qu'il est parvenu à découvrir les lois toujours empreintes dans leurs effets les plus variés. Alors » la nature , en se dévoilant , lui a présenté le spectacle d'un petit nombre de causes générales donnant naissance à la foule des phénomènes qu'il avait observés. » [Exposition du système du mande , 1, p. 169.)
Il ne suffit pas au géologue d*étudier la nature minéralogique des roches « de déterminer les fossiles qu'elles renferment , il est essentiel de chercher à connaître retendue des terrains qu'elles coiislituent * de se figurer la profondeur des bassins dans lesquels elles se sont déposées et de reconstruire par la pensée la topographie du sol A l'époque de leur formation. Cette étude e^t une des plus belles que la science puisse nous offrir. Elle nous fait assister aux grandes scènes de l'ancien monde* aux lentes opérations de la nature et aux secousses violentes qui en ont interrompu les sédimentations séculaires.
Je devrais peut-être rappeler ici les travaux de mes de- Tcnriers et compléter une bibliographie de tous les écrits publiés sur la géologie de l'Auiergne. Cette liste serait longue et aurait peu d'intérêt. Elle existe avec peu de la-
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canes : elle a été faite par notre savant et regretté confrère, B. Cronod , alors bibliothécaire de la ville de Clermont. D'ailleurs , la plupart des naturalistes qui , dans le siècle dernier , ont écrit sur l'Auvergne , ont fait bien peu pour la géologie de ce beau pays. Il faut pourtant excepter de ce reproche Ramond, de Montlosier, Desmarest et Dolomieu. Ce dernier rendait pleine justice à un observateur peu connu f à Mossier, qui était alors l'homme qui connaissait le mieux son pays. « Mossier, de Clermont , disait Dolomien (Journal des Mines, o^ 42, p. 409), est peut-être le premier qui ait eu l'opinion que j'adopte (il s'agit de la formation du puy de DAmej, mais il ne l'a point écrite, et on peut lui reprocher de n'avoir rendu publiques aucune des nombreuses observations qu'il a faites sur les volcans d'Auvergne. La plupart des bonnes idées dont se sont fait honneur presque tous ceux qui ont visité le département du Puy-de-Dôme , peuvent lui appartenir , sans qu'il ait le droit , à cause de son silence , ni peut-être jamais la volonté de les revendiquer. »
Tout en reculant devant le travail considérable d'une bibliographie , et en profitant des œuvres de mes devanciers , j'ai rendu autant que possible , dans le cours de cet ouvrage, pleine justice à tous ceux dont j'ai adopté ou critiqué les opinions. Toutes restitutions faites , mon propre bagage sera encore considérable dans une contrée si riche et que j'ai si souvent et si longtemps parcourue ; mais il reste bien plus à trouver encore pour ceux qui viendront après moi.
On me reprochera peut-être la longueur de mon récit , retendue que j'ai donnée à mes périodes géologiques et les
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détaib dans lesquels je suis entré ; je répondrai en repro* duisant les paroles de Tbomme qai a le mieux connu et dé* crit r Auvergne : « Rarement on consulte la nature avec » un peu de persévérance sans y trouver plus qu'on ne » cherche. » (Bamond).
Clermont-Ferraud 9 le 1^ septembre 1867.