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CHAPITRE XIV

De rorigiae des roches du terrala priniitif.

Noos aurions désiré éviter dans un travail descriptif relatif à une contrée déterminée, de toucher à des idées théoriques, et nous en tenir aux simples faits d'observation; mais, outre Taridité inséparable d'un exposé de faits nombreux sans liaison, il est impossible en parcourant les terrains variés dont se compose le grand plateau central de la France , de ne pas rechercher les causes qui ont pu donner naissance à ce magniGque ensemble de roches primitives.

Nous regardons les gneiss et les micaschistes , comme les roches les plus anciennes , et la théorie de leur formation nous paraît plus difûcile à établir que celle des granités. Nous considérons ces roches comme ayant été produites à la îo\< par l'action de l'eau, sons une assez forte pression et avec l'aide d'une température élevée. Il suiïit de réfléchir on instant à l'ani'Jen état de notre planète , pour se faire une idée de l'action des premières eaux qui vinrent y séjourner. Dès lors commence cette première réaction de Teau sur la croûte oxydée , ou peut-être encore métallique de la terre , cette réaction à travers une pellicule solide, assez mince, incessamment brisée par les moindres mouvements de la masse intérieure. Le gneiss est pour nous sédimentaire dans des conditions particulières. Il en est de même des micaschi tes; l'immense quantité de mica , que l'on trouve dans certaines

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variétés de cette roche , nous prouve pour ainsi dire q^ie Tean a contribué à sa formation , car le mica, quoique plus pesant que le quartz, surnage cependant facilement, lorsque le quarti est immédiatement précipité. Il n'est donc pas étonnant que certains espaces couverts de micaschistes , noiis offrent ane quantité de mica plus considérable que d'autres; il sufBt qu'une vague de cette époque ait emporté plus loin ce minéral , pendant que les autres descendaient sons Teau. La stratification des gneiss est peut-être due à la même cause, car on sait que c'est la disposition du mica par petits lits superposés , qui donne à cette roche son apparence fissile.

Tout ce que nous avons pu observer sur le grand massif de la France centrale , vient à l'appui de cette origine des roches primitives feuilletées. Il est vrai que cette structure peut aussi avoir pour cause des retraits de refroidissement , puisque nous la rencontrons dans certains trachytes et dans plusieurs basaltes ; mais malgré cette possibilité , nous persistons à regarder l'eau comme le principal agent de cet ancien mode de sédimentation.

Aussitôt qu'une croûte plus ou moins épaisse a été formée, cette enveloppe minérale a été percée par les granités , par les porphyres et par la plupart de ces roches cristallisées que Ton désigne sous le nom de roches plutoniques. La grande question qui séparait autrefois les géologues en deux camps, au sujet de la formation do basalte , menace de renaître relativement à l'origine du granité. Les neplunisles et les vulcanisles vont bientôt se remettre en campagne avec de solides arguments des deux côtés. Avant de nous mettre dans les rangs de l'un des deux partis , reconnaissons que le granité, quel que soit son mode d'apparition, a été liquide ou pftteux. Il se présente en dômes élargis comme les ballons

150 TEAAA1NS PaiMlTin.

des Vosges et dm foule de montagnes da plateau central, oo bien en montagnes allongées comme la Losère et h Margeride , on en pics plus ou moins déchirés , en filons 9IQS ou moins volumineni et quelquefois si minces, qu'il laat bien admettre une certaine fluidité et une pression asai^E considérable , car ce sont sou? ent des filons d'injection. iQuant aux pics dentelés des Alpes et des Pyrénées, nous les considérons comme les restes démantelés de masses plus considérables , et qui ii*ont pas été formées telles qu'elles se firésentent. Ce aoat des dégradations qui ont ménagé le centre de la masse.

Cette résistance du milieu d'une roche ou d'un fragment, qui s'observe aussi bien dans les basaltes prismes que dans les granités , se montre surtout dans ces derniers quand ils se délitent en boules, comme il en existe de si beaux exemples sur le plateau central de la France. Cette cristallisation plus dense des centres indique encore un refroidissement lent et une assez grande plasticité, mais elle nimplique ni la fusion ignée , ni la solution aqueuse.

Il se peut du reste que le granité n'ait jamais coulé et qu'il soit sorti pâteux en conservant , comme certains trachytes , la forme sous laquelle il s'épanchait. Des causes complexes ont concouru à la formation de nos roches primitives ; ce sont surtout la chaleur, l'eau, la pression et les actions moléculaires mises en jeu par les affinités , la cohésion et les forces électriques.

Plusieurs auteurs ont apprécié l'importance de ces différentes causes , et parmi ceux qui se sont le plus spécialement occupés de cette question et dont les beaux travaux noa^ ont été d'une grande utilité , nous citerons Dnrocker, MM. Delease , Foumet et Schœrer.

ORIGmE DES AOCHJE& 131

D*après Darocher, a pendafit la liquéfaction des granités qu'il considère comme plutonique»^ à une tem^rature très* élefée, le feldspath « kmîca et le quartz n'étaient pa5 isolés ies uns des autres comme nous les voyons aujourd'hui; îk élaient combinés enseiiii>le^ et formaient une masse homogène oofDposée de silice , alumine , bases alcalines et terreuses^ potasse, soude et quelquefois lithioe avec un peu de diaax et de magnésie , d'oxyde de fer et de inanganèse, contenant aussi des quantités très-minimes d'acide fluorhydrtque, et MHivent même d'acide borique, mélange ou combinaison qui 9 selon kii , a pu rester fluide en perdant de sa chaleor et cxHisenant tous ses éiémeata combinés ensemble jusqu'à une iempératune peu «upérieure k celle qui détermine la liquétictioo du feldspath. »

Quand le feldspath ou 4>rthose« l'albite et le mica se sont séparés de la masse, ils ont pris la quantité de sîliœ dont Us at aient besoin et ont cristallisé , tandis que la silice en excès est restée à l'état visqueux sous lequel die passa avant de se solidifier, et a pu , par conséquent , comme l'a très^bien remarqué de Boucheporn, recevoir l'empreiote des cristaux de feldspath , puisque évidemment ceux-ci ont dû se solidifier avant elle , et qu'eUe est restée pour ainsi dire comme cime«i entre les autres cristaux.

« D'autres fois» comme le remarque Durocher, le quartz est en ^istaux et a marqué son empreinte sur le feldspath , d'oà il conehit avec raison que ces éléments ont passé à peu près en même temps de Tétat liquide â l'état solide , mais q«e la durée du temps qu'a exigé ce passage n'a pas été la Ridme pour tous les deux , et que l'antériorité de quelques instants dans la solidification » n'est que le simple diet de

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la leodance plus ou moins grande qu'avaient ces substances à aiïecter une forme cristalline. »

» La ressemblance de composition entre les granités et les pétrosilex , fait considérer ce dernier par Durocher comme du granité qui n'aurait pas cristallisé et dont les éléments seraient restés confondus ; il admet cependant que les pétrosilex contiennent un peu moins d'alcali que les granités. »

« Les granités , continue Durocher , ne sont pas seulement en relation avec les pétrosilex , mais aussi avec une roche ignée très-répandue dans la nature ; ce sont ces porphyres que l'on désigne habituellement en géologie sous le nom de porphyres quartzifères « et dans lesquels on reconnaît habituellement, outre les grains de quartz, des lames feldspathiques et souvent des feuillets de mica ; ils offrent tous les degrés de nature et de structure depuis les pétrosilex les plus compacts jusqu'aux granités les mieux caractérisés. La composition des porphyres quartzilères est semblable à celle des pétrosilex. Us renferment, comme ces derniers et les granités , les deux alcalis , et comme dans les granités leur coexistence se manifeste par la présence assez générale de deux sortes de cristaux feldspathiques d'orthose et d'albite ; néanmoins, il y a des porphyres principalement potassiques ou orthosiques, et d*aulres sont plutôt sodiqoes ou albitiques ; de même que parmi les pétrosilex , les uns sont plus riches en potasse et d'autres plus riches en soude. »

» D'ailleurs la réunion des porphyres , des pétrosilex et des granités est aussi confirmée par l'étude des densités de ces roches qui , selon Durocher, est en moyenne de 2,65 pour les porphyres quartzifères , de 2,66 pour les pétrosilex et de 2,65 pour les granités. »

ORIGINE DEb ROCHES. 1 53

» Durocher n'admet pas rantériorité du granité sur ces poq>hyres, et admet plusieurs de ces derniers comme trèsanciens; il serait possible, dit-il, et certaines observations géologiques semblent conBrmer cette manière de voir, que par leur flge comme par leur nature , les porphyres quartziferes de beaucoup de pays ne fussent qu'une dépendance des granités qui s'y trouvent. »

j» Toutes les considérations concourent donc à justifier la réunion des granités, des porphyres quartzifères et des pétrosilei « en une même classe de roches sans contredit la plus importante de toutes. Ces trois substances, si diiïérentes d'aspect extérieur, constituent les trois termes d'une série, le granité et le pétrosilez étant les termes extrêmes , et les porphyres quartzifères établissant une liaison entr'eux. Ainsi les granités ont dû être originairement des masses de composition analogue à celle des pétrosilex ; quand leur refroidissement a eu lieu sans partage des éléments , elles sont testées à l'état de pétrosilex ; quand la séparation des éléments a été incomplète, il s'est formé un porphyre quartzilère, tantôt avec noyaux de quartz, tantôt avec lames de feldspath; souvent il s'y est développé à la fois du feldspath, du quartz et du mica , et la réunion de ces trois éléments établit un passage des porphyres aux granités^ Enfin , lorsque la séparation des éléments a atteint son dernier terme, lorsque la masse ignée qui était d'abord à l'état de pâte molle et homogène a été entièrement décomposée et s'est résolue eu trois ou quatre minéraux différents, elle a donné naissance aux granités ; ce sont donc des roches pétrosilicetti«s parvenues à un développement complet; les granités porphyroïdes oii il reste encore une petite portion de la pAte qui parait ne pas avoir été entièrement décomposée » nous

1 54 TCBUAIM MllflllTIFâ.

offrent les dernières tr«ce8 de l'état origintîre de ces roches, t»

« Il est vraisemblable (joe tes drroYistances du refroidissement ont dà joaer on grand rôle dans ce phénomène » et il parait qu*un refroidissemeiit plus rapide , tel qu'il a dé avoir lien dans les masses 4e pétrosilex ou de porphyres , en général moins étendues que celles 4es granités , a pa rendre plus difBcile la séparation et la crislatlts«tion des éléments, probablement par l'eflet des iBémes causes ^m maintiennent tout le carbone à l'état de combinaisofi dans la feole de fer refroidie brusquement. »

« La réunion de ces trois roches permet de considérer l'ensemble des roches ignées sous un point de vue de généralité assez remarquable. Il n'est pas, en effet, de roches dans la nature qui n'ait sa variété compacte ; ainsi les roches amphiboliqnes (diorite on grunstein) ont leurs variétés compactes dans les cornéennes ou aphanites ; les roches pyroiéniques (basaltes, dolérites, laves è pjroxène) ont des variétés compactes, représentées principalement par tes mélaphjres; celles des trachytes le sont par les porphyres trachytiques; celles des roches diallagiqnes et hypersthéniques par certaines variétés de trapps. Il eût été étonnant que les granités eussent fait exception. » ( Durocher , Comptes rendue des séances de F Académie des sciences , t. XX p p. 1275.)

Ces remarquables observations de Durocher trouvent one multitude d'applications dans llle granitique de la France centrale. Elles permettent de comprendre les relations si intimes et ei fréquentes des granités avec les porphyres qnartzilères et avec les pétrosilex moins abondants. Elles expliquent les liaisons continuelles de ces roches et les inégalités

ORlGine DES ROCHES. 155

de (enâance à ta décomposition que Ton remarque parmi elles 9 décomposition qui parait d'autant plus prompte et en qvelqoe sorte prédisposée, que les roches s'éloignent davantage de rétat compacte et qui est surtout trés-remarquable dans les gratifies à gros grains.

Elles expliquent la conservation des filons de porphyre qaartrifère au milieu des gratiites décomposés, et les diiïéreoces de forme que présentent ces roches dont les unes ont les angles arrondis, tandis que les autres les ont anguleux. Elles expliquent tous les passages des roches primitives, l 'iné^lité des cristaux , la disproportion des matières minérales dans chaque roche, etc. , etc.

On remarque évidemment que les conditions du refroidissement ont eu la plus grande influence sur Tétat cristal- Kd , etc. » mais elles ne prouvent pas que ces trois sortes de roches soient contemporaines.

M. Delesse considère aussi plusieurs roches primitives comme appartenant au granité , tout en regardant les granités comme neptuniens.

» Lorsqu'on étudie, dit M. Delesse, un massif de granité se trouvant encore au contact de roches qu'il a grani^ lifiées^ ou reconnaît que « généralement, le sommet de ce massif est & la fois un centre de figure et un centre de ciistaHtsation ; il est même vraisemblable qu'il est aussi le centre d'une sorte d'éruption. »

B De plus, en allant du centre du massif vers la circonférence, on constate que la roehe granitique présente des variations dans sa densité ainsi que dans sa composition minéralogique et dans sa composition chimique. »

« En effet , la structure c/istaNine est la plus développée vers le centre du massif; elle se dégrade insensiblement,

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suivant les zAoes concentriques, et quelquefois elle disparaît à la circonférence. »

« A un granité bien cristallisé succède on porphyre cootenant les mêmes minéraux , et à ce porphyre succède souvent une roche pétrosiliceuse. » {BulL de la Société giolog . ^ 2* série, t. 9. p. 479.)

Il résulterait de cette manière de considérer les roches primitives, que beaucoup de porphyres seraient contemporains du granité.

H. Delesse ajoute encore {Id. « p. 481) que les roches qui se sont solidifiées les premières à la surface de la terre sont les moins denses , les moins fusibles , les plus riches en silices et en alcalis. « il explique ces faits par la densité composée des zones qui se sont superposées pendant la formation de récorce de la terre , et dit que la pesanteur tendait A faire descendre Toxydede fer, Talumine, la chaux , la magnésie , et tendait à faire remonter les substances les plus légères , telles que la silice et les alcalis. » Nous ne voyons pas que Talumine se soit jamais montrée en plus grande quantité que dans les feldspath, mais la chaux carbo* oatée et Toxyde de fer sont bien les principaux produits que les eaux minérales amènent des profondeurs du globe.

Les différences de structure cristalline tiendraient donc au mode de refroidissement, et certainement aussi k la proportion des éléments , qui entrent dans la composition de la roche.

LfO quartz paratt être le minéral qui s*est consolidé le dernier dans le granité ; il porte les empreintes des lames de mica, des facettes du feldspath, des stries des tourmahnes, des dodécaèdres des grenats, etc. Et rependact, c'est le plus dur et le moins fusible des minéraux constitutifs

ORIGINE DES fiOCBES. 157

da granité. On ne peut expliquer ces anomalies qo*en admettant qne la silice gélatineuse conserve à on degré remarquable, son état de plasticité, et cette explication impliquerait Torigine aqueuse du granité, ou la surfusion du qnartz, cororoe Ta indiqué M. Fournet. M. Daubrée a démontré que lorsque Ton Forme du quartz au moyen du chlorure de silicium , arrivant en vapeur à une haute température, sur les bases les plus communes dans les roches , la chaux , la magnésie et Talumine, une partie des bases se transforme en silicates , et le qnartz cristallise en même temps , et plus tard que ces silicates, c'est-à-dire, à une température iiiférieure à son point de fusion. Ces observations eipliqaent comment il se fait que , dans les granités , les cristaux de qnartz sont presque toujours moulés sur ceux de feldspath.

M. Jeflrys a lu à l'association Britannique, réunie à Glascow en 1845, le résultat d'expériences très-curieuses sur la puissance entraînante de l'eau vaporisée à une haute température.

Au moyen d'un four convenablement disposé , et à une température supérieure h celle qui est nécessaire à la fusion delà fonte de fer, une chaleur continuée pendant dix heures, volatilisa plus de 1(;0 livres anglaises de minéraux feldspathiqoes et siliceux. Cette matière était pourtant sous une forme très-dense et très-réfractaire. Le mur du four était corrodé et présentait une surface raboteuse, comme le serait DO pain de sucre rongé par quelque animal , ou partiellement dissous dans Teau. Quelques échantillons de poteries, qui se trouvaient dans un endroit moins chaud, offraient des croûtes de silice congelée ayant l'apparence du sucre candi. Cependant la plus grande partie de la silice avait été entraînée

par le courant de vapeur. (BibL univers^ ^ octobre 1845 , p. 599.)

Il est nécessaire^ pour se rendre compte de la formation do granité , de se reporter à l*époque où le silicium si abondant à la surface de la terre ,. produisait par sa combinaison avec Toxygène d'énormes quantités desilice à Tétat naissant. Il ne faut pas oublier non plus que l'énorme pression qui devait exister à cette époque, ne doit pas être exprimée seulement par la masse du terrain qui pèse au- dessus ; elle doit être augmentée , ponr les roches éruptives, de toute la puissance de la masse soulevante en dessous , de toute la force expansive de cette masse soulevante , de toute la résistance de la partie soulevée. Or, la pression seule peut agglutiner les grains disgrégés , et en faire des grès , réunir les parties pulvérulentes , et en faire des masses compactes comme dans la fabrication des poteries avec de l'argile pulvérisée sans eau , mais avec une forte pression. Quel eflet prodigieux ne doit-on pas attendre d'une telle pression^ si l'eau et la chaleur viennent la seconder. Or nous ne pouvons pas douter de la présence de l'eau dans les roches primitives. Il existe k la fois, dans les roches, de l'eau d'interposition et de l'eau de combinaison. La plupart des roches sont toujours moins dures , plus tailiables en sortant de la carrière que lorsqu'elles ont perdu par leur exposition à Tair une portion de leur eau interposée.

Nous avons vu, en parlant de la composition du granité, que cette roche en contient quelques millièmes.

L'application du microscope à l'étude des rocher réduites en lames minces a conduit. M. Clîfton Sorby à de curieux résultats. « Les roches granitiques , dit-il » présentent phisîeors bits curieux : on y distingue on nombre inameose

de caf ttés qai renfermeot de Venu annsi que des dissolntîons saKnes; et ces substances ont d& ^e froorer à l'état Kqaide daas ces roches ao moment où elles se sont formées. Les cavités qoî renferment ces fluides sont semblables à celtes que Ton cofmait dans le quartz; seulement elles sont trop petites pour être distinguées è l'cBil nu. Avec un fort pouvoir grossissant, il est possible de les voir avec la plus grande perfection dans le quartz du granité et de quelques roches métamorphiques ; elles sont quelquefois si nombreuses qu'il y en a plus de 1000 millions dans un pouce cube. »

ce II faut donc admettre que le granité n'est pas simplement ume roche ignée , mais qu'il a été formé par l'action combinée de la chaleur et de l'eau , comme M. Delesse l'a prottvé par des considérations différentes, dans ses belles Recherches sur l'origine des roches et sur le métamorphisme. 0 (Bull, de la Soc. géoL de France, 2^ série , t. 17, p. 573.;

L'eau qui a joué un r6le important dans le dép6t des gneiss et souvent dans celui des micaschistes, n'a pu cesser toul-à-eoup SOD action dans l'apparition des granités. Les roches ne sont devenues uniquement plutoniques qu'à une certaine époque du refroidissement de la terre. Jusque-là , pénétrant avec facilité une écorce mince et fendillée, toutes les eaux ont été minérales, toutes ont été chercher de la silice naissante et soluble pour l'amener dans les roches primitives, et tout ce que nous avons pu observer sur le piateou central, pendant nos longues études de comparaisoft, entre les roches primitives et les roches volcaniques , nous conduit à admettre la présence de l'eau dans les premières et son cencoors actif pendant leur cristallisation. La quantité d'eau qui existe dans la partie extérieure ou plus ou moins

1 60 TERRAIKS PRIMITIFS.

profonde da globe , doit élre considérable et d'aatant plas grande, que le refroidissement atteint une plus grande profondeur. Une partie de cette eau constitue des ruisseaai ^ des filons et des amas souterrains, l'autre imbibe les roches^ s*y mélange ou s'y combine. « A mesure que cette eau ^ » dit M. Delesse, pénètre le sol, sa température va en » s'élevant successivement ; les matières qu'elle tient en » dissolution augmentent peu è peu avec la profondeur ^ » et lorsque sa température est très-éle\ée, elle doit exercer » des réactions chimiques très-énergiques sur les roches » avec lesquelles elle se trouve en contact. A toutes les 0 profondeurs , les matières qu'elle renferme peuvent faci- » lement obéir aux actions moléculaires qui les sollidtent ; » les circonstantes les plus favorables se trouvent donc » réunies pour qu'il se développe des minéraux. » [Bulletin de la Soe. géol.^ 2^ série, t. 15, p. 731.)

On a pu voir par l'exposé des faits qui précèdent, que l'ori^ne du granité et des roches primitives doit laisser des doutes dans notre esprit. Ceux qui sont partisans de l'origine ignée du granité et qui le considèrent comme une rothe plutonique, invoquent l'exemple des granités écossais de l'ile d'Arran, où Ton voit clairement les granités injecter les schistes et s'y ramifier en filons. Nous retrouverons sur le plateau central de nombreux exemples de ces granités injectés.

La présence de l'eau dans ces roches ne peut être considérée comme une preuve d'une origine neptunienne , car nous rencontrons de l'eau dans des roches essentiellement ignées, dans nos basaltes d'Auvergne qui ont si puissamment contribué k faire abandonner l'opinion des Neptnniens relativement à cette roche volcanique.

On ne peut guère invoquer non plus pour Tune ou l'autre des deux opinions , la présence de certains minéraux.

Les minéraux , quoique de même espèce , peuvent également être produits , soit par l'action de la chaleur , soit par l'eau. Il suffit que les molécules de leurs parties constituantes soient suffisamment éloignées pour vaincre la cohésion, pour qu'elles puissent , la cause de cet éloignement cessant ou diminuant» se rapprocher d'après les lois symétriques de la cristallisation. Peu importe, dans la plupart des cas , que ce soit la chaleur , l'eau liquide ou l'eau vaporisée qui écarte les molécules.

On sépare ordinairement les roches plutoniques des roches volcaniques, et on leur attribue, pour caractères distinctifs , l'absence de tufs ou conglomérats qui accompagnent souvent ces dernières et l'absence de pores , scories , ou cavités formées par le dégagement des corps gazeux. On dit aussi qu'elles sont plus cristallines que les roches volcaniques, mais ces caractères, selon nous, sont loin d'être absolus. Nous avons en Auvergne des trachytes aussi cristallins que des granités , et des granités accompagnés de brèches et d'arkoses, comme au puy de Chateix, à Mont^ peyroux, etc.

Certaines conditions de structure et de composition , la présence de certaines espèces minérales ne peut non plus faire pencher pour l'origine par l'eau ou par le feu , car ces minéraux, Formés ou cristallisés pendant la solidification, n'impliquent nullement la fusion ignée plutôt que la solution aqueuse. Il y a plus , c'est que souvent ces actions moléculaires peuvent se continuer longtemps, et de nos jours encore, dans les masses solidifiées.

Une décision est d'autant plus difficile à prendre que

des aatears ont tiré des mêmes faits des conclusions diiïérentes.

L'étade de la cristallisation da quartz et des autres minéraux a servi de texte pour ou contre les neptuniens. M. Fournet» plutonien complet et sans restriction , admet la surfusion de la silice. On sait que la surfusion est un phénomène qui permet è quelques substances , dans certaines conditions, de rester liquides h une température plus basse que celle de leur point de solidiGciition. L'eau » le phosphore , le soufre sont des corps sur lesquels cet état a pu être observé , mais l'écart le plus grand , celui du soufre, ne dépasse pas 100 degrés, et exige du reste une immobilité absolue : M. T. Schereer met en doute cette surfusion du quartz. Il se fonde sur ce que cette substance dont le point de fusion ne peut être en dessous de 2,800 degrés , devrait conserver dans les granités sa fluidité ou au moins sa plasticité jusqu^à une température de 1 ,000 k 1,500. ff Selon cette hypothèse, dit-il, le quartz en fusion aurait par conséquent la propriété de se refroidir jusqu'à 1 ,300 et 1,600 au-dessous de son point de fusion sans se solidifier. Une telle assertion , en la réduisant de moitié, serait encore suffisante pour nous démontrer la hardiesse vraiment singulière de cette hypothèse. » {Disctusion mr la nalure plulonique du granité: Bull, de la Soc. géol. de France, 2« série, t. 4, p. 487.)

Il faut convenir aussi que les déterminations généralement acceptées sur le point de fusion des substances réiractaires sont presque toujours exagérées. D*après les recherches toujours si exactes de M. Mitscherlich , le point de fusion du granité ne dépasse guère 1,300® centigrades. (Hnmboldt, Co$mo$9 îrad. , t. 1 , p. 443.)

On sait aussi que le degré de chaleur qui , dans le sein de la terre 9 est sufGsaot pour fondre des matières pierreuses ou au moins pour leur donner l'état pAteux, devient insufBsant pour fondre ou ramollir ces mêmes roches. Il est vrai que les oxydes qui sont la base de ces roches, sont bien plus difficiles à fondre après une première solidification, mais les roches éruptives ont besoin d'une température bien supérieure à celle des laves pour être seulement ramollies, ce qui prouve que la chaleur n'est pas la seule cause de leur fusion. La difficulté de fondre le quartz et la facilité avec laquelle Peau vaporisée ou comprimée peut dissoudre la silice à Tétat naissant, doivent nous faire supposer que le granité n'est pas une roche formée seulement par le feu.

Le quartz est infiniment plus rare dans les terrains volcaniques dont Torigine ignée n'est pas douteuse, que dans les terrains stratifiés qui doivent à Peau et le transport de leurs matériaux et leur stratification. Aussi la plupart des silicates se trouvent dans les filons et ont comme le quartz une origine aqueuse. Le quartz que l'on rencontre assez rarement dans les laves des volcans modernes n'a pas été fondu, mais seulement chauffé et fissuré comme le quartz que l'on chauffe artificiellement pour en opérer la disgrégation .

« Le quartz , dit M. Delesse , devient très-abondant dans le granité. Il forme jusqu'à la moitié de certaines roches granitoîdes anormales. Cependant la teneur du granité en silice n'est pas plus élevée que celle du trachyte. La présence d'une glus grande quantité de quartz tient donc à ce que ce minéral a pu se séparer du magma granitique et cristalliser facilement. »

Le quartz du granité, cemme le fait observer M. Delesse, contient des matières organiques, la brewstoline et la cryp-

164 TERRAlIf s PRIMITIFS .

toline que l'on retronve aussi dans la topaze et dans la cymophane, tous deux minéraux da granité. M. Delesse explique très-bien que si ces matières organiques sont spécialement associées au quartz, cela tient à ce qu'étant très fluides» elles devaient nécessairement se réunir à la substance qui s'est solidifiée la dernière.

Le quartz nous ramène déjà à Torigine neptunienne da granité si longtemps admise, si énergiquement combattue et si promptement abandonnée.

L'étude des filons de quartz en Auvergne nous conduit à conclure également à une origine en partie neptunienne , et, en supposant, k cette époque de la terre, son écorce formée de métaux non réduits, nous expliquerons facilement la production de silice, entièrement soluble dans l'eau comme on le sait , quand elle vient de se former.

Le feldspath, qui n'a jamais Téclat vitreux, contient un peu d'eau, d'après M. Delesse.

Les micas du granité peuvent aussi , selon le même auteur, être produits par voie humide, et il ajoute que la baryte sulfatée, la chaux Ouatée, les carbonates spathiques, les divers minerais métalliques, et, en général, les minéraux des gttes métallifères, tous formés par voie humide , sont si intimement associés au granité, qu'ils en sont nécessairement contemporains.

Pour M. Delesse, les roches ordinairement désignées sous le nom de roches plutoniques , sont des roches non ignées , « leurs minéraux n'ont plus l'éclat vitreux qui est spécial » aux roches ignées. Leur structure n'est plus celluleuse, » et même elle est généralement très-compacte. Enfin elles » ne sont pas associées aux roches volcaniques , et par coo- N séquent elles doivent avoir une toute autre origine. C'est

» vraisemblablement l'eau et la pression qui les ont rendues » plastiques ; car la chaleur ne joue plus qu'un rôle secon- « daire dans leur formation. » {Bull, de la Soc* géologique^ 1. 15. p. 767.)

H. Delesse conclut de ces faits que rien n'autorise à considérer le granité comme une roche ignée, ce La température, à laquelle il s'est formé était certainement peu élevée et bien inférieure à celle qui est nécessaire pour amener les silicates à l'état de fusion. Je pense même, continue-t-il que cette conclusion doit s'étendre aux porphyres qui contiennent du quartz ou de l'orthose ; car c'est seulement quand la structure est celluleuse et quand l'orthose devient vitreux ^ c'est-à-dire quand la roche est trachytique ^ que les eflets de métamorphisme indiquent d'une manière bien évidente l'intervention de la chaleur. » (Bull, de la Soc. géoL de Fr.^ 2* série, t. 16, p. 420.)

L'hypothèse de la formation neptunienne du granité était acceptée par L. de Buch , qui depuis lors a changé d'opinion. Il combattait alors les idées de Hutton et de Hall dans une lettre adressée à Pictet. ce II a fait voir que » la formation des granités» des gneiss, des schistes micacés, » des porphyres , est due à une cristallisation aqueuse et ne » peut nullement être attribuée à une cristallisation ignée. » (Journal de Physique ^ t. 52, p. 53.)

Au milieu de ces discussions sur l'origine du granité, il est difficile de se faire une idée nette de la formation de cette roche. L'origine ignée ne peut être douteuse pour ceux qui ont parcouru l'Ecosse et la Norvège. Les granités injectés de Christiana ont toujours altéré les roches au milieu desquelles ils ont percé ; à plus de 300 mètres , on voit encore

des altérations , et à une plas petite distance des schistes ulumineux présentent Tapparence du jaspe.

Les granités du plateau central de la France ne peuvent avoir non plus une autre origine, mais nous ferons volontiers la concession de la présence de Teau , comprimée à une température élevée , dans la formation de toutes ces roches primitives. Nous regardons Teau comme nécessaire à la cristallisation du quartz. Nous croyons que la plupart des minéraux du granité, peuvent être attribués soit à une fusion , soit à une solution prolongée de la roche , c'est-àdire qu'ils peuvent avoir été créés, par la voie sèche ou par la voie humide. Il y a plus , c'est que nous ne pouvons pas accepter l'absence de l'eau à l'époque de la formation des roches primitives. Alors l'eau pénétrait dans toutes les fissures du globe , et ce qui le prouve , c'est que toutes les roches en ont retenu une certaine quantité, même le basalte relativement moderne, tandis qu'à l'époque actuelle les volcans contemporains produisent des laves privées d'eau.

Nous renvoyons du reste pour tout ce qui touche à l'origine thermo-neptunienne des roches et des minéraux du terrain primitif, à l'ouvrage que nous avons publié sous le titre des Eaux minérales considérées dans leurs rapports avec la cAtmie et la géologie. (Un vol. in-8°).

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