‹ Les époques géologiques de l'Auvergne [microform]Chapitre 34 sur 82 · DÉPARTEMENT DU PUT-DE-DOME · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENT DU PUT-DE-DOME

On peut cependant presque toujours les distinguer en ce que, dans les tufs, presque tous les blocs sont trachytiques, tandis que dans les alluvions du Cimetière des Enragés et dans celles qui en dépendent , lu plupart des blocs sont basaltiques. Il se peut aussi que ces dernières alluvions volcaniques ou névéennes , en passant sur des tufs trachytiques , se soient confondues avec eux , les ait lavés , dénudés , et aient mélangé leurs blocs avec les siens. Ce qui est certain , c'est qu'à Changelles et à Pérignat , où il y a certainement une couche épaisse de tuf ponceux , on distingue très-difficilement ce terrain de i'alluvion, et cependant ces deux époques sont distinctes.

On a la preuve de ces différences d'âge à Latour où les basaltes sont polis comme les granités, par l'alluvion , tandis qu'ici 9 à Bannely, au-dessus de Port- Dieu , le basalte , parfaitement horizontal , sans un seul bloc à sa surface , recouvre le conglomérat ponceux. Il faut donc admettre qa'une partie de cette grande et dernière alluvion volcanique a pu se déposer aussi sur des nappes de tuf ponceux.

Nous ne donnerons pas ici la liste de toutes les localités où nous avons rencontré ces alluvions. Nous ferons seulement remarquer qu'à partir de certains centres ou de certaines lignes f leur volume va toujours en s'amoindrissant. C'est ce qui arrive lorsqu'on s'écarte de la ligne principale qu'ils ont suivie. Les eaux qui charriaient ces blocs et les chassaient avec tant d'énergie ont dû pourtant les abandonner à une certaine distance de leur point de départ, et les boulets f épuisés de vitesse , sont restés sur le terrain. Mais alors les courants qui les entraînaient n'avaient pas encore perdu toutes leurs forces, quand ces blocs énormes les ont quittés.

804 AuvnoNS glagiairbs.

Ces eaoi ont continué leor roale , et si elles n'avaient plos la force d'emmener avec elles les matériaux qu'elles avaient détdchés et qu'elles entraînaient dans lenr course rapide # elles pouvaient encore déplacer , remuer et user les masses qu'elles trouvaient éparses sur le terrain. Cette dernière a^ tion cori'odafnte de l'eau explique la présence de cette énorme quantité de fragments peu usés qui sont restés sur le sol et qui lui appartiennent , fragments qui en ont été détachés mais non transportés. C'est le dernier eflbrt de la puissance de ces courants qui ont remué les masses sur place sans les entraîner. Ils ont agi ici comme en Scandi* navie où l'on rencontre souvent à une grande distance des centres d'action « des blocs amoncelés » arrondis et apparteliant au terrain même sur lequel ils reposent. On retrouve aussi ces mêmes faits è l'extrémité du canton de Latour ^ à Gros, è Ebeau-Mougheol , etc.

Environs de Bourg^Lastic. — - En allant de Laqueaille à Bourg-Lastic , on traverse de grandes plaines arides qui sont en partie recouvertes d'alluvions volcaniques avec petits cailloux roulés , ou en partie parsemées de blocs dont^les uns sont primitifs et les autres volcaniques.

De plus f presque tous ces plateaux , formés de micaschiste et quelquefois de gneiss , ont eu leur surface altérée et transformée en argile sableuse ; en sorte que, sur plusieurs points , les alluvions qui ont été entraînées lors des grands lavages du Mont-Dore • sont mélangées à des argiles sableuses et è de petites masses de quarts.

Ces alluvions sont , selon nous , du même âge que les blocs du Cimetière des Enragés et du canton de Latour.

Canion d'Ardeê. — Les environs de Jassy et de Saint* Alljre, dans le canton d'Ardes, offrent un aspect trèa-cn*

DÉPARTËMENt DU PUY-DE-DOME. 305

rieax ]par l'immensité des pelouses et les formes originales des masses basaltiques qui s'y élèvent.

Arrivés à Jassy , la scène change encore. Le terrain primitif est à nu , les gneiss prennent des formes particulières , et bientôt on reconnaît le phénomène des corps choquants comme dans les vallées du canton de Latour. En effet, axidessQS de Jassy se trouve un grand cirque où le terrain primitif est è nu. Il est dominé par de hautes montagnes, et Ton y voit naître les sources de la Couse qui descend à Ardes. La direction du courant d'eau actuel est nord-est, et c'est dans le même sens que toutes les roches de gneiss ont été choquées et usées , de manière è présenter un aspect très-curieux.

Si au lieu de descendre la rivière on la remonte , on voit alors le côté préservé, escarpé et ayant les formes les plus abruptes, tandis que le côté opposé est arrondi et moutonné. II y a même, tout près de Jassy, une énorme masse de basalte à plusieurs sommets qui est arrondie et usée du même côté où les gneiss sont choqués, abrupte et surplombant du côté opposé {fig. 169).

On ne peut conserver aucun doute sur la cause de ce phénomène , car ici comme dans les vallées de Chastreiz et d'Orbevial du canton de Latour , on voit les blocs de basalte plus ou moins arrondis, disséminés partout. Ils sont surtout en très-grand nombre entre Vivert , Rauchelon et Vesselier.

On ne peut douter non plus que la fonte rapide des neiges accumulées pendant l'hiver dans le cirque et sur les hautes montagnes qui dominent Jassy , et dont tons les ruisseaux sont tributaires de la Couse , ne soit la cause première

306 TBafiAiRS d'alluvion.

des torreots qui ont creusé la vallée et choqué toutes les masses du terrain primitif mis i nu.

On voit un peu plus loin le dief-lieu de la commune de Saint-Alyre , qui consiste en une église isolée ; puis, en continuant de suivre le cours de la Sioule , ou arrive audessus du village de Yesselier. On y voit de magnifiques roches moutonnées , toutes sillonnées de karren et entassées. Ces roches montrent aussi avec la plus grande évidence le phénomène des corps choqués.

DBPABTEMENT DE l'aIUEB. 307

Page 1