HISTORIQUE
Depuis BoOuILLAUD, LASEGUE et BOUCHARD, le rhumatisme articulaire aigu, et les formes extra-articulaires, cardiaques et viscérales, de la maladie rhumatismale forment une entité clinique bien définie, et précisée depuis par sa caractéristique anatomopathologique, le nodule d’Aschoff. Si la maladie rhumatismale n’est pas toujours individualisée avec cette netteté à l’étranger, elle l’est en France depuis longtemps.
Mais avant que les mots n’aient pris leur sens actel et précis, on pouvait tout entendre par « rhumatisme », et BAzIN qui n’en séparait pas la goutte. décrivait de nombreuses affections cutanées rhumatismales, parmi lesquelles il rangeait l’érythème noueux, le prurigo, le lichen, l’hydroasdénite, l’eczéma, le psoriasis, etc., toutes rattachées au même terrain, l’arthritis.
Au contraire, les traités classiques de ces dernières années ne signalaient plus guère les éruptions du rhumatisme que pour les rattacher aux pseudo-rhumatismes infectieux.
Il reste cependant deux affections cutanées qui
semblent propres au rhumatisme aigu. L’une, l’éry-
EL
thème, est celle que nous étudions. L'autre a été décrite en 1874 par PERROUD, sous le nom d’érysipèle rhumatismal. Il signale son caractère œdémateux, ses bords surélevés, « sa mobilité rappelant celle des autres localisations rhumatismales »: De ses observations, il semble que les plus nombreuses puissent être rattachées à de véritables érysipèles survenant chez des rhumatisants chroniques. Mais la possibilité dans des cas, à vrai dire, exceptionnels, d’œdèmes pseudo-érysipélateux de nature rhumatismale, ne semble pas devoir être niée. Notre Maître H. GRENET les a rencontrés trois fois, chez des adultes atteints de maladie rhumatismale, dont une fort sévère.
Tout autre est l’érythème rhumatismal.
La première description d’un érythème de nature proprement rhumatismale, semble revenir à RAYER. Dans son traité des maladies de la peau, et pour la première fois dans l’édition de 1835, il cite au chapitre « Roséole », une « éruption érythémateuse roséolée, fugace » apparue chez une femme quinze jours après le début d’une crise de rhumatisme articulaire aigu, et il décrit cette éruption avec précision : nous citerons cette observation en appendice.
En 1862, FERRAND dans sa thèse sur les « exanthèmes du rhumatisme » cite de nombreuses affections diverses, papuleuses et même vésiculeuses. Une de ces observations décrit un exanthème érythémateux survenu trois semaines après le début de la crise
articulaire rhumatismale.
Mais c’est BESNIER qui a, le premier, bien individua-
Sarl er
lisé cette éruption. Il en donne une bonne description, en 1876, dans le Dictionnaire Encyclopédique des Sciences médicales, à l’article rhumatisme.
Il écrit :-
< La forme la plus habituelle de l’érythème dans « le rhumatisme articulaire aigu est la forme papu- « leuse, et les formes marginées, en plaques discoï- « des, en lignes sinueuses festonnées, généralement « de coloration intense à la périphérie ». C’est là léruption qui a gardé le nom d’Ervthème marginé discoïde de Besnier.
Cet érythème rhumatismal est donc connu en France depuis longtemps. Mais son importance, pour ne pas dire son existence, semble avoir été bien méconnue jusqu’à ces dernières années.
En 1922, les auteurs viennois LEHNDORFF et LEINER en donnent une description complète, mais un peu différente, sous le nom d’érythème annulaire. Ils ont le grand mérite de montrer les premiers qu'il est pathognomonique de l’endocardite rhumatismale.
En France, en 1928, et sans avoir eu connaissance des travaux des auteurs viennois, notre maitre Grenet attirait l’attention sur l’érythème de Besnier. Il relatait une première observation, et employait pour définir l’éruption les mots d’ « érythème marginé de Besnier » et les mots « d’érvthème annulaire », se rencontrant ainsi avec la dénomination des auteurs -viennois.
En 1930, GRENET publiait une autre observation où l’érythème lui permettait de poser le diagnostic
nie
d'infection rhumatismale, vérifiée par la suite, dans une forme péricardique et pleurale, extra-articulaire. Au congrès international contre le rhumatismé à Liége, et à de nombreuses reprises depuis, il revient à la charge et souligne la valeur pronostique et diagnostique bien mises en évidence par de nouvelles observations.
En 1930, LEICHTENTRITT, de Breslau, traitant de linfection rhumatismale de lenfance, signale dix cas d’érythème annulaire et confirme les conclusions de LEHNDORFF et LEINER.
LEHNDORFF reprend la même année sa description, la première ayant, dit-il, passée inaperçue, ou presque. Il ignore les publications françaises, mais cite LEICHTENTRITT.
En 1934, BERTOYE cite rapidement cette éruption au chapitre érythème du traité de médecine des enfants, de NOBÉCOURT et BABONNEIX, tome II. Dans le même traité, à l’article rhumatisme. PARAF n’en fait pas mention. Dans la Nouvelle Pratique Dermatologique (1936), Paul VIGNE, au chapitre « Dermatoses en rapport avec le rhumatisme >» cite l’érythème polymorphe, le purpura, etc... mais ne parle pas de l’érythème annulaire. |
En 1935, les auteurs hollandais, Caroï et Van KBIEKEN publient une observation et font une intéressante étude anatomo-pathologique.
La même année, WALGREEN, de Gothembourg. en fait une description d'ensemble et s’écarte un peu des conclusions de LEHNDORFF et LEINER.