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CHAPITRE I

Du Lichen plan

En 1867, Erasmus Wilson donna la description clinique de la maladie qu'il appela lichen plan, et que l’on désigne souvent sous le nom de lichen de Wilson.

Le lichen plan est une dermatose caractérisée par la présence d’un élément typique qui est une papule. Cette papule de dimensions variables, brillante et lisse, presque microscopique au moment de son apparition peut atteindre les dimensions d’un grain de millet et même de chènevis.

Au début, ces papules sont généralement isolées, ne se confondant pas avec la peau saine, mais au contraire nettement limitées par des lignes polygonales qui s’entre-croisent.

Cette papule fait saillie à la peau, mais elle n’est pas acuminée, elle est aplatie au sommet, elle est dure et sèche et repose en s’étalant sur le derme

épaissi et infiltré.

Sa coloration est généralement d’un rouge vif, quelquefois écarlate, d’autres fois jaunâtre.

Le volume de ces papules dépasse rarement celui d'un grain de chènevis, mais leur nombre augmente rapidement ; au début isolées, elles forment bientôt des nappes confluentes et plus ou moins étendues. Elles perdent alors leur aspect primitif, leur surface desquame en fines lames grisätres qui, lorsqu'elles se détachent, laissent apparaître des stries blanchàtres que l’on voit facilement sur le fond rouge de la lésion et qui n’appartiennent qu'au lichen plan. Wickham considère ce signe comme pathognomonique.

Le lichen plan a une marche chronique ; il peut être circonscrit à certaines régions du corps ou au contraire en occuper toutes les parties. Sa présence à la face est très rare, rare également sa présence au cuir chevelu où l’éruption prend alors des caractères particuliers ; on le trouve souvent à la face interne des joues, mais il se localise le plus souvent sur le tronc, à la face antérieure des avant-bras, aux poignets, au coude, à la ceinture, au pénis, sur les membres inférieurs et quelquefois aussi à la plante des pieds et à la paume des mains.

Le lichen plan s'accompagne le plus souvent de démangeaisons, mais le prurit est d'intensité très variable : il peut faire complètement défaut, être intermittent ou continu, s’accompagnant parfois d'une véritable sensation de brülure.

Le lichen peut revêtir une marche aiguë. Dans ce

cas, rapidement, en quelques jours, les papules en grande quantité peuvent couvrir toute la surface cutanée ; elles forment de vastes nappes diffuses avec épaississement et lichénification du derme, desquamation parfois très abondante persistant pendant plusieurs semaines et prurit intense.

À côté de la forme tÿpique et normale du lichen plan que nous venons de décrire, cette dermatose peut revêtir d’autres aspects et les variétés qu’elle peut présenter sont nombreuses. On a décrit une variété papulo-érythémateuse (Hallopeau et Leredde) dans laquelle les parties intermédiaires aux papules sont le siège de lésions diverses : épaississement de la peau, aréole inflammatoire entourant les papules etc.; une variété miliaire aiguë (Dubreuilh et Sabrazès) formée par une grande quantité de papules de toute petite dimension ; une forme hypertrophique (J. Fordyce) dans laquelle les papules de lichen plan forment des placards végétants, tubéreux, verruqueux ; une variété en nappe pigmentée (Hallopeau) formée de plaques isolées, rouge ou jaune, sur lesquelles se détachent des points pigmentés noirs ; une forme atrophique (Hallopeau) caractérisée par des papules moins nettes, moins colorées qui se groupent et forment des plaques à surface quadrillée et criblée de dépressions punctiformes entourées d'une légère saillie épidermique.

Le lichen plan est une affection très persistante durant de plusieurs mois à plusieurs années, récidivant quelquefois après guérison complète, mais bénigne et sans retentissement sur lasanté générale.

Au point de vue microscopique, les altérations qui le caractérisent sont des altérations dermiques et épidermiques. «Les papilles du derme sont le siège d’une infiltration œdémateuse qui amène d’abord la réduction puis la disparition des cônes qui les séparent; on y trouve également sur le trajet des capillaires de nombreuses cellules regardées par la plupart des histologistes comme des leucocytes. »

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