XVIII NOTICE SUR MONTAIGNE
quement pour Henri IP. Il est certain, du moins, qu*au mois de septembre suivant il portait le drap noir ^ qui « estoit de requeste 3 » à la Cour pour le deuil du roi , et qu'il accompagnait François II, conduisant en Lorraine sa sœur Claude mariée au duc Charles UN. Il est certain encore, d'après son propre témoignage, qu'il était à Rouen, avec Charles IX, lorsqu'on présenta à ce prince des sauvages d'Amériques, genre d'exhibition fréquente à cette époque ; et cela dut se
I. A propos de « jeux de main », il dit : « J^en ay veu en ma vie enterrer deux princes de nostre sang. » Essais^ liv. III, ch. tiii. — Il ne peut être question ici que du roi Henri II et de Henri de Bourbon- Montpensier^ prince du sang royal, morts l'un et'l'autre des suites de blessures reçues dans les deux derniers tournois qui se donnèrent en France, à Paris en x559, et à Orléans en i56o. Aux termes de sa déclaration, Montaigne aurait été témoin oculaire dans les deux accidents^Mais l'expression J*ay veu pourrait bien n*étre , dans l'espèce, qu'une forme plus vive de rappeler des faits passés hors de la présence du narrateur^ mais qui, étant du domaine général de l'histoire, sont pour chaque contemporain comme s'ils avaient été accomplis sous ses yeux. Il n'en va pas tout à fait ainsi pour de simples particularités historiques. Par exemple lorsque, employant le même tour, il dit, liv. I, ch. xlvi : « J'ay veu le roy Henry second ne pouvoir jamais nommer à droit un gentilhomme de ce quartier de Gascougne », il parle d'un fait trop particulier pour qu'il n'en ait pas été réellement témoin. D'où l'on doit conclure que, s'il n'est que supposable que Montaigne a assisté aux fêtes royales de iSSç, il est certain qu'il est venu à la Cour sous Henri II, à une époque quelconque^ qu'il nous est impossible de préciser.
a. « A peine fusmes-nous un an, pour le dueil du roy Henry second, à porter du drap à la Cour... i» Ibid., liv. I, ch. Lxiii. — A prendre encore cette déclaration à la lettre, on ne devrait pas hésiter à croire que Montaigne ne fût resté à la Cour pendant toute l'année de deuil. Mais, à ce compte, il faudrait admettre aussi, ou que le Parlement de Bordeaux se montrait singulièrement coulant sur la durée des congés qu'il accordait à ses membres, ou que Montaigne en prenait bien à son aise avec ledit Parlement.