‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 5 sur 317 · Et redoutons encore · texte numérisé non relu

Et redoutons encore

Je ne sçay qu'en dire, mais il se sent par expérience que tant d'interprétations dissipent la vérité et la rompent. Aristote a escrit pour estre entendu : s*il ne Ta peu, moins le fera un moins habile et un tiers que celuy qui traite sa propre imagination. Nous ouvrons la matière et Tespandons en la destrempant; d'un subject nous en faisons mille, et retombons, en multipliant et subdivisant, à rinfinité des atomes d'Epicurus. Jamais deux hommes ne jugèrent pareillement de mesme chose; et est impossible de voir deux opinions semblables exactement, non seulement en divers hommes, mais en mesme homme à diverses heures. Ordinairement je trouve à doubter en ce que le commentaire n*a daigné toucher. Je bronche plus volontiers en pays plat, comme certains chevaux que je connois qui chopent plus souvent en chemin uny.

. Qui ne diroit que les gloses augmentent les doubtes et l'ignorance, puis qu'il ne se voit aucun livre, soit humain, soit divin, auquel' le monde s'embesongae, duquel l'interprétation face tarir la difficulté? Le centiesme commentaire le renvoyé à son suivant, plus espineux et plus scabreux que le premier ne l'avoit trouvé. Quand est il convenu entre nous : « Ce livre en a assez, il n'y a meshuy plus que dire? » Cecy se voit mieux en la chicane : on donne authorité de loy à induis docteurs, infinis arrests, et à autant d'interprétations.

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