‹ Les Essais, Volume 7Chapitre 59 sur 317 · Mais [mot supprimé · texte numérisé non relu

Mais [mot supprimé

2. Nous n'avons que faire d*exaggerer leur inanité : elle se faict assez sentir et se produit assez. Mercy à nostre esprit maladif, rabat-joye, qui nous desgoute d'elles comme de soymesme. Il traitte et soy et tout ce qu'il reçoit, tantost avant, tantost arrière, selon son estre insatiable, vagabond et versatile :

Sincerum est nisi pas, quodcunque infundis actscit.

Moy, qui me vante d'embrasser si curieusement les commeditez de la vie et si particulièrement, n'y trouve, quand j'y regarde ainsi finement, à peu prés que du vent. Mais quoy? nous sommes partout vent; et le vent encore, plus sagement que nous, s'ayme à bruire, à s'agiter, et se contente en ses^ propres offices , sans désirer la stabilité , la solidité, qualitez. non siennes.

Les plaisirs purs de l'imagination, ainsi que les desplaisirs, disent aucuns, sont les plus grands, comme Texprimoit la balance de Critolaûs. Ce n'est pas merveille ; elle les compose à sa poste et se les taille en plein drap : j'en voy tous les jours des exemples insignes et à Tadventure désirables. Mais moy, d'une condition mixte, grossier, ne puis mordre si à faict à ce seul object si simple, que je ne me laisse tout lourdement aller aux plaisirs présents de la loy humaine et générale, intellectuellement sensibles, sensiblement intellectuels. Les philosophes cyrenaïques veulent que, comme les douleurs, aussi les plaisirs corporels soyent plus puissants^ et comme doubles et comme plus justes.

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