‹ Les estampes, images et affiches de la guerreChapitre 29 sur 35 · DE PRÉVOYANCE · texte numérisé non relu

DE PRÉVOYANCE

mentaire qui nous dise pourquoi p^^ ^,u u. douannb.

cette infirmière aux mains vides laisse cette pauvre réfugiée succomber sous le poids de son énorme ballot. Mais la tache est heureuse et les figures expressives. M. Garrey a symbolisé Les Combattants de la Grande Guerre (1918) par un jeune « poilu » qui vêt — ou dévêt, on ne sait pas, — la Vérité à demi couverte d'un manteau rouge. i\I. >Mlliam Malherbe montre la Préparation de la Jeunesse française au service militaire sous la forme d'un éphèbe en maillot, dans l'attitude d'un coureur figé dans sa pose. M. Saunier nous crie : (( Voilà les Américains! », ce qui nous fait plaisir; mais dans cette affichette en ombres chinoises l'intention est, là aussi, supérieure à l'exécution. M. A. Mein nous dit en anglais : For victory, alïied ivomen of war service conférence and mass meeting (12 août 1918) et commente celte déclaration dans une lithographie en noir montrant une femme debout, le bras levé dans un geste d'éloquence. C'est le tour, maintenant, des affiches du 4« Emprunt. Elles témoignent, en général, d'assez peu d'imagination, et l'on est surpris que la libération du territoire n'ait pas mieux inspiré leurs auteurs*. Ils ne se sont pas montrés non plus très experts en l'art de l'affiche, car nombre d'entre eux — même parmi les meilleurs — se sont contentés de faire une estampe ou une aquarelle à laquelle une « lettre » a été ajoutée. Or, il n'y a pas d'affiche sans un texte

1. Nous ne signalerons qu'en passant beaucoup d'affiches de mince intérêt, signées : Henri Royer, pour l'Union Amicale d'Alsace-Lorraine et le Comité de Secours des Sociétés alsaciennes-lorraines; Basté, pour la Banque Industrielle de Chine fon envie la vigueur de cette femme, qui laisse tomber, d'une main nonchalante, sur un « boche » qu'ils écrasent, des sacs d'or que ne soulèverait pas un fort de la halle !) ; William Malherbe, pour la Banque Française et pour le Comité National de l'éducation physique, deux pauvres choses; Jacques Carlu, pour la Société Marseillaise de Crédit; Chavannaz, aussi fécond que médiocre, pour la Société Générale, pour a Cox and C°, » pour « The Equitable )>, pour (( Bonbright and C'^ », (dans cette dernière affiche si l'exécution reste faible, l'idée est meilleure : la République devant la carte de France, étrangle l'aigle prussien, dont les ailes couvrent nos départements envahis); Firmin Bouisset, pour « The London country and Westminster bank Office » ; Jonas, qui imite M. Bouisset, pour le Crédit industriel et commercial; Georges Scott, pour le Crédit Commercial et pour le Crédit Français : deux affiches, deux hélas!; Maurice Romberg, pour la Compagnie Algérienne; Jean Droit, pour la Société Générale, (M. Jean Droit n'aurait-il qu'une note? On le regretterait!), M. Willette a agrandi pour la Banque de l'Union parisienne, son Valmij du Luxembourg, en le datant 1892-191(S. L'atelier Pichon a signé des initiales R. P. une agréable aquarelle du port d'Alger, pour le Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie. Cette affiche n'a que le tort de n'être pas une affiche. Préférable est celle, signée G. B., pour la Banque de Paris et des Pays- Bas, portant les figures équestres de La Fayette et de Washington; celle de M. Richard Putz pour la Banque Nationale de Crédit; etc.

incorporé à la composition et concourant à l'ensemble. Ce sont des principes que l'on connaissait autrefois et qui paraissent oubliés aujourd'hui.

Sauf pourtant dans un certain nombre d'affiches, le plus souvent anonymes : un simple encadrement, sobre et plein de goût, entoure les conditions de l'emprunt, en bonne typographie ! Telles sont les affiches pour la Banque de France, pour le Crédit Commercial de France, pour la Banque Anglo-Sud-Américaine, pour la Banque de

l'Empflunt de la Libération

AFFICHE POUR LE 4« EMPRUNT DE LA DEFENSE NATIONALE PAR M . A B E L F A I V R K

Mulhouse, pour la <( Banca Italiana disconto », etc., enfin,, pour l'État, celle-là signée Louis Léchaudel, et non la meilleure.

Quant aux affiches illustrées qui comptent, on les compte aisément ! La première parue est de M. Falter, pour la Société Générale. Elle parle clair, sans rhétorique et se voit de loin. Un (( poilu » étouffe l'aigle allemand, dont les ailes noires entourent la figure énergique et contractée par refl"ort du soldat. Une seconde affiche, en grisaille, de M. Falter, pour la Banque privée (un Bara battant du tambour devant les troupes alliées aux drapeaux déchiquetés), manque de cette visibilité qui est la condition primordiale de l'affiche.

Celle de M. Auguste Leroux, pour le Comptoir d'escompte, a précisément cette qualité : l'Alsace et la Lorraine, étroitement enlacées conseillent, du même cœur, de souscrire « pour hâter la Victoire ».

C'est un pendant, par le sentiment, à l'affiche de l'an dernier.

M. Eugène Courboin, pour (( The Farmers' loan and trust Co », juche un aigle farouche, sanglant, les plumes à demi-arrachées, au sommet d'un pic qu'escaladent les soldats alliés, et, pour la Société Générale, un La Fayette en statue, qui se penche sur son cheval de bronze pour serrer la main de John Bull. M. l*arisse (Banque Alleaume), fait jaillir d'un nuage sombre une épée qui plonge dans le cœur de l'aigle, dont les ailes étendues limitent la partie inférieure du dessin. M. Perbural, pour la Société Marseillaise, s'est inspiré de Grasset et a traduit décorativement une idée particulièrement jolie : une femme attache des banderoles dans un laurier, d'où tombent des couronnes sur le défilé de nos héros. On doit à M. Simay, pour le « Lloyd Bank France and National Provincial Bank France », un avant de tank, qui montre le parti décoratif que l'on peut tirer d'un carter-pillar et d'une tôle d'acier; à M. G. Lorin, pour la Banque centrale de Crédit, un croquis symbolique où le génie de la France fait déborder un verre rempli du vin de la Victoire sur les Boches submergés; à M. A. Roman, pour la Banque Adam, une inspiration japonaise; à M. Guy, une décoration intelligente et sobre pour le Comité National d'éducation physique.

]M. Sem n'a pas, non plus, fait une affiche, mais une grande image, mouvementée et pittoresque, pour la Banque Nationale de crédit : le maréchal Focli, sur un tertre, surveille le départ des troupes, harnachées et joyeuses, qui regagnent le front. Et M. Abel Faivre, n'a pas fait davantage une affiche! Il a fait un tableau magnifique, inspiré et renouvelé, du fameux tableau de Prud'hon. Comme Caïn, le kaiser fuit, plus courbé et plus blême encore 1 Ce ne sont plus des figures allégoriques, la Justice et la Vengeance, qui le poursuivent, mais les drapeaux innombrables, et claquant au vent, des nations alliées. Tout cela plein de mouvement, de couleur et d'allégresse. Ces drapeaux, brandis par des hommes dont on ne voit que les poings, ont une allure fantastique. Quel rajeunissement de la pensée profonde du Corrège français!

Une autre composition du même artiste, pour le Crédit Lyonnais, est également une œuvre de valeur. Un guerrier nu, coitîé de la bourguignotte perce de son glaive l'aigle ennemi, qui cherche à arracher l'étoffe tricolore qu'il brandit comme une capa de sa main libre. Ingénieuse idée et exécution nerveuse.

Enfin, voici M. Ilansi, qui n'apparut qu'après la victoire et qui nous fit revoir, en deux compositions successives, nos « poilus )>

contemplant la cathédrale de Strasbourg, de loin, sous un sapin d'Alsace (pour l'État), puis le défilé de nos troupes dans les rues pittoresques que domine la vieille église (pour la Banque d'Alsace et de Lorraine). L'heure où il dessina ces charmantes illustrations fut belle pour l'Alsacien Hansi !

J'ai encore cherché sur les murs une autre affiche. En vain ! Je

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la cherche, d'ailleurs, depuis trois ans. Pourquoi n'y est-elle pas? Le maître qui l'aurait exécutée, est le rénovateur de l'affiche illustrée, il a fait les plus belles affiches que nous ayons connues; il a illuminé nos murailles de sa palette radieuse, de sa gaieté bien française, de son goût impeccable, de sa fantaisie étincelante. A quatre-vingt-deux ans, il a conservé tous ces dons : sa main est aussi ferme, son œil aussi fin, son imagination aussi fertile, son

esprit aussi alerte. Dans cet art particulier de l'affiche, il est en quelque sorte la France, — et la France l'a oublié! Qui nous dira pourquoi l'on n'a rien demandé au maître Jules Chéret?

Cette fois, voilà bien terminée cette étude. Commencée en plein tumulte des armes, alors que nul ne savait de quel côté les clameurs de la victoire retentiraient, (mais à tous les Français leur intuition disait que ce serait de leur côté), elle s'achève au moment précis où les hordes incendiaires et pillardes du « Hun stupide à la peau sale et rance » regagnent en fuyant leurs frontières.

Ainsi, la Victoire elle-même nous commande de nous arrêter! Comme nous le disions dans notre Introduction, la période française est close. Les événements, que nous ne pressentions ni si rapides, ni si décisifs, il y a quelques mois, se sont chargés de mettre le sceau à notre enquête. Si elle a la bonne fortune de demeurer comme un témoin de la noble ardeur de nos artistes, qui furent eux aussi les agents de la santé morale de la France, nous serons suffisamment payé de notre peine, — et nous n'avons pas d'autre ambition.

TABLE DES NOMS

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