‹ Les estampes japonaises. Traduction de P. André LemoisneChapitre 4 sur 20 · ET DE FLEURS DE PAULOWNIA · texte numérisé non relu

ET DE FLEURS DE PAULOWNIA

Xoir et blanc.

Collection H . Vever, Paria.

Les Estampes J.\pon.\15es.

Pe. s. Pag.

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES

En 1889, une nouvelle génération commença, par de patientes recherches sur des points isolés, à étendre le terrain récemment défriché. Brinckmann, à Hambourg, publiait le premier volume de son ouvrage sur les arts et métiers du Japon, dans lequel il donnait un compte rendu complet de l'histoire de la peinture et de la gravure japonaises, mais où il marquait encore une tendance à être du côté de Gonse, plutôt que de FenoUosa, surtout dans son estimation trop grande d'Hokusai. Bing, à Paris, travailla avec zèle à familiariser le grand public avec l'art japonais dans son Japon artistique, un ouvrage magnifique publié en trois langues, française, allemande, anglaise, et qui par ses excellentes illustrations rendait possible une profonde étude du point de vue japonais. Les séries de reproductions appelées Kokwa, qui sont publiées à Tokio depuis 1890, sont moins répandues, bien que le tirage en soit magnifique. Le catalogue de l'exposition faite à Paris à l'école des Beaux-Arts, en 1890 (avec une introduction de Bing), et celui de la collection Burty, en 1891 (avec une introduction de Leroux), initièrent avec compétence les collectionneurs parisiens à cet art des gravures sur bois, inconnues jusque-là, sauf à quelques-uns.

En 1891, Goncourt publia son livre sur Outamaro, la première monographie consacrée à un artiste japonais; puis, en 1896, son livre sui Hokusai, qui provoqua pas mal de récriminations, car il était basé sur des documents qu'un Japonais avait antérieurement réunis sur commis-

sion de Bing, mais frauduleusement vendus une seconde fois, ce qui fit que Bing, prévenu par Concourt, fut empêché de publier une monographie d'Holcusai.

La Geschichte der Malerei im ig. Jahrhundert de Muther contribua aussi à populariser les gravures japonaises en Allemagne, mais, à cause de la brièveté du chapitre et de la petite taille des reproductions, ne pouvait donner qu'une notion générale du sujet. Un meilleur résultat fut atteint par le Japanese Wood-Erigraving {Portfolio^ i^çO d'Anderson, avec ses illustrations très utiles.

Finalement, au début de 1896, la connaissance des gravures japonaises entra dans une phase nouvelle, et probablement finale, par la publication du très complet catalogue de l'exposition des maîtres de l'Ukiyoye, à New-York, par Fenollosa, un ouvrage qui combine la pleine connaissance des documents avec une grande liberté de jugement, la vigueur du style et la plus grande exactitude dans les détails. Ce catalogue, qui exclut sciemment toute information biographique, comprend la description d'environ 400 gravures choisies, arrangées dans leur ordre chronologique présumé, ainsi que 50 peintures des mêmes artistes ; il détermine, en effet, ce que personne jusque-là n'avait pu faire : les limites de temps dans lesquelles chaque artiste produisit, les changements que subit le style de chacun d'eux, et enfin, basées sur des recherches spéciales, les principales périodes de développement de la gravure japonaise en général, depuis environ 167^ à 1850. Tout cela est

KivosiAsu (1679-1763)- — Wata.nabe combattant l-x démon.

Coloriée à la main, rouge foncé et jaune orange.

Colleclion R. Kcechlin.

Les Estampes J.\po.v.\ises.

Pl. 9. Pag. 30.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

écrit avec une ludicité si convaincante qu'il n'y aura plus tard que quelques petits détails à corriger; l'histoire de la gravure japonaise dans toutes ses ramifications est bâtie d'une manière si compacte que nous nous estimerions très heureux si nous avions d'aussi bonnes fondations pour une période d'histoire de l'art européen. A ce propos, il faut se souvenir que Fenollosa n'a pas affaire seulement à un petit groupe, mais à des centaines d'artistes, même en laissant de côté, comme il le fait, la multitude de graveurs insignifiants du xix' siècle. Dans cette étude, Fenollosa a, du reste, très bien su mettre en vedette les artistes de premier rang en les détachant de la masse soigneusement triée. La sûreté avec laquelle son catalogue mentionne la date de chaque épreuve dans les limites d'une seule année peut sembler surprenante ; mais nous devons considérer, comme il le fait remarquer luimême en chercheur expérimenté, que la date, dans chaque cas, n'est qu'approximative, puisqu'il n'y a rien d'absolument certain en ce qui touche les choses artistiques, aussi pleinement convaincu de la justesse de son opinion que l'on puisse être. De plus, ces différentes dates n'ont pas été déterminées, comme on pourrait le croire tout d'abord, par la simple comparaison des styles des différentes estampes ; Fenollosa a dû certainement prendre en considération les dates traditioimelles des différents artistes, puisque, heureusement, la plupart des gravures japonaises sont signées, tandis que les feuilles datées avec certitude sont trop peu nombreuses pour nous

donner une chronologie précise avec leur seule aide ; du xviii' siècle, par exemple, la meilleure période, nous n'en avons que quelques-unes de 1743 (Shigenaga), 1765 (Harunobu), 1783 (Kiyonaga), 1795 (Outamaro).

Il est vrai que le style de la coiffure, à laquelle Fenollosa attache avec raison un grand poids, constitue une aide matérielle pour dater exactement des épreuves; mais comment, nous demandons-nous, sait-il quelle pouvait être la mode de telle et telle année particulière, car de simples considérations de style ne peuvent pas le lui indiquer. 11 n'existe rien au Japon dans le genre d'un journal de modes, aucune chronique de ses changements annuels, comme nous l'avons en Europe. Mais il y a cependant une source d'informations dans laquelle Fenollosa. comme il le dit lui-même, a largement puisé, par laquelle tous les changements de costumes et particulièrement de coiffures peuvent être sûrement suivis : ce sont les livres illustrés, en général datés. Ils nous permettent de retracer non seulement les changements de mode, mais ceux de stvle des différents artistes qui, nous le savons, produisaient fréquemment les estampes en feuilles séparées. Ces livres illustrés sont la hase des étonnants résultats des recherches de Fenollosa; s'ils avaient été compris dans l'exposition de New-York et dans son catalogue, leur relation avec son ouvrage entier serait apparue immédiatement, et ses résultats auraient été encore plus instructifs et convaincants.

Fenollosa succomba malheureusement à une

KivoMAsu (1679-1763)— Femme AU MIROIR. Kivomasu (1679-1763). — Femme tenant Coloriée à la main, jaune et vert. une poupée.

Xoir et blanc.

Collection H. Vever, Paris.

Les Estampes J.\po-S'aises.

Pl. 10. l'.AG. 3::.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

maladie de cœur à Londres, le 21 septembre 1908, sans avoir eu le temps d'écrire l'histoire complète de la peinture et de la gravure japonaises qu'il projetait. En plus des ouvrages déjà mentionnés, il édita le petit mais important catalogue de l'Exposition de Tokio (1898) et publia le magnifique ouvrage The M asters of Ukiyoye.

En 1897, parut enfin une histoire abrégée de la gravure japonaise, par Edward F. Strange, conservateur au South Kensington Muséum. Bien que certainement d'une haute valeur, cet ouvrage donne cependant un peu trop d'importance à toutes sortes de choses non essentielles, comme l'histoire de la vie des artistes, leurs surnoms et leurs résidences, alors qu'il ne consacre à leur personnalité que quelques phrases générales. Son grand défaut est de donner une impression tout à fait fausse du développement de la gravure japonaise, en parlant de l'art du xix' siècle (seule époque dont l'auteur paraisse avoir une science suffisante et personnelle) avec des détails disproportionnés, et en négligeant le xviii" siècle, qui, historiquement, est le plus important, puisque, au xix' siècle, sauf Hokusai et Hiroshige, très peu de noms comptent. Strange n'avait, il est vrai, pas encore pu faire usage du catalogue fondamental de Fenollosa (1896). Il a publié un autre livre en 1904 : Japanese coloiir prints. Dans la même année (1897), la première édition du présent ouvrage fut publiée. En 1900, Duret publia un excellent catalogue des livres de sa collection acquise par le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale.

Plusieurs catalogues de ventes parus depuis 1902 ont agrandi les connaissances à ce sujet. Depuis 1904, Perzinski a publié quelques courts mais distingués essais sur les gravures japonaises. En 1907, Kurth publia son vaste ouvrage sur Outamaro.

Enfin en 1909 parut, sous la direction de M. Raymond Kœchlin, qui a organisé au Musée des Arts décoratifs les expositions annuelles dont nous parlions plus haut, un très bel album reproduisant les estampes primitives exposées au Pavillon de Marsan, en février 1909. Les excellentes et nombreuses illustrations sont accompagnées d'un catalogue raisonné par M. Vignier avec la collaboration de M. Inada. Le second album de cette collection, reproduisant les œuvres d'Harunobu, Shunsho et Koruisai, exposées au Pavillon de Marsan en février 1910, vient de paraître. Le catalogue raisonné, également fait par MM. Vignier et Inada, est précédé d'une savante préface de M. Raymond Kœchlin. Ces deux albums et ceux qui les suivront constituent des instruments de travail de premier ordre pour tous ceux qui étudient l'estampe japonaise.

Des notices japonaises sur des artistes d'époque plus reculée sont contenues dans les ouvrages suivants, mentionnés par Anderson:

Honcho-gwashi, 6 vol., 1693.

Mampo-zensho, 14 vol., 1694.

Gwako-seuran, 6 vol., 1740, avec une table généalogique des artistes de l'école de Kano et reproductions de peintures fameuses.

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Pl. ir. Pag. 34.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES Ouvrages du xix' siècle :

Kun in hosho, 1810.

Kocho meigwashiu, 5 vol., 1818.

Shogwa shuran, 1836.

Gwajo yoriaku, 2 vol., 1850.

Shogwa zensho, 10 vol., vers 1862.

Grajin^iaku-nempio, 1882.

Shogwa Kaisui, 3 vol., 1883.

Une des principales sources d'information est le Ukiyoye ruiko, qui existe au British Muséum (dans un manuscrit de 1844) et ailleurs, et qui fut ensuite imprimé. Le tirage original date, dit-on, de 1800, et fut graduellement augmenté par le peintre Keisai Yeisen, entre autres, en 1830.

Le Musée Guimet, à Paris, avait l'intention d'en publier en 1893 ^^^ traduction française, par Kawamura (Voir Deshayes, Considérations) ; mais jusqu'à présent rien n'a paru. D'après l'Outamaro de Kurth, trois sources japonaises, employées pour le catalogue Barbouteau, sont particulièrement importantes ; ce sont :

1° Mon cho gwaka jin met ji sho, par Kano Hisanobu, 1894, 2 vol.

2° Nihon hijutsu gwaka jin meisho den, par KigushiBunzan, 1892, 2 vol.

3° Zoho ukiyoye ruiko, Tokio, 1889 ; nouvelle édition en 1901.

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