‹ Les étapes d'un livreChapitre 22 sur 101 · Cf. Delisle, Cabinet des manuscrits · texte numérisé non relu

Cf. Delisle, Cabinet des manuscrits

bonne œuvre dont le salut de leur âme est le prix : Frater Robertus, Gualensis, dum esset Juvenis et levita, dévote scripsit pro sainte wiimae suae. » Tantôt, l'enlumineur, par un sentiment de confraternité désintéressée, fait descendre sur la tête du scribe la couronne céleste qu'il a rêvée pour lui-même. Une autre fois, c'est l'illustre abbé de Saint-Vaast qui apparaît à un de ses disciples et lui dit pour le récompenser de sa constance : « Ecrivain, autant de lignes, autant de points il y a dans ton livre, autant de fautes te sont remises. » Un religieux, qui avait à se reprocher une assez grande quantité d'infractions à la discipline, s'était volontairement imposé pour pénitence la transcription d'un gros volume de l'Ecriture sainte. Après sa mort, son âme est conduite devant le Juge suprême; les démons la réclament en invoquant ses fréquentes infidélités, mais les anges présentent son ouvrage à Dieu pour le désarmer. Ils font le compte des lettres qu'a tracées le malheureux copiste : ô bonheur! leur nombre est supérieur d'une unité à celui de ses fautes. Le coupable n'est pas admis dans le ciel, mais il est renvoyé sur la terre pour avoir le temps de corriger sa vie. « Une lettre omise dans son travail, ajoute le légendaire, en guise de conclusion pratique, et il était damné. »

Il ne faudrait pas croire, cependant, que le mouvement intellectuel et artistique restât confiné chez les seuls ecclésiastiques. A côté des évêques qui font exécuter pour leur propre compte de fort beaux manuscrits, les rois furent aussi les émules des communautés. Ainsi, sous le règne de Charlemagne et de ses premiers successeurs, une école et une bibliothèque, ainsi que toute une troupe de copistes furent fondées dans la Cour impériale. Louis le Débonnaire, Lothaire, ainsi que Charles le Chauve firent de belles commandes, et ont laissé de très beaux manuscrits. Le fil de la tradition s'embrouille pendant quelque temps et se renoue avec saint Louis qui dota la Sainte-Chapelle de bons et beaux livres. Après lui, c'est Charles V qui, par ses achats et ses commandes enrichit la bibliothèque du Louvre. Louis XII et François I", bien que la découverte de l'imprimerie eût porté un coup à la calligraphie, recherchèrent les habiles écrivaitis.

Malgré le mouvement imprimé par les princes, l'art calligraphique n'apparaît formé en corporation que vers le x'' siècle. C'est à cette époque qu'a lieu véritablement la sécularisation partielle de

cet art et l'on voit la corporation des écrivains qui se confond encore avec celle des libraires. Quelles furent les causes de ce mouvement? Tout d'abord, il nous faut parler du développement immense de l'Université de Paris. Chaque jour, maîtres et élèves^ ont besoin de manuscrits nouveaux. L'Université qui avait tout d'abord des copistes chez elle, ne put bientôt plus suffire aux demandes : elle appela des clercs du dehors, qui en 1275, furent admis parmi les suppôts de l'Université. On les appela clercs en librairie, jurés de l'Université. S'ils jouirent des privilèges des membres universitaires, les nouveaux venus durent en subir les règlements pour la correction des textes et pour le prix de vente de chaque volume. Le nombre des copistes augmente rapidement; la taille de 1292 nous en mentionne vingt-quatre, la taille de 1323 en compte vingt-neuf, habitant autour des écoles.

Il nous reste à dire quelques mots sur le prix des manuscrits et les salaires des copistes. Ce dernier point est très difficile à juger. Nous ne pouvons citer que quelques cas isolés qui ne sont pas concluants. On sait cependant que ce salaire diminue à mesure que l'on s'approche de la période moderne. Quant au prix des manuscrits, il demeura très élevé jusqu'au milieu du moyen âge. Vers le xiir siècle, un in-folio valait de quatre à cinq mille francs '.

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