LES ORIGINES
Tous ceux qui se sont occupés des origines de l'imprimerie, écrit avec raison M. Thépenier, se sont étonnés que les peuples, dans l'antiquité, aient approché si près de cette découverte et se soient arrêtés si près du but.
Les Egyptiens, les Grecs, et surtout les Romains, gravaient en relief des lettres, des chiffres, des légendes, qu'ils imprimaient à chaud ou à froid sur des briques, sur le pain, les monnaies, même sur le front de leurs esclaves fugitifs.
Les Chinois auraient connu l'impression xylographique plus de huit cents ans avant Jésus-Christ. Quant aux Romains, on sait qu'ils faisaient usage de lettres mobiles pour apprendre à lire aux enfants. Nous lisons, en outre, dans Procope, qu'à l'époque du Bas-Empire, l'empereur Justin employait une lame d'or découpée,
pour apposer son seing, Théodoric, dit-on. faisait de même. Et c'est un procédé qui s'est perpétué durant tout le moyen âge '.
Or, n'est-il pas véritable, quand on se servait ainsi de lettres
isolées, qu'il s'en fallait de bien peu pour que l'imprimerie fût décou^
verte? Il faut attendre pourtant jusqu'au xv" siècle pour franchir ce pas.
Des essais avaient été tentés, pour la première fois, vers 1444, à
Avignon, par un orfèvre de Prague, nommé Procope Valdfogel. Il avait apporté un secret que, dans un acte du temps, on nomme ars scrihendi artificialis. Ces essais ne donnèrent pas les résultats attendus, et le matériel fut vendu à un serrurier, après dissolution de la société.
Vers la même époque, Gutenberg réalisait à Mayence son projet d'impression sur caractères mobiles, qu'il aurait conçu, s'il faut en croire la légende, à Strasbourg, où nous le retrouvons, s'occupant d'imprimerie avec André Dritzehen.
Gutenberg avait à réaliser un triple problème. Il lui fallait des caractères plus résistants que n'étaient les caractères en bois; une presse qui permît d'obtenir une empreinte d'une grande netteté; il fallait enfin que les feuillets du livre ne fussent plus anopislographes, c'est-à-dire imprimés seulement d'un côté. Fust mit une somme de 1 100 florins à la disposition de l'inventeur, mais les premiers résultats ne furent guère satisfaisants. C'est alors qu'un troisième acteur entra en scène : Pierre Schœffer